MÉMENTO DES PUBLICATIONS
Velhagen und Klasings KUnstlermonographieen : Neu-Dachau (lxxviii), par Arthur Roessler. — Ce volume très intéressant s'occupe de l'Ecole de Dachau. Dachau est un petit bourg pittoresque aux environs de Munich, où, il y a quinze ans environ, s'est réuni un groupe de peintres qui. d'un commun effort, essayèrent de se débarrasser de la routine académique et de saisir la nature mélancolique qui les entourait dans les landes de Dachau. Ils ont réussi à échapper à un réalisme banal : les harmonies fines de Ludwig Dill, l'œuvre puissant et savamment réfléchi de Adolf Hoelzel et la grâce aimable de Arthur Langhammer en sont les témoins. — Le volume LXXIX de M. Walter Geksei, le critique connu, est consacré à l'œuvre de Constantin Meunier ; le texte très sérieux et très bien documenté
est accompagné par de nombreuses et excellentes reproductions.— Le sculpteur Sicw«rjHg(LXXX), par Adolf Daun, est une des nombreuses victimes de la guerre de 1870; sculpteur soUde et honnête dans la tradition de Rauch, il se laisse entraîner dans l'art banal des Kaiser- Wilhelm- Denkmale, cet art de parvenu, dont « l'autre Allemagne » a toujours reconnu le mauvais goût. — Le volume LXXXI, également de M. Adolf Daun. s'occupe du sculpteur Veit Stoss ; M. Daun donne un commentaire très bien fait et très étudié à l'reuvre du grand sculpteur allemand. C'est une très bonne idée de donner, outre les reproductions d'usage, des reproductions de détails en assez grand format qui permettent d'apprécier tous les détails charmants du bols sculpté.
Wege zur Kiinst. Wcge ziir Freiheit, Wege zur Liebe, par Georo Hirth (Munich. Verlag der Jugend), — M. Hirth a été un des meilleurs artisans de la culture esthétique en Allemagne. Il était parmi ceux qui ont travaillé infatigablement pour propager et approfondir la connaissance de la renaissance allemande. A l'âge où d'autres se reposent, il a donné un nouvel élan à la jeunesse artistique par la fondation de la belle revue « die Jugend ». M. Hirth publie maintenant ses glanures. Ces trois volumes montrent la richesse et l'acti\'ité énorme de cet esprit : il y a de tout là-dedans ; des idées très fines s«r l'art et l'éducation esthétique, des questions d'économie sociale, de poUtique, de la critique httéraire, d'hygiène, des souvenirs de sa vie et enfin des idées sur l'amour où M. Hirth sait combiner une finesse psychologique que nous osons quaUfier de parisienne avec une verve qui nous semblerait rabelaisienne si nous ne savions pas que les auteurs allemands du xvi« siècle sont la prédilection de M. Hirth, qui est un descendant de ces polémistes fins, gais et vaillants.
REVUES ITALIENNES
Natura ed .-4 r/e (décembre, Bergame). — Une étude de M. Vittorio Pica sur Auguste Renoir. Cette étude, documentée à souhait, présente dans une rapide vue d'ensemble les différentes étapes, désormais toutes glorieuses, de la peinture française au xix' siècle.
L'auteur n'étudie pas avec des idées très personnelles l'ensemble et le particulier des intéressantes manifestations de révolte, depuis Corot, jusqu'aux derniers impressionnistes. Il ne cherche pas les raisons profondes qui relient un fait déterminé d'un homme ou d'un pays, à tout un mouvement mondial dont la portée appartient encore aux spéculations idéales de quelque rare critique-philosophe. Mais l'exposé rapide des faits généraux, et les aperçus assez subtils que M. Pica nous donne sur .\uguste Renoir, sont intéressants.
M. Pica nous révèle qu'il a proposé à plusieurs reprises à la direction du Salon international de Venise de consacrer toute une salle de l'importante exposition au.x Impressionnistes. Les Italiens trouveraient là une leçon de recherche et d'énergie artistique qui servirait peut-être à accélérer leur évolution esthétique contemporaine encore trop lente.
Cet article, qui est le premier d'une série d'articles sur les Impressionnistes, est admirablement illustré de 2$ reproductions de l'œuvre de Auguste Renoir.
Dans la mênie revue, une très curieuse étude du D'' Giovanni Franceschini, sur \a. Pathologie humaine dans l'Art. Des 40 illustrations qui complètent cet écrit, empruntées toutes, naturellement, au.x œuvres d'art, depuis Pompéi jusqu'aux fresques modernes du Sénat italien, quelquesunes sont vraiment terribles. Elles reproduisent toutes des infirmités humaines, copiées pour elles-mêmes, ou mises
comme contraste avec la charité d'un saint qui les guérit. .\près un Énée blessé, de Pompéi, cette étude nous rappelle des fresques de Beato .\ngelico, représentant les estropiés autour d'un saint guérisseur, de Tintoretto. de Rubens, de Raphaël, la Leçon d'anatomie de Van Dyck, l'Idiot de Velasquez, le Mendiant de Murillo, les Estropiés de Breughel, etc.
