‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 142 sur 186 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

AVEC le beau temps d'automne, la vie artistique renaît. Nous avons vu quelques journées grises et c'est comme une fête pour nous accoutumer à voir pendant de longs mois un ciel toujours bleu orné d'un soleil éblouissant et implacable.

La permanence dans les ateliers est possible par la douceur de la température ; les artistes sont rentrés, les toiles qui représentent le travail estival se déployent, et si je trouve quelqu'une d'entre elles digne d'être connue parmi vous, je vous en rendrai compte.

Baycclone.

Exposition internationale des Beaux-Arts-

Va brillant concours artistique est annoncé pour le mois d'avril prochain dans la belle capitale de Catalogne.

L'exposition est internationale et elle vous intéresse, tant à cause de cela que par le bon accueil que l'art français trouve dans ces départements de la presqu'île espagnole. Le règlement « dont je vous ferai expédier des exemplaires si vous en avez besoin » fait savoir que l'Exposition sera formée par des salles rêgionalistes d'Espagne, et par des salles étrangères et internationales.

Le comité pourra dédier une salle spéciale à l'œuvre d'un seul artiste, espagnol ou étranger.

Sont admises au concours des œuvres de peinture, sculpture, leurs dérivations, et reproductions des travaux classiques de sculpture et peinture. Dans la section industrielle pourront figurer les travaux de métallurgie, céramique, vitrerie, ébénisterie, mobilier, charpente, tapisserie et reproductions des œuvres classiques d'art secondaire dans toutes leurs phases et procédés.

J'appelle l'attention de vos compatriotes, les artistes et les fabricants de l'industrie artistique sur l'article X du règlement qui dit :

« Avec le propos d'honorer dûment les artistes et arti-

sans nationaux ou étrangers de mérite reconnu, et afin de procurer la plus grande importance à l'Exposition, la municipalité, et en son nom le comité exécutif, se réserve le droit de faire des invitations personnelles qui comporteront l'avantage pour l'exposant de ne pas avoir à payer les frais d'expédition et réexpédition, outre celle pour l'œuvre de ne pas être soumise aux rigueurs du jury d'admission. » La date fixée pour la réception des envois sera du 15 au

30 avril.

Voyages artistiques.

Pour le prochain printemps, je travaille à un projet d'expéditions artistiques avec des itinéraires et renseignements utiles à l'artiste désireux d'admirer les beaux tableaux, les belles pièces de sculpture et les joyaux d'architecture que l'Espagne possède, sans oublier en même temps les renseignements fort nécessaires pour le touriste qui en Espagne désirerait trouver dans les voyages un peu de confort.

Je ne garantis pas que dans toutes les expéditions proposées vous trouverez au but un Terminus-Hotel ou un Splendide Hôtel Palace ; ni comme moyens de transport des trains de luxe et des moelleux sleeping-car. Hais je vous assure qu'à la fin des traversées de la montagne, faites à dos de mulet ou à pied, et après avoir fait de longues marches sur nos poudreuses grandes routes, vous trouverez un village pittoresque, un monastère historique d'une valeur immense comme richesse et art, un palais renfermant des superbes tableaux, toujours enfin quelque chose dont la vue vous dédommagera des peines et fatigues du voyage.

Malheureusement tous nos trésors artistiques ne sont pas à la portée des chemins de fer, et dans le voisinage des grands hôtels, comme ils le sont dans Séville, Grenade. Burgos, Tolède, Escurial, Léon, Madrid et beaucoup

d'autres villes et capitales, et il existe de splendides trésors cachés dans des petits villages et dans des lieux éloignés des modernes voies de communication.

Je dédie exclusivement le travail aux lecteurs de L'Art et les Artistes et si vous le trouvez de quelque utilité e serai satisfait.

Le musée de Cordotie.

Deux jeunes artistes, les frères Romero-Torres ont pris la tâche de doter d'un musée leur ville natale Cordoue. Comme la persévérance et la svmpathie valent au moins autant qu'un fort budget, surtout dans ce cas où le budget n'existe pas : mettant à contribution l'amitié des nombreux artistes, désintéressés et généreux comme en général sont tous les artistes, ils ont réussi à réunir une intéressante collection d'art moderne avec des tableaux de maestros du XI x^ siècle comme Vicente Lopez et des artistes fameux entre lesquels on voit en premier lieu les noms de Becquer, Ferrant, Lucena, Garuelo, Villegas, Ferzandir et autres.

Les sculpteurs Querol, Monserrat, Ynurria, Alsina, Castanos, Piquer, Galan, Garuelo, et Alvarez ont aussi fait don des ouvrages dus à son inspiration et le Salon moderne offre enfin un agréable ensemble obtenu à peu>de frais pour la ville.

Au même temps, ilM.

Romero Torres ont doué d'une excellente installation le musée archéologique et le Salon de^ tableaux antérieurs au siècle passé.

Entre ces tableaux des vieux peintres, on en trouve plusieurs dignes d'admiration et d'examen, et le nom de leurs auteurs sera plus éloquent que mon éloge.

La galerie est composée par des œuvres de Ribera, Van-Dyck, Zurbaran, Zambrano, Penalosa, Bassano, Palomino, Brandi, Bocanegra, Riezco, Cobo, Larabia, Villavicencio, Pedro de Cordoba « artiste très notable du xve siècle », Alfavo, Castillo, Valdes Leal et autres de glorieuse signature, entre lesquels on trouve un certain nombre de très intéressantes toiles anonymes, et peintures sur bois des artistes italiens, germaniques et espagnols des xV^ et xvi^ siècles.

Ces tableaux ont appartenu à des couvents et églises et ont passé à la municipalité lors de l'expulsion des corporations religieuses en 1835.

Le musée possède aussi une riche collection d'autographes et dessins de Murillo, Zurbaran, A. del Castillo, Leal, Palermino, Rizzi, Camaron, Montanès, Bayeu, Maella et Vicente Lopez.

De tous ces vieux maîtres qui dorment au musée de Cordoue, les mieux représentés par l'importance de leur œuvre, sont Antonio del Castillo et Valdes Leal, pas

LA VIRGEN DE LOS PLATEROS par JUAN \'ALDES LEAL

trop connu encore, même en Espagne, et qui ne sont pas placés dans le monde de l'art, au lieu qui correspond à leur mérite.

.■\ntonio del Castillo fut, au xvii"' siècle, le premier peintre de Cordoue. Attiré par la renommée de Murillo il fit le voyage à Séville pour visiter le fameux peintre des Conceptions. En voyant les superbes tableaux de Murillo, il exclama : « Castillo est mort... » il retourna découragé à Cordoue et peu de temps après rendit son âme à Dieu.

