‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 169 sur 186 · I . Voir les numéros du i<"' septembre et du i<'^ octobre · texte numérisé non relu

I . Voir les numéros du i<"' septembre et du i<'^ octobre

La forme humaine, la nature, interprétées par de pareilles mentalités, s'épurent, se cristallisent et se parent de grâces supérieures dont la signification échappe peut-être aux esprits superficiels mais dont la beauté intangible et comme mystérieuse se révèle petit à petit à ceux qui veulent s'élever jusqu'à la comprendre.

JtC

En France, à la même époque, à la suite des expéditions de François pr, l'influence de l'art italien, suscitée par l'admiration qu'en éprouvent les Français, se manifeste de façon presque exclusive. Léonard de Vinci, André del Sarte, Benvenuto Cellini. Primatice et d'autres viennent à Paris et à Fontainebleau appelés par le souverain. Toutes les œuvres de nos artistes se ressentent de leurs méthodes, de leur manière, et si les arts industriels brillent chez nous d'un assez vif éclat, c'est l'époque où notre art pictural manque le plus d'originalité.

Il faut arriver au xvii« siècle pour voir la Flandre et les Pa\s-Bas reprendre à l'Italie le flambeau des arts.

— Je vous ai parlé de la séduction que commençait à prendre la matière même de la peinture à l'huile à la suite des découvertes faites par les frères Van Eyck. Le xvii" siècle est celui où les qualités qui sont particulières à la peinture et à la couleur vont le plus brillamment s'imposer et contribuer pour une part nouvelle et importante aux jouissances artistiques.

Mais ici il importe que vous saisissiez réellement les raisons qui font que telle œuvre picturale dégage en plus du sujet et du sentiment un attrait

spécial par son exécution même. De la connaissance bien nette de cette nouvelle contribution apportée par les peintres du XYii^ siècle peut découler pour vous la sûre compréhension de toute la technique moderne.

Toute œuvre d'art, en plus de son côté représentatif, vaut par la matière qu'a choisie l'artiste pour son exécution. L^ne sculpture peut être en marbre, en bronze, en pierres précieuses, en bois ; une peinture peut être traitée à l'huile, à la colle, à l'aquarelle, à l'encaustique, à la fresque, au pastel, etc. Il en est de même pour les autres branches de l'art, depuis la joaillerie et la céramique jusqu'au-x tissus décorés et aux objets mobiliers. De plus, il est incontestable que le choix judicieu.x de la matière entre pour une part essentielle dans la somme de satisfaction que la contemplation de l'œuvre vous fait éprouver.

Mais pour que la combinaison heureuse de l'art et de l'exécution satisfassent complètement l'esprit et les sens, il faut que l'artiste se préoccupe dans son travail de faire valoir le plus possible la matière qu'il a choisie, cherchant en cela à lui donner son maximum de signification. C'est de cette exécution où la matière est appropriée, est adéquate à l'esprit de l'œuvre, que dépend la pureté de style qui complète le plaisir esthétique.

De plus, si chaque branche d'art possède un summum de richesse de matière qui lui convient, l'or et les pierres précieuses pour la joaillerie, les soies brillantes, les velours chatoj-ants pour les tissus, les bois aux essences rares pour le mobilier, — elle possède aussi un summum d'appropriation de cette matière pour chaque objet, ce qui n'est plus la même chose. En effet, en ameublement, par exemple, la richesse des tissus convient mieux au salon qu'au bureau ; les diamants, les perles et les pierres précieuses sont plus appropriés aux bijoux d'apparat qu'au décor d'un coffret destiné à les renfermer. Et, si nous poussons encore plus avant cette démonstration d'appropriation, nous approuverons dans un autre exemple qu'un sculpteur, ayant à exécuter en

diverses matières une statuette représentant un guerrier africain, choisisse, de préférence, le bronze pour les chairs, l'or pour les bijoux et le marbre ou tout autre pierre analogue pour les draperies . Enfin, ayant à traiter cette partie de draperies,, son exécution, pour 'rappeler le grain de l'étoffe, se fera plus rugueuse, moins lisse que celle qu'il adoptera pour le corps et le visage de son modèle.

Pas plus que les autres arts la peinture n'échappe à cette règle de summum d'appropriation de la matière au sujet traité.

En ce qui concerne les arts plastiques, ou arts de la vue, c'est donc, je le répète, par la cohésion parfaite de Vidée, de la forme, de la matière et de l'exécution que l'œuvre d'art devient vraiment émouvante, gi'âce aux mystérieuses correspondances que ces divers éléments imposent à notre sensibilité pour rayonner par le moyen des yeu.x jusqu'au siège de la pensée.

Ces explications nécessaires données, vous comprendrez donc maintenant le sens de l'attrait qu'apportent dans leur métier les peintres du xvii« siècle, qu'ils soient italiens comme Titien, Véronèse et le Corrège, flamands comme Rubens et Van Dyck, hollandais comme Rembrandt et Franz Hais, ou espagnols, comme Vélazquez.

En effet, suivant les pays, suivant les zones, les peintres de cette époque, avec des qualités différentes utilisent magistralement les ressources inépuisables de leur palette, découvrent dans le mélange des tons, des richesses et des souplesses nouvelles, s'ingénient au.x jeu.x de la lumière, créent des rapprochements, des hannonies insoupçonnées, associent à ces harmonies l'exécution qui les fait valoir, enfin rendent sensible le pouvoir presque sensuel de la couleur, pouvoir qui désormais s'étendra et influencera jusqu'aux peintres de la période moderne.

Nous analyserons la personnalité de ces maîtres divers dans ma lettre prochaine, ainsi que les raisons historiques et de milieux qui contribuèrent à développer leurs qualités.

P.\UL Steck.

Miisiie du Vatican.

Page 1