Nuova Antologia (16 décembre, Rome). — M. Luigi Luzzatti, député au Parlement, publie le discours d'inauguration de son cours à la Faculté de Rome. Il a parlé sur la Supériorité de l'Asie antique et moderne sur la doctrine et dans les applications de la liberté de conscience. M. Luzzatti présente le Japon comme la patrie idéale de la liberté de conscience religieuse et philosophique. Son discours, très superficiel quoique par trop documenté, et dépour\ai de tout sens %Taiment philosophique et de toute originalité de généralisations, est cependant un document assez important pour ceux qui étudient la décadence absolue du sens esthétique de l'Extrême-Orient contemporain.
Rivista d'Italia (décembre, Rome). — Une reproduction en trichromie d'un tableau de M. Cortese Federico : Les restes d'un monde d'autrefois. Ce sont les restes d'un temple sur l'eau. Une certaine sévérité dans la composition et l'harmonie endeuillée des lumières du ciel et de l'eau donnent à ce tableau un caractère assez solennel et vraiment mortuaire. Mais l'exécution en est un peu mélodramatique.
/ Diritti délia Sucola. — On signale un article de M. Bhechner, paru dans cette revue, sur Jésus-Christ dans
l'Art. L'auteur remarque que nul n'a connu l'aspect physique véritable du Christ.
Les premières tentatives de ces représentations sont dans les catacombes chrétieniies. Et depuis la conception des premiers cluctiens et des grands artistes qui les Suivirent, les artistes des siècles suivants n'ont apporté aucune modification au Christ, tel qu'il fut conçu après le moj'en âge : martjT et douloureux dans le Nord, et résigné ou serein en Italie. Raphaël aussi fit un Christ sentimental. Léonard en fit un tj'pe d'aristocrate, et Michel- Ange un dieu puissant. Aucun de ces artistes n'atteignit la variété typique qu'on rencontre chez Durer.
Ars et Labor {15 décembre, Rome). — Trois articles d'un réel intérêt paraissent avec denombreusesillustrations.dans cette vieille et curieuse revue. M. Lùigi Conforti écrit sur la Musique dans les peintures poinpéiennes. M. Ambrogio .Annoni, sur Bernardino Litini et ses compositions sacrées et profanes à la Pelucca. M. Oreste Ferd. Teucajoli, sur les Villas et les Palais italiens.
Satura ed Arte (i^^ ûècemhre, 20 décembre, i" janvier. Milan). — JL Luigi Serra y parle d'André Mantegna, à propos du I Viîcentenaire de la mort du très grand artiste d'exception de la Renaissance. Mme Yolanda, une des plus fines et des plus appréciées femmes écrivains d'outre-monts, publie une étude des plus curieuses sur le Coussin dans l'Histoire, dans la Vie, dans ï A rt. — M. Onorato Roux fait des louanges à un jeune sculpteur italien, M. Vito Pardo, dont quelques reproductions nous paraissent au moins des plus hardies. Car, avec une naïveté critique qui ne peut que nous
faire sourire, on ne craint pas de nous montrer une reproduction d'une statue : La Pensée dans l'Infini, où vraiment on retrouve trop l'influence d'une statue célèbre : Le Penseur de Rodin. Quoique le geste ne soit pas identiquement le même, et que l'homme nu et assis de RL Vito Pardo appuie sa tête vague sur son bras gauche, et le coude gauche sur la jambe du même côté, et quoique aux pieds de cette statue il y ait une évocation de vagues, pour nous faire comprendre la signification de 0 l'infini n, l'analogiede la conception avec l'œinTe rodinienne est absolument indéniable. .\u surplus, cette statue n'a pas la profondeur convulsée, la symphonie terrible des muscles qui, dans l'œuvre <ie Rodin, en révèle toute la grandiose pensée. Nous regrettons que la place nous manque pour donner à nos lecteurs la reproduction de l'œuvre de M. Vito Pardo.
De cet artiste, il y a un buste de jeune fille très joli, quoique assez froid dans l'expression, dont l'atmosphère esthétique qui se dégage est malheureusement troublée par ce titre que l'auteur a cru lui imposer : Coquette... !
La Parola degli Artisti {i4décemhTe, Rome). — il. Vellino Velli, en termes dont nul artiste ne saurait nier la justesse, déplore le vol de la tortue qui a mutilé dernièrement la célèbre Fontaine des Tortues, à Rome. M. \'elli se révolte contre la tendance bureaucrate d'enlever les œuvres d'art pour les ense\ elir sottement dans les musées. Il veut qu'elles restent sur les lieux pour lesquels elles furent créées. Mais il réclame du gouvernement indifférent ou impuissant une surveillance plus étroite, pour empêcher de tels sacrilèges qui en Italie ne se répètent que trop.