Valdes Leal vécut à Séville dans les jours et comme rival de Murillo auquel il disputait le marché et l'admiration de ses contemporains.

Dans l'Hôpital de la Charité fondé dans cette capitale andalouse par le fameux Don Luis de Mafiara « personnage

qui inspira par ses aventures et ses forfaits, la légendede Don Juan Tenorio », on conserve un de ses tableaux intitulé Les morts d'un tel réalisme que Murillo invité par Leal, à voir cet ouvrage épouvantable, lui dit : « Compère... pour regarder ce tableau, il faut se boucher le nez. »

En plus des tableaux du Musée on peut en voir d'autres magnifiques de Leal dans l'autel du Couvent du Carmel, qui par leur valeur artistique justifient l'installation d'un tableau de lui comme pendant d'un de Velasquez au musée de Trafalgar-Square à Londres.

Cordoue, la cité sainte des Califes; en plus de sa nature splendide, de sa merveilleuse mosquée, de ses légendes mauresques, de ses femmes aux yeu.x noirs et de ses parfums de roses et azahars, possède aujourd'hui un très intéressant musée, dû principalement aux initiatives des deux jeunes artistes, les frères Romero, qui ont procuré un nouvel attrait aux touristes visiteurs de la belle capitale andalouse.

Xiimance.

Les fouilles de la petite cité qui lutta contre le pouvoir immense de Rome, continuent avec activité.

J'ai visité les travaux désirant pouvoir vous informer de quelque trouvaille d'une réelle valeur artistique et... rien encore, il faut attendre.

Les objets trouvés, armes, monnaies, débris de céramique, ustensiles de ménage et toilette ne sont encore en nombre que pour former le point de départ d'un minuscule et peu riche musée.

En échange, l'intérêt historique est considérable ; c'est un sujet d'études pour les militaires qui peuvent voir à découvert l'emplacement des campements romains dans lesquels attendit Scipion, patiemment, que la faim des assiégés lui procurât un succès qu'il n'avait pas su obtenir des armes.

S,iixi-ArBix.

Musée de Lovdolia.

ITALIE

IL y a quelque temps, le Tiims publiait un article de son correspondant à Rome, au sujet des nombreuses et importantes découvertes intéressant l'art architectural antique dont le sol de l'Italie méridionale semble garder une exubérante richesse.

Le journaliste signalait la valeur de ces découvertes, leurs rapports avec l'histoire de l'Art et avec l'histoire de la civilisation occidentale. Cette valeur est sans conteste très grande, et son importance apparaît de plus en plus, depuis que la critique historique allemande, surtout, a jeté des faisceaux de lumière sur la vérité archéologique cachée dans les profondeurs du sol italien.

En Apulie, devant la mer Adriatique, deux fois illustre dans l'histoire de l'Occident : pour la civilisation et pour l'esthétique hellénico-orientale qu'elle entraîna vers les rivages d'Ausonie; la presque totalité des églises construites autour du looo contient le secret des premiers mélanges bvzantins avec l'énorme volonté spirituelle des nouveaux peuples méditerranéens, qui devaient engendrer la Renaissance. Quelques chercheurs, allemands, français et indigènes, ont entrevu ce secret. De toutes leurs forces ils s'acharnent à le dégager complètement des brouillards de terre et des profanations de chaux, dans lesquels les siècles l'ont enveloppé. Mais l'aide du gouvernement italien est défectueuse, tout à fait insuffisante et honteuse, et l'argent d'un mécène n'est pas encore arrivé pour aider d'une façon sérieuse la poursuite des travaux.

J'ai pu voir ainsi un miracle d'architecture se montrer timidement au travers de quelques déchirures de son horrible habillement de chaux. C'est la Cathédrale de Bari.

La ville de Bari, très vieille, a été toujours un des plus grands centres de commerce les plus importants du midi de l'Italie, et surtout de la côte occidentale de r.\driatique qu'elle domine presque, à l'entrée de ce gIorieu.x cul-de-sac méditerranéen qui se termine à Venise et à Trieste. Bari compte, parmi ses églises, les plus anciennes de toutes celles de style roman éparses dans la région. La construction de sa Cathédrale remonte au xi<" siècle, en 1024 et 1028, sous l'épiscopat de l'évêque Bysance, et ne fut achevée qu'en 1086.

L"ne phalange d'ouvriers grecs, aidés par des indigènes, bâtit l'église, qui bientôt fut surprise et démolie par les événements des siècles aventureux, où la foi chrétienne, jeune et ardente, s'acheminait à travers le fer et le feu à la grande Renaissance de son art. Elle fut reconstruite à partir de 1170, et sa reconstruction dura jusqu'au milieu du xiW^ siècle. Passée encore à travers des nombreuses vicissitudes, dont l'histoire exacte est encore inconnue, elle arrive jusqu'à nous dans un tel état de laideur, tellement profanée, que le sacrilège trop criard fait crier d'horreur l'esthète et l'historien égarés dans ses nefs. Car l'église antique est disparue depuis un peu plus d'un siècle. Elleest disparue et elle est toujours debout, ensevelie d'une façon absolue dans une enveloppe de bois et de pierres entièrement blanchis à la chaux. L'anciennecathédrale a été jetée dans la construction du xvni* siècle comme une solide charpente, esthétiquement indigne de paraître encore à la lumière ! Parmi toutes les profanations que la Renaissance pompeuse accomplit sur la divine naïveté des Primitifs, qu'elle dédaigna et cacha soigneusement; parmi toutes celles que le délire du baroque accomplit de même sur l'architecture solennelle et austère de la Renaissance; la profanation de cette Eglise me semble vraiment la plus extraordinaire, la plus incroyable. Le contraste entre la

beauté de l'extérieur et l'intérieur tout blanc, est énorme. En entrant dans l'église, sans doute, on peut se demander avec la stupeur qui suit un choc trop fort, quelle aberration des siècles a pu accomplir le sinistre miracle de revêtir de merveilleuse vétusté un temple si vulgaire. Tout à coup, parvenu vers le cœur de la croi.x latine qui en détermine le plan, on voit les restaurations et les déchirures architecturales accomplies depuis quelques années, et on demeure ébloui par la vision étrange qui vous frappe. Une voiite que la vulgarité du tout avait baissée et recouverte entièrement de la désolante misère blanche de la chaux, s' élève maintenant dans toute son harmonieuse fierté octogonale, qui a été reconstruite avec vingt-six mille débris que la longue et savante patience des nouveaux restaurateurs a pu découvrir et individualiser.

