‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 152 sur 186 · AU MONT P.\L.^TIN — LE P.\L.\IS DES CES.\RS · texte numérisé non relu

AU MONT P.\L.^TIN — LE P.\L.\IS DES CES.\RS

HOCHETS ROMAINS D'après les Jeux des Anciens, de M. Becq de Fouquitres

La Vie du Jouet

LE jouet est presqu'aiLssi ancien que le monde et que la vie. Si l'on ne trouve pas de jouets dans les grottes où les hommes du temps de la préhistoire gravaient aux parois les profils de l'auroch et du bison, c'est que les jouets sont presque toujours dematière fragile. Mais certainement,pendantque l'homme chassait, aux pieds de la femme qui cousait l'enfant jouait de quelque branche, de quelque lambeau de pelleterie. Le morceau de peau de bête, enroulé autour de la tige feuillue, c'était déjà la poupée; c'était déj à aussi, les prétextes, ces soliloques des tout pe tits où par des demandes et des réponses ils inventent de la vie chimérique, légendaire, enfantine, du petit rêve qui sautille à ras de terre, prélude de celui qui s'envolera vers des idées.

Dans les tombes romaines, les archéologues ont trouvé des jouets. M. Henry d'Allemagne, dans son li\Te si savamment documenté, reproduit des hochets POUPÉE ROMAINE et des poupées. Certes les gamins

D'après les Jeux des q^j sur les murs de Pompéï Anciens, de M. Becq . .

de Fouquières. notaientcur.sivement des impres-

sions familières, savaient jouer au soldat, de même qu'ils n'ignoraient point Polichinelle. Polichinelle s'appelait alors ilaccus ; on riait de son long nez courbe et de sa voix siffîée, métallique. La pratique de Polichinelle était déjà trouvée. A plus forte raison la poupée.

Il y en avait de grêles, articulées, avec des membres élémentaires mais doués de mouvement. Cette poupée du vieux temps, on peut l'asseoir, la faire marcher. Elle tend les bras et les ramène au corps.

Il y eut aussi des poupées splendides, tout près de l'art, pour les petites filles des dominateurs du monde. EU'es étaient très dorées, sculptées comme des figurines. Il ne leur manquait que la parole.

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« Le petit génie qui donna le sourire aux poupées, leur refusa la parole ; il agit ainsi pour le bien du monde ; car si les poupées parlaient, on n'entendrait qu'elles »; ainsi poupée romaine Anatole France exphque leur n'après les Jeux des

,, . .; ., inciens, de .\1. Becq

Silence. Mais est-il utile que de Fouquières.

Poupce de la Renaissance française

Coll. (If M. S. Oervillé

GiaMiie c.\ti:nie de Vlh^l.'ii, îles fouitf.. par lleiuv '1' Mlunincne. l'.iri-. hp.?, I Ia<lK-fu )

L'Al^T ET LES AKTISTES

la poupée parle'' Si elle savait s'exprimer en phrases élégantes, elle perdrait sa plus belle qualité, elle serait définie. Le charme de la jioupéepourl'enfant, c'est la quantitéd'illusion qu'elle contient.

Elle est, au gré de la

D'aptes une niîniatuie du Virgile du \'atican. ^,, , . ,

fillette qui la possède, gaie, triste, mélancolique, humble couturière, grande dame. On peut la mêler à tous les incidents de la vie. Elle sera toujours à la hauteur de sa position. Elle est la jeune première du théâtre du monde pour la petite personne dont elle est la marionnette. Elle devient l'héroïne de mille petits drames ou menues comédies. L'amour des fillettes pour les poupées procède de la docilité de la poupée à revêtir tous les sentiments. La poupée, c'est l'enfant elle-même, à ses minutes de fantaisie et à ses minutes de prévision. La fillette qui a plusieurs poupées, les reçoit. comme une dame à son jour reçoit ses amies. Ainsi, la petite fille imite sa mère et les grandes personnes qu'elle connaît. Elle offre à goiîter, et elle a exigé une petite vaisselle menue.

juste grande pour elle et pour les poupées, à qui elle offre des friandises ; la poupée devient une maîtresse d'altruisme. La petite fille qui n'a qu'une poupée en fait sa confidente, très sûre, très discrète. Ainsi l'infante du Cid a Léonor ou Esther a Elisée. La poupée n'interrompt jarnais. La poupée prépare à la vie de famille, à toute la vie sédentaire, puisqu'elle ne marche pas et qu'il faut s'occuper d'elle comme d'un enfant, tandis que les jouets qui doivent contribuer à éduquer des hommes, représentent le mouvement, l'aventure, le danger. On tombe parfois du cheval de bois d'abord, parce que tout petit, on y est peu solide, ensuite parce qu'on y joue la comédie héroïque et qu'on charge comme Murât. C'est encoredu théâtre enfantin, dumonodramesoit !

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