CHRONIQUE DE LA CURIOSITE
LES ventes d'art ont été peu nombreuses ce mois-ci en France et à l'étranger. L'n fait important est à signaler cependant : la vente de la collection Hentschel, à M. Pierpont Morgan, qui achetait pour le musée de New- York. M. Hentschel se montre très réservé à cet égard, et je ne veux pas insister. On annonce également la vente des collections de l'antiquaire Chappey. mort il y a quelques mois. Cette liquidation donnera lieu a quatre ventes comprenant chacune plusieurs vacations. La première est fixée du 1 1 au 15 mars prochain, à la galerie Geor>jes Petit. La seconde aura lieu à la fin d'avril et commencement de mai; la troisième à la fin de mai. Ces trois ventes seront composées entièrement d'objets d'art et d'ameublement du xviiit siècle. La quatrième et dernière se fera dans les premiers jours du mois de juin et sera consacrée aux objets gothiques.
A l'hôtel Drouot, rien de bien sensationnel. La vente Sauter, faite le 2 1 décembre, a comporté toutefois quelques adjudications sensationnelles par les prix, mais non par l'imprévu, .\insi un salon d'épo<]ue Régence, couvert en ancienne tapisserie d'.\ubusson à animaux, et composé d'un canapé et douze fauteuils, a été adjugé au prix de 39000 francs, à M. de Verneuil. En 1902, il avait fait 28 000 francs; il a donc gagné 1 1 000 francs en quatre ans. Dans une autre vente, un meuble de salon, composé de un canapé et douze fauteuils, époque Louis XV, en tapisserie d'.Aubusson à animaux des fables de La Fontaine et personnages a été acheté 46000 francs, sur une demande de 40 000, par un amateur. M. Orosdi. Un autre salon en .\ubusson à jeux d'enfants, d'après Huet, avec bois modernes, n'a pas dépassé l'estimation de 15000 francs. Un
brûle-parfums formé d'un vase et de trois oiseaux en ancienne porcelaine de Saxe, avec une monture en bronze de répot|ue Louis XV, a été payé 10 020 francs par M. Halphen ; le même objet n'avait fait que 5 250 francs en 1900. En six ans, il a donc doublé de valeur. Et la progression continue du prix des meubles anciens se vérifie une fois de plus.
J'ai vu chez un antiquaire du quai Voltaire, M. Heilbronner, une curiosité qui passera difficilement l'Océan, en raison de son caractère et de ses dimensions. C'est toute la façade en bois sculpté d'une maison du xv .siècle et d'une maison parisienne, qui plus est. celle où habitait le docteur Jacques Coictier, le médecin du roi Louis XI, celui-là même qui exerça sur l'esprit du prince un ascendant si considérable. Sa maison faisait le coin des rues de l'Hôtel-Colbert et des Trois-Portes, près de la place Maubert. et fut démolie lors de l'érection de la statue d'Etienne Dolet. La façade est formée de deux parties superposées de deux étages, chacun composé de quatre travées en archi-volte surmontées de meneaux; chaque montant offre « en corbeau » un personnage accroupi ou une figure humaine très artistement sculptée. Chaque colonnette est taillée soit en pomme de pin, soit à facettes ou à points. Ce morceau d'architecture est vraiment une pièce de musée, qui aurait dû être conservée à Cluny ou à Carnavalet. Il est même surprenant que l'Etat ou la Ville ne se soient pas décidés à acquérir pareille curiosité architecturale. On dit que le ministre s'en est préoccupé, mais que l'entrepreneur n'a pas voulu attendre la fin de pourparlers qui menaçaient de s'éterniser, car il voulait vendre cette façade un gros prix. L. \'.
.X.WIII
Numéro 24 — Mars 1907
Supplément illustré
de l'Art et les Artistes
Lr'Education artistique
Comment baser son appréciation dans l'examen des œuvres d'art ?
DE LA MATIÈRE EN PEINTURE (3 lettre')
A Mademoiselle N...,
Abonnée à Y Art et les Artistes.
Paris.
Mademoiselle,
T A dernière incursion que nous fîmes à travers '■^ l'histoire des œuvres picturales du moyen âge nous a menés jusqu'au commencement du xvi« siècle. Suivons ensemble maintenant la progression artistique des deux siècles suivants et la merveilleuse floraison d'oeuvres qui en est issue.
C'est encore à l'Italie qu'il appartient de tenir le flambeau dont le rayonnement se fait sentir sur l'Europe entière. Il faut dire que non seulement l'élite mtellectuelle de la péninsule admire et comprend les arts, mais que, pareil en cela au peuple de la Grèce antique, le peuple italien, supérieurement doué, s'mtéresse tout entier aux œuvres de ses artistes. Léonard de Vinci plus qu'aucun autre résume les qualités inhérentes au génie italien dont le xvr siècle fixe l'apogée ; charme, pureté d'expression, tout concourt à donner à son œuvre l'impression inoubliable et presque lancinante d'un art évocateur, à la fois fort et subtil, fait de science et de pensée, et toujours empreint du plus profond, du plus rare sentiment.
Michel-Ange et Raphaël couronnent cette période de fécondité et de puissance ; d'une culture élevée, d'une vision faite de noblesse et de style, leurs œuvres, à des titres divers, montrent ce que peut une race plaçant son but de satisfaction intellectuelle dans l'élévation de son idéal.