Sur un côté du mur, en face d'une des trois absides, on a découvert entièrement dégagée une admirable fenêtre, dont les côtés et la colonne centrale de marbre sont parfaitement conservés. Elle était cachée sous l'enveloppe profanatrice, qu'ornait une décoration baroque quelconque, ainsi qu'on le voit encore dans le mur qui lui fait pendant, de l'autre côté de la nef principale. A travers des vigoureux et très habiles coups de pic, on entrevoit sous l'involucredes colonnes droites et trop simples, l'harmonie des colonnes byzantines aux riches chapiteaux, dus à l'imagination des artistes au goiit très siîr et très varié qui portèrent dans toute l'Italie méridionale le signe immortel du génie del'Hellade. Le matronée qui court le long des nefs de côté, révèle aussi par endroits la perfection de ses lignes, de ses courbes, de ses chapiteaux et de ses colonnes.

L'église antique et belle existe, donc, dans l'église dont le délire baroque l'enveloppa. Le baroque, ainsi que notre art nouveau contemporain, représente une convulsion du goiit, un égarement angoissé du sens de la ligne, explicable et même acceptable dans des périodes esthétiques intermédiaires. La volonté d'ini évêque enferma ici la perfectionantique dans la laideur d'un baroque laid, pauvre, insignifiant.

Quelques prélats, quelques artistes et quelques savants s'efforcent maintenant à détruire l'envolucre sacrilège, mais les frais à supporter sont énormes, et vu l'indifférence du gouvernement italien, il est bien difficile que l'œuvre soit accomplie. L'empereur Guillaume y a laissé dernièrement une somme de deux mille francs. C'est un peu plus, je crois, que ce que le gouvernement italien a donné de son côté, liais tout cela est risible, car il faudrait dépenser au moins une ou deux centaines de mille francs pour remettre à la lumière une des plus belles églises de l'Italie, qui est en même temps une des plus significatives églises du monde. Par une étrange ironie du sort, les prélats d'aujourd'hui, qui frémissent d'indignation en entrevoyant comme dans un rêve, la beauté inapprochable de leur église, sont forcés de continuer à payer la dette que ré\-êque profanateur contracta, il y a plus d'un siècle, pour i'abimer de la sorte.

Avec l'église célèbre de Saint-Nicolas, qu'elle semble reproduire, et que Bari éleva dans ses murs un siècle avant, la cathédrale contient plus d'une parole immortelle apte à éclairer les origines de l'art italien, lorsque l'Orient, avant de céder à l'Occident le sceptre de la domination esthétique, nouait le premier mélange fécondateur de tout notre art au moyen âge. Elle possède aussi des toiles de Tintoretto, de Véronèse et une toile très belle, que par la grâce parfaite de la Vierge et far la valeur des tons, il faut attribuer, je crois, à l'Ecole de Léo-"rd.

MEMENTO DES HOMMES, DES CHOSES ET DES PUBLICATIONS d'aRT.

A Naples, on a restauré le célèbre arc d'Alphonse d'Aragone. La restauration a porté uniquement sur la solidité du monument, et par une volonté digne de toute louange du restaurateur, l'extérieur de l'œuvre a'gardé, dans son ensemble et dans ses détails, sa beauté originaire et celle que le temps leur a faite.

Depuis 50 ans on formait des projets pour accomplir cette œuvre de restauration. L'arc d'Alphonse d'Aragone est enfin dans un état de solidité absolue, et par les transformations récentes des rues deJNaples, il est visible du centre même de la ville, qui est la plus grande métropole de l'Italie.

— Le gouvernement anglais a renoncé à l'héritage de la collection Stibbert, qu'il a offert à la ville de^Florence, où M. Stibbert est mort. M. Harcourt firsijcommissioneer of Works, a déclaré à la Chambre des Communes que le gouvernement anglais ne pouvait pas accepter le legs artistique, car on n'aurait pu exercer aucune surveillance sur l'administration des collections d'art, qui, selon les lois italiennes, ne peuvent pas passer les frontières.

— Dans l'église de Santa-Maria-Novella, à Florence, on vient d'achever la restauration de certaines peintures anciennes qui enrichiront une des chapelles. La chapelle, qui se trouve entre celle des Rucellai et celle des Strozzi. appartint autrefois aux Bardi, dès 1334. lorsque Riccardo de Bardi, l'acheta et la consacra à Grégoire le Grand. Il paraît que les peintures récemment restaurées, pleines de fraîche vigueur, 'sont dues à Spinello^aretin. Et on a découvert en même temps, cachées sous la peinture toscane, des décorations byzantines qui semblent apporter un élément nouveau à l'opinion qui admet que des artistes grecs travaillèrent à la construction de l'Eglise, et ce furent eux qui initièrent à l'art celui qu'où nomme comme le plus ancien peintre de la peinture florentine, Cimabue.

— Dans la maison du défunt marquis Emmanuele Doria à Cirié, on vient de retrouver le portrait de Andréa Doria, diî au Titien. Cette trouvaille est d'une importance très grande, car la perte de cette toile était un des plus regrettables malheurs arrivés à la célèbre collection de l'illustre famille.

Cl. An,jel^ ci. -Uii.'!i,i, iVi.-i FENÊTRE DU DÔME DE BARI

— A Alexandrie, on a découvert dans l'église de Saint- Jacques, une Vierge avec l'Enfant de la fin du xiv siècle. D'autres œuvres du plus grand intérêt, attribuées l'une à Piero délia Francesca, l'autre à Botticelli,ont été découvertes à Arezzo et à Florence.

— Le roi d'Italie a offert à la Pinacothèque de Birera les fresques de Luini qui étaient sa propriété.

RiccioTTO Canudo.

ORIENT

Égîpte. — Le Caire. — Au premier grand Congrès archéologique international tenu à Athènes, l'an dernier, et dont la pleine réussite fut du plus heureux augure pour les jeux Olympiques qui se préparaient, il avait été résolu, en assemblée plénière, que le deuxième grand Congrès archéologique international serait tenu en Egypte, au Caire, au printemps de 1909.

Le Comité chargé de son organisation, vient d'être constitué sous la présidence d'honneur de S. A. Royale le Khédive, Abbas II Hilmi. Le local choisi pour ses réunions est le Musée Khédivial du Caire même dont le trésor artistique, si riche en antiquités de toutes sortes, s'accroît tous les jours par les découvertes répétées et précieuses faites au pays des Pharaons.

Composé dés personnalités scientifiques les plus marquantes de l'Egypte, ce Comité a déjà tenu deux séances. Dans la première, il a offert, unanimement, la présidence effective du Comité exécutif au directeur général du service

des Antiquités de l'Egypte, M. Maspero, qui l'a acceptée. Il a été procédé ensuite à l'élection des membres de la commission chargée d'esquisser les grandes lignes du Congrès futur.

Après avoir pris connaissance du rapport de cette commission, le Comité, dans sa seconde séance, a décidé que le deuxième grand Congrès archéologique international se tiendrait, en trois étapes, dans trois différentes villes de l'Égj'pte : à Alexandrie, le 10 avril, — date à laquelle correspond, en 1909, le jour de Pâques, — au Caire, le jeudi suivant, 15 avril, et à Thèbes, six jours après, le 21 du même mois. Il a élaboré, en même temps, l'itinéraire des excursions qui, à cette occasion, seront organisées dans la Haute-Egypte du 22 avril au 10 mai, et auxquelles tous les congressistes seront invités à prendre part.

Un premier appel rapportant les décisions de l'assemblée a été lancé en Europe, au monde savant qui, d'ores et déjà, peut adresser adhésions et communications au Comité

xvni

du Congrès archéologique international, au Musée Khédivial du Caire.

Edfoii. — On connaît l'œuvre de réfection entreprise à Edfou — VAtbo des anciens Égv-ptiens et VAppoUnopolis magna des Romains — par l'éminent égyptologue. M. Barsanti.

Les travaux de consolidation des imposantes ruines, qui entourent le grand temple — un des édifices les plus considérables et les plus intacts de la vallée du Nil. et assurément un des plus beaux, non de l'époque égyptienne, mais de la belle époque grecque — sont très activement menés. Cette restauration, qui dégagera entièrement la superbe architecture du temple dont les pylônes sont les plus hauts qui existent dans toute l'Egypte, prendra probalîlement fin au printemps prochain, époque à laquelle M. Barsanti se propose d'entreprendre à Thèbes, pour le temple de Gournack, les mêmes travaux de consolidation.

Khoum-Schgaon. — Depuis quelque temps et avec une persistance répétée, les archéologues angla is étaient particu lièrement favorisés par la chance, dans la découverte de papyrus mettant à jour des trésors inédits des littératures grecque et romaine. Or, voilà que cette chance tourne un peu de notre coté.

M. Maspéro vient, en effet, de faire une trouvaille très importante dans les environs de Khoum-Schgaon, petite localité de la Haute- Égj^pte qui, depuis quelques années sollicitait son attention.

Il a été retiré des sables, à cinq mètres de profondeur, cinquante boîtes cylindriques renfermant toutes de fort beaux papyrus. Une série de ces manuscrits, atteignant la dimension, rarement dépas.sée, de quatre mètres de longueur, constitue un fonds littéraire d'une valeur inappréciable. Les feuilles contiennent, en 1.300 vers inédits, une comédie entière de Ménandre. M. Lefebvre, qui a identifié l'œuvre du comique grec et en qui M. Maspéro trouve un de ses plus infatigables et dévoués collaborateurs, se propose de nous faire connaître, très prochainement, le texte et la traduction de cette comédie. Cette publication nous permettra enfin l'étude et l'analyse directe du créateur attique de la comédie de mœurs et de caractères dont le génie n'était parvenu jusqu'ànousqu'à travers Plaute et Térence et qui. par une ironie du sort, ne nous avait laissé que des fragments d'une beauté sérieuse et d'une mélancolique philosophie alors que, d'après les dires de l'antiquité, son esprit se répandait en saillies plaisantes et en traits fins de caractères, et excellait dans les peintures amoureuses et les tableaux voluptueux.

Tliuck et Sakkarah. — >îe quittons pas l'Egypte sans parler des superbes stèles découvertes par M. Ouibell. au cours des fouilles faites aux environs de Sakkarah, et du merveilleux trésor d'orfèvrerie mis à jour à Thuck par M. Edgar. Cette dernière trouvaille complète, d'heureuse façon, les pièces de la même époque, rares et ouvragées, recaeillies, l'année dernière, aux excavations de Ghermonss.

Stèles et bijoux ont été expédiés au musée Khédivial,

Grèce. — Delphes. — Sur l'initiative du gouvernement hellénique, l'administration financière d'Athènes avait décidé, il y a deux ans, la reconstitution, à ses frais, de l'ancien trésor de Delphes. Elle confia à M. Replat, architecte de l'école française d'Athènes, le soin des travaux de cette reconstitution qui, suivant le cahier des charges, devait entièrement être faite avec les matériaux antiques de l'édifice et dans un style rappelant l'architecture harmonieuse d'autrefois.

Une lettre de M. Replat à l'Institut de France annonce l'achèvement de ces travaux. A la dernière séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. M. HomoUe a

donné lecture de ce document où se constate une fois d , plus la part très active que la France prend à la résurrection de Delphes et deDelos, ces deux villes qui, grâce à elle, se sont dégagées du linceul des ruines séculaires et recommencent à vivre leur passé de beauté.

Argùs. — Les fouilles entreprises, depuis 1904, à Argos, par le Docteur Wilhelm Wollgraff , professeur à l'LTniversité d'Utrecht, et ancien membre étranger de l'école française d'Athènes, ont été particulièrement fructueuses, l'été dernier. Elles ont amené la découverte de fragments architectoniques provenant d'églises byzantines, de stèles, de statues et de bas-reliefs dont quelques-uns avec inscriptions grecques du plus haut intérêt pour l'histoire du Bas- Empire.

Tous les antiques de cette nouvelle exploration ont été expédiés au Musée Royal d'Athènes.

TrRQriE. — Constaniinople. — Il règne un certain émoi au ministère de l'Instruction publique de Turquie et au Musée Impérial Ottoman depuis que la nouvelle leur est par\-enue de Homs (Syrie) que des terrassiers, en creusant les fondations d'une maison, ont mis à jour une grotte renfermant des monuments funéraires.

Cette nouvelle a remis dans toutes les mémoires la découverte du fameux hypogée de Saïda duquel on retira entre autres sarcophages célèbres, celui dit d'Alexandre et celui des Pleureuses, œuvres d'art uniques au monde, qui sont l'orgueil et la beauté du musée Turc. La découverte de l'hypogée, en 18S7, avait été faite dans desconditions identiques à celle de la grotte, aujourd'hui.

Aussi attend-on avec impatience le rapport de l'ingénieur Becchara, envoyé expressément sur les lieux où des ordres immédiats avaient été donnés de suspendre tous les travaux.

Musée Impérial Ottoman. — La construction de la nouvelle annexe du Musée Ottoman ayant pris fin, le gouvernement impérial, sur la proposition de S. E. Hamdi Bey. directeur du Musée, a chargé le savant archéologue, M. Hilperich. du classement de toutes les antiquités transférées au nouveau pavillon et de toutes celles qui, à l'avenir, y prendraient place.

Ecole Impériale des Beaux-Arts. — Le jury chargé d'examiner les envois faits, annuellement, par les élèves de l'école des Beaux-Arts de Constantinople et exposés dans le grand salon de cette école, s'est réuni le mois dernier sous la présidence de S. E. Hamdi Bey, à l'effet de récompenser les œuvres les plus méritantes.

Composé du général Ahmed Ali Pacha, aide de camp de S. il. I. le Sultan, de Khalil Bey. sous-directeur du Musée, de Kadri Bey, Ethèm Bey et Arif Be\-, contrôleur, architecte et secrétaire de la même administration et de tous les artistes enseignants de l'École : E. Osgan Effendi, professeur de sculpture ; 'SI. Salvator Valeri, de peinture; M. Alexandre Vallauri, d'architecture; M. Joseph Warnia- Zarzecki, de dessin, etc., etc., il a décerné les prix et diplômes suivants :

Peinture à l'huile : i" pri.x, Sami Bey; 2" prix.Missak ilichanian Eff endi ; mentions honorables: Dikran Effendi. Kiazim Effendi et Hazim Effendi.

.architecture : i" prix, Spiro Khouri Effendi; 2<= prix, Yervant Kalpackdjian J Eff endi ; mentions honorables : Vahram Papazian Effendi, Siméon Dimitri.Ischak Mitrani, Vahan Kantardjian, Stéphan Lemondjian et Tayat Tanash Effendis.

Sculpture : Murteza Effendi, diplôme d'honneur.

Gravure : 1" prix. Alexan Boyadjian Effendi; mention honorable, Mehmed Ali Effendi.

Dessin : Diplôme d'honneur, Rouhi Effendi.

Brousse. — On sait combien rares sont les œuvres d'art

en bronze que nous a léguées l'antiquité : minime est leur nombre relativement aux œuvres en marbre.

Quatre de ces œuvres d'une très grande valeur archéologique ont été saisies à Brousse chez deux Arméniens, les nommes Ghirasouz et Matthèos. Ces particuliers, habitant tous les deux Bouzoyouk, avaient déterré dans des champs ne leur appartenant pas, quatre statuettes en bronze de mer%'eilleuse beauté. Au lieu d'un référer, immé-

diatement, suivant les règlements, au.x autorités de Houdavendighiar,ils s'étaient appropriés ce? objets antiques avec l'intention de les vendre. Surpris, ils ont bien été obligés de rendre à César ce qui appartenait à César. C'est ainsi que les quatre statuettes — dont deux danseuses d'un art impeccable — ont pris le chemin du Musée de Brousse, qui ne possédait encore aucune œuvre artistique de valeur, en bronze.

.\dolphe Th.\lasso.

SUISSE

LES expositions particulières reprennent avec entrain dans nos différentes villes suisses et l'on en annonce pour l'hiver toute une série dans laquelle j'aurai à vous signaler quelques groupes et quelques tempéraments individuels intéressants.

Il n'y a pas grand'chose à dire des paysages exposés actuellement au Kùnstlerhaus de Zurich par l'aquarelliste Léonard Steiner et par les admirateurs du peintre J. G. Steflan. Ni les quarante aquarelles de M. Steiner, ni les soixante-dix tableaux et études de feu J. G. Steffan ne nous donnent d'indication utile sur l'état actuel de l'art en Suisse. M. Steiner a atteint, le 9 novembre, le bel âge de 70 ans, et feu Steffan est mort l'été dernier âgé de 90 ans. Quoiqu'il ait suivi la plus grande partie de sa carrière artistique à Munich. Steffan avait gardé une prédilection marquée pour le pavsage suisse, spécialement pour les lacs de l'Oberland et les montagnes du Valais qui lui ont inspiré ses œuvres les plus remarquables. Il fit mainte joyeuse campagne de peinture avec le vigoureux animalier zurichois Rodolphe KoUer, auquel le professeur Ad. Frey vient de consacrer une si consciencieuse et copieuse biographie, richement éditée et illustrée par la maison Colta. Plus que les aquarelles de M. Steiner, les paysages de J. G. Steffan ont excité la curiosité bienveillante du public zurichois et même de la critique la plus adonnée au modernisme.

A chacune de nos expositions nationales ou municipales, ceux des visiteurs qui sentent et aiment vraiment la nature suisse des hauts plateaux et qui vont d'instinct, loin des causes d'apparat ou de tapage, aux œuvres sincères et discrètes, ont su distinguer les paj'sages valaisans signés du nom de Paul Virchaux. Ils ont la joie aujourd'hui de les voir réunis, au nombre de cent cinquante, dans la salle Thelluson, à Genève. L'artiste modeste, timide. solitaire, qui passe toute l'année, loin des hommes et loin des influences extérieures, dans son chalet montagnard de Savieze. s'est décidé, non sans peine, à présenter au public de la ville, et dans son ensemble, l'œuvre d'intransigeante sincérité et d'absolu désintéressement qu'il accumulait ainsi sans jamais penser ni au public, ni à la ville, ni au succès. Et nous avons rapporté de cette exposition un sentiment pénétrant et bienfaisant de calme, d'apaisement, de fraîcheur et de vérité que seule la communion intime et constante avec la nature peut doni\er à ceux qui se donnent tout entiers à elle.

Il y a une belle unité dans l'œuvredupeiutrede Savieze, comme dans sa vie. Épris de ce pays admirable, où la rudesse montagnarde des choses et des hommes s'égaie et s'éclaire de la splendeur d'une lumière déjà toute méridionale, il ne s'est pas contenté, comme les camarades, d'y venir dresser son chevalet pendant quelques semaines ou quelques mois d'été. Il y a vécu toute l'année, et toutes les années, de la vie même des braves gens qui l'habitent. Il n'en a

pas cherché les aspects les plus souriants ou les plus brillants, mais les plus intimes et les plus secrets. Il ne l'a pas aimé dans les heures d'éclat et de splendeur, mais dans les heures grises du soir qui tombe, de la pluie qui menace, de l'automne qui s'attriste aux derniers vestiges des feuillages empourprés, de la neige d'hiver si blanche et si dure qu'on sent un frisson de froid à la regarder seulement.

Il l'a vuecette rude terre montagnarde, avec tantd'amour et aussi avec tant de précision que l'on pourrait presque dire, devant chacune de ses toiles, le mois de l'année, le jour du mois et l'heure du jour où elle a été peinte. La poésie qui se dégage de cette œuvre est celle toute simple et toute directe qui peut émouvoir une âme simple, droite et fruste, comme la nature elle-même de ce pays et de ce peuple. Quand M. Paul Virchaux joint à ces paysages d'Evolène ou de Savieze quelques figures de montagnards ou de montagnardes, — ill'afaitavec beaucoup de bonheur dans ses deux Retours de la Messe, — iln'y mêle aucun souci d'enjolivure pittoresque ou de virtuosité coloriste. On dirait qu'il a été prédestiné, par sa nature elle-même, à rendre de façon adéquate la raideur anguleuse et la carrure solide de ces filles valaisannes ou de ces gars montagnards. La poésie de cet art naît uniquement de sa vérité et de l'intense sympathie avec laquelle l'artiste a saisi cette nature.

Comme exécutant, M. Virchaux n'est pas un virtuose.

De son maître Barthélémy Monn, il a appris la solide construction du paysage, la juste distribution des plans, l'heureuse subordination du détail accidentel à la ligne générale. Sa vie solitaire dans la nature et son travail fait uniquementen plein air, — onnelui connaît pas d'atelier — lui ont donné une vision et une notation bien personnelles de la couleur et des valeurs. Jlais c'est moins par la facture, si distinguée soit-elle dans sa discrétion, que par l'intensité et l'intimité de l'émotion poétique que cette peinture vous conquiert, vous pénètre et vous émeut enfin de façon si complète et si sûre.

Il plaît de constater le grand succès public d'une œuvre qui n'a été faite ni pour le public, ni pour le succès.

C'est par des qualités très différentes, et même opposées que brille M. Gustave Poltzsch, un Xeuchâtelois établi à Paris, qui vient d'exposer dans sa ville natale, à la salle Léopold Robert, une cinquantaine de ses œuvres récentes. La naïveté, l'intimité, la candeur sincère sont le moindre défaut des portraits de Parisiennes que peint cet adroit et habile exécutant. Il semble pourtant qu'il y ait dans les paysages austères, dans les groupes pittoresques, et dans les portraits énergiquement individualisés qu'il a rapportés des Cévennes pour les exposer à Neuchâtel, une orientation vers une manière plus simple, plus personnelle et plus virile. Il faut en féliciter M. Gustave Poetzsch qui est jeune et dont le talent facile et brillant n'a pas dit son dernier mot.

G.\SPARD VaLLETTE.

Nécrologie : FRITZ THAULOW

C'ÉTAIT une silhouette très connue de Paris, celle de ce bon géant norvégien dont Jacques Blanche exécuta jadis une effigie célèbre, à la Jordaens ; je le revois descendant à bicyclette la côte de Saint-Clond, puis à une soirée chez Besnard et dans ces deux aspects différents j'évoque une figure sympathique, un être plein de santé et de vigueur, d'une robustesse rare.

Ces mots ne pourraient-ilsaussi s'appliquer à son œuvre peinte et gravée; d'une exécution très savante, quoique paraissant brossées dans la rapidité même de l'impression, ses toiles aux tons charmeurs ou violents sont éclairées d'eaux tournoyantes, sont lourdes et silencieuses de neiges endormies, sont poétisées d'arbres en fleurs ; conçus avec une perspective uniforme, semblable un

peu à celle que donne la photographie, ses tableaux de pavsages et de villes sont des visions âpres ou transparentes, selon qu'il ait posé son chevalet au bord de torrents écumeux ou bien devant la nappe somnolente des lagunes de l'Adriatique, des canaux de Hollande. Un motif qu'il affectionnait aussi, dans lequel il ne mettait pas l'exquise et douce poésie de Cazir, mais qu'il traitait, à sa manière, et elle restera originale, c'était dans la nuit des cités désertes, la petite lumière qui veille, la vitre solitaire qui flamlioie, lampe de poète ou d'ouvrière, prunelle vivante parmi le silence et l'ombre ; il animait ainsi le décor d'une pensée imprécise, énigmatiquc. vers quoi la rêverie allait.

Mais son talent était plutôt fait d'énergie, sa virtuosité maniée avec rudesse, avec violence; il est, de lui, certaines vues les pierres des demeures, les piles et le=

i/lt lM.':-,tih<nr;i.

PORTR.\IT par Jacqui

DE THAULOW ■s BLAN'CHE

d'Italie où arches des ponts ont une massivité tragique, où les eaux sombres deviennent sinistres, avec leurs remous exagérés ; il a rapporté ainsi de Vérone et île Venise des visions brutales

qui semblent plutôt prises en des années lointaines et historiques qu'à notre époque, et cela pourrait servir de décor pour quelque drame shakespearien.

Une trop grande délicatesse eut étonn'^ d'ailleurs de la part de ce géant à la large poitrine, aux bras forts, aux mains solides; on comprend sa passion pour cette force aveugle et terrible de l'eau qu'il est ardu de maîtriser, dont on ïubit l'élan ravageur, la poussée rapide, dont on redoute les débordements terribles ;même quand il pare les bords d'une rivière d'arbres en fleurs, de la magie du printemps ou de la splendeur de l'été, il met au premier plan un tourbillonnement qui retient l'attenticn.qui inquiète, qui révèle le mystère des profondeurs, la possibilité du danger subit. Dans des tableaux de neige la même impression se produit.le linceul est épais qui recouvre la nature, la mort des chosis apparaît quasi éternelle, sous l'hiver implacable, il ne semble plus que ces maisons

puissent être habitées, ces chemins parcourus, ces squelettes d'arbres refeuiller.ces p-airies glacées reverdir; c'est surtout par ces toile.là qu'il affirmait sa nationalité ; il fut un vrai peintre, par l'intensité de sa palette, par l'énergie de son pinceau, par la fécondité de sa production, par la virtuosité de sa technique.

Au point de vue spécial de l'estampe en couleurs, il aura contribué comme Raffaélli, à la résurrection d'un art délicieux dont le succès s'affirme de jour en jour, est une des joies de notre époque, ces planches de lui sont précieuses aux amateurs.

Au moment même où la Mort le terrassait subitement là-bas, à Volendam, sur le Zuyderzée, nous admirions chez Georges Petit, à l'exposition de la gravure originale en couleurs, ses dernières épreuves, il s'en est allé en plein travail, en pleine gloire.

('/. CtiTuitdni.

l'hiver

Tableau de F. TH.AULOW

L'Exposition des chefs-d'œuVre de Fragonard et de Chardin

à "Paris

DEPUIS quelques années une sorte de lutte, lutte glorieuse et féconde, dont les héros sont les grands dieux de la peinture, paraît s'être engagée entre les différents pays. Tour à tour l'Angleterre, l'Espagne, la Hollande, l'Allemagne, la Belgique, ont convié le monde entier à venir admirer, dans des expositions magnifiques, véritables solennités nationales, admirablement organisées par les soins jaloux de l'État et le patriotisme éclairé des collectionneurs, les plus grands maîtres de leur école. C'est ainsi que nous avons pu contempler successivement, prodigieux et éblouissant spectacle, des somptueuses réunions de purs chefs-d'œuvre dus aux pinceaux des Hogarth, des Turner. des Gainsborough, des Velasquez, des Goya, des Rembrandt, des Rubens. etc.

Nous avons pensé que la France pouvait et qu'elle devait prendre part à ce grand tournoi artistique, et qu'elle avait, elle aussi, de sublimes champions à mettre en ligne. Et c'est, obéissant à ce sentiment, que l'Art et les Artistes a décidé de prendre l'initiative d'une exposition de chef s-d' œuvre de Fragonard et de Chardin, qui aura lieu au printemps prochain dans la galerie Georges Petit. L'exposition durera un mois.

M. le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts a bien voulu accepter la présidence d'honneur du comité, dont nous ferons connaître ultérieurement la composition.

En choisissant Chardin et Fragonard pour commencer cette série des expositions rétrospectives de nos grands et « petits » maîtres de la peinture, nous avons voulu du même coup affirmer d'une façon triomphante l'indiscutable originalité de notre admirable école du xvnie siècle, dont ces deux peintres sont peut-être les plus merveilleux représentants, l'un avec son incomparable harmonie « au delà de laquelle, comme dit Diderot, on ne songe plus à désirer », l'autre avec la miraculeuse caresse de son frais et lumineux pinceau sous laquelle pétillent et palpitent l'esprit charmant et la fine sensualité du xviii^ siècle.

Nous avons tout lieu d'espérer qu'à cette exposition unique, organisée par les soins de VArt et les Artistes, les plus réfractaires aux joies de la peinture se laisseront doucement charmer par les deux divins maîtres français, et que pendant ces quelques semaines de cohabitation, la folie rose de Fragonard et la raison souriante de Chardin feront bon ménage.

Échos des Arts

La donation Stilnuiiin. — 'SI. James Stilmann. président de la National City Bank de New- York, a fait don à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, d'une somme de 500.000 francs pour constituer une dotation dont les revenus seraient employés en un ou plusieurs prix annuels à distribuer à un ou plusieurs élèves de nationalité française. Ce don a été fait en reconnaissance desgrands avantages que l'École a si libéralement assurés, depuis des années, aux Étudiants américains.

Le sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts a décidé, conformément à l'avis du Conseil supérieur de l'Enseignement des Beaux- Arts, que les arrérages de cette somme de 500.000 francs seraient affectés à la création de 12 bourses de voj'age annuelles au proiit des élèves peintres, sculpteurs, architectes et graveurs, qui auraient obtenu les meilleures notes dans les différents concours.

Un nouveau groupement aura, en mars prochain, sa première exposition au Grand Palais ; ce n'est plus Poil et Plume des écrivains peintres, ni le salon des acteurs. ou celui du barreau, mais Le Salon Militaire, œuvres artistiques des officiers (Armée active. Réserve et Armée territoriale), sous la présidence d'honneur des Ministres de la Guerre et de la Marine, et du sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.

Toutes communications ou demandes de renseignements doivent être adressées au Secrétariat de la Coopération 41, rue Vivienne, Paris.

llans l'hôtel de la Société d' Encouragement pour l'industrie nationale a eu lieu, le mois dernier, l'assemblée constitutive de la société d'études et de propagande pour le développement de la culture artistique et de l'enseignement du dessin, sous la présidence de M. Chéramy. Il faut féliciter de cette initiative l'Ecole pratique des Arts dont les cours,

pour la seconde année, comportent : la couleur; l'œuvre d'art ; législation ; enquête sur l'enseignement artistique ; l'art décoratif ; l'art d'architecture ; histoire de l'art (visites et conférences). Dans la série des mardis, de 5 à 6 heures, « Comment se fait une œuvre d'art », nous remarquons parmi les conférenciers : Pierre Roche pour le plomb, Brateau pour l'étain, Hébrard pour le bronze, Cros pour les pâtes de verre.

Parmi les monuments inaugurés le mois dernier, il convient de signaler celui du chevalier de la Barre, par Roger Bloche, placé sur la butte Montmartre, devant le Sacré- Cœur, et celui du commandant Hériot, par Antonin Cariés, érigé à l'orphelinat de la Boissiére.

■ar

La gloire d'.Mfred Stevens, auquel Camille Lemonnier a consacré le somptueux volume que l'on .sait, va se continuer et s'affirmer par une exposition aussi complète que possible de ses œuvres qui aura lieu en avril prochain à Bruxelles, puis à Anvers, organisée par les soins de l'Art contemporain et de la Société royale des Beaux- Arts.

Nous recevons de Calais l'information suivante : Monument Jacquard. — Programme du concours. Article pkemiee. — Il est ouvert un concours pour l'érection d'une statue monumentale à Jacquard. — Art. II. — L'emplacement sur lequel sera érigée cette statue est situé à Calais, au carrefour des quatre boulevards Jacquard, Lafayette, Pasteur et Gambetta... — -Art. iv. — La somme de 50000 francs ne devra pas être dépassée. — Art. ti. — Chaque maquette présentée devra être faite en ronde-bosse, et avoir uniformément i m. 25 de hauteur.

y compris le piédestal, sur lequel des cartouches seront réservés à Martyn et à Fergusson. — Akt. x. — Toutes les maquettes devront être envoj-ées franco de port, au siège du Comité, lo, rue des Soupirants, Calais. Le dernier délai pour la présentation de ces maquettes est fixé au lo janvier 1907 à 5 heures du soir. S'adresser pour tous renseignements, 10, rue des Soupirants, à Calais.

Au Jlusée Galliera.

Après l'exposition de la soie qui a fermé après quatre mois de très vif succès, le musée a procédé au renouvellement de son exposition générale permanente d'art appliqué.

La réouverture du Musée Galliera a eu lieu fin novembre avec un ensemble d'œuvres très intéressantes dont nous parlerons dans le Mois artistique.

ha. Société des Arts Bretons a ouvert sa onzième e.xposition, le 14 octobre dernier, dans les galeries Préaubert, à Nantes; nous ne pouvons que signaler brièvement les œuvres et les auteurs les plus remarques : de M. Brillaud, une bonne vieille « Mère, ma fittc », et une Marchande de pêches ; de M. Mouton, des portraits d'une grande finesse d'exécution ; de M. Lesage, le portrait du poète Tiercelin ; de MM. Orliac, une étude de nu intitulée Sommeil ; de M. Verdier Glaneuse et Verrotière normande, de M. Victor Richard, Allée du Croisic à Bréhée ; le charme et la poésie, du paysage breton, bien rendus, de M. Levreau, paysages bretons ; de M. Hervé, des pochades toutes pétillantes de lumière, de M. Pâtisson, portrait de Bébé. Enfin les paysages de MM. Charrier, de la Rochette, Coignart, Boiry, Cadi, Derennes, Rouillé, Boulin, Blanchard, Modot, Puiseau-Chaillou et Praud, les scènes bretonnes de MM. Ménard, du Coudray, Pégot- Ogier, et les natures-mortes de Mlles Jeanniard du Dot et Gris, de MM. Jeudy et Maisonneuve sont à noter.

Un artiste dont la Société des Artistes Bretons peut s'enorgueillir, c'est l'aquarelliste de Launav. Jamais peutêtre jusqu'ici l'aquarelle n'avait été traitée avec plus de virtuosité de touche, plus de ju.stesse de vision, plus de perfection. D'autres aquarellistes sont Mlle Moret, MM. de Broca, Duportal, Roy, de Brem, Jacquier, Lorois et Picou ; de M. Corabœuf , des dessins teintes.

Des pastels peu nombreux, par Mme Benoit, Mlle Gris et M. Rigault ; de la sculpture par MM. de Boishéraud. Gaucher et Vallet; citons encore ; la lithographie en couleurs de M. Pohier, Epopée bretonne en 10 tableaux, et dans l'art décoratif de M. Bouvais, xylogravure ; de Mlle Bréhéret, cuirs d'art, et de M. Dubois, des étains.

EXPOSITIONS ANNONCÉES OV EN FORM.VITOX PARIS

Ecole nationale des Beaux-Arts. — Exposition centennale de la gravure originale, prochainement.

Ecole des Beaux-Arts. — Du i«' au 15 décembre, exposition des achats de l'Etat aux Salons et des commandes de l'Etat.

Grand Palais. — Salon de l'automobile.

Grand Palais. — En janvier et février 1907, IVe Salon

de l'Ecole française.

Galeri:s Georges Petit, rue de Sèze. — Grande Galerie :

Vente Blanc, les i, 2. 3, 4, décembre.

Société internationale, du 6 décembre au 31 décembre. Petite Ga Icrie.

Madeleine Lemaire. du !<'■' au 14 décembre.

Trouillebert, du 16 au 31 décembre.

Galerie Druet, 114, Faubourg-Saint-Honoré.

Dario de Regoyos, du 20 novembre au 3 décembre. Lemmen, du 5 décembre au 19 décembre.

2= Exposition latine-américaine, 25, boulevard des Italiens, du !«'■ au 2; décembre.

DÉPARTEMENTS

Alei. — Union artistique tarnaise. E.xposition de peinture, sculpture et arts décoratifs, ouverte du 19 novembre au 20 décembre.

Angers. — Société des Amis des Arts, hùtel Chemeilher, I7<- Exposition, du 2 décembre à fin février.

BEs.ixgox. — E.xposition rétrospective de l'Art en Franche- Comté.

BoKDE.irx. — Exposition maritime internationale de mai à septembre 1907, avec section des beaux-arts, organisée par la Société des Artistes girondins.

CixxEs. — 5<^ Exposition internationale du 26 décembre 1906 au I" février 1907 ; déposer ou faire parvenir les œuvres à Paris, chez M. Ferret, 36, rue Vaneau ou au siège social de l'Association des Beau.x-Arts. Cannes, Allées de la Liberté.

Marseille. — Palais du ministère des Colonies, Exposition coloniale, section des Beaux-.Arts, comprenant une partie rétrospective et une partie consacrée aux artistes modernes.

Monte C.u!hi. — Au Palais des Beaux-Arts, 15e Exposition Internationale des Beau.x-Arts de la principauté de Monaco, de janvier à avril 1907. Dépôt des œuvres à Paris, chez M. Robinot, 50, rue Vaneau, du 20 octobre au 20 novembre ; envois directs avant le I" décembre. S'adresser pour renseignements à ^I. Jacquier, 40, rue Pergolèse, Paris.

N.ixTES. — iC^ Exposition de la Société des artistes bretons, du 2 au 17 décembre.

PÉr.ir.uErx. — Société des Beaux- .\rts de la Dordogne Exposition au printemps de 1907.

ÉTRANGER

B.tDE>"-B.iDEx. — Badener Salon, e.xposition des Beau.x- .\rts, d'avril à fin novembre. S'adresser à M, J. T. Shall, directeur.

B.vRCELOXE. — ;'■ E.xposition internationale d'art en

avril 1907.

Berlin. — Exposition centennale de l'Art allemand. Berlin. — i'''' exposition internationale de miniatures

anciennes et modernes. Secrétaire général : D^ Fritz [^Wolff, conservateur au musée de La Mark. ^

Bruxelles, — Salon ^de la Libre Esthétique (Musée Moderne),

MiL.iN, — Exposition des Beanx-.\rts, — Exposition internationale d'Art décoratif.

MfNir.H. — La prochaine Exposition annuelle des Beaux- Arts de 1906 au Glaspalast comprendra une exposition rétrospective d'Art bavarois de 1800 à 1850.

Venise. — 7'' exposition internationale des Beaux-.\rts, du 22 avril au 31 octobre 1907. Envoi des œuvres au Palais de l'Exposition, du 10 au 25 mars.

('/. du Phidias, de II. Lâchât

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