HIVER EX D.\LEC.\RLIE
printemps dernier, met à côté du Réveil, ce marbre délicat, qui fut reproduit ici, un bas-relief en bronze pour un tombeau, de grande et noble allure ; Camille Lefèvre a fait du Buste de Mme R. ] . une œuvre de haut style ; Marque a la grâce d'un Clodion, y ajoute une modernité frémissante, le Buste de Marianne Vauxcelles est une adorable chose, la Mère couchée allaitant, les Premiers pas, sont des œuvres de tout premier ordre ; Maillol, j'ai parlé de lui à propos de Gauguin, archaïse la nudité.
Otakar Spaniel traite habilement la plaquette en bronze avec des hauts-reliefs délicats et très lumineux ; Aitken donne à une Tête d'homme une ressemblance avec le Christ, à rme Statuette une attitude de Marie-Madeleine : Badin, en collaboration avec Caran d'Ache, a recommencé les cavalcades du Parthénon ; Blanc fait du Charles Guérin en terre cuite; Brindcau de Jarny a réussi un peu lourdement, en fer forgé, des agrafes de manteau; José Cardona,
coup d'expression dans son petit bronze de la Douleur; de Lrehr, le Désabusé; Henri ^lartin nous rend très ressemblante, la physionomie caractéristique de Silvain de la Comédie-Française ; Massoul a dans ses céramiques des bleus intenses; André ^Methey a eu la bonne fortune de pouvoir couvrir d'émail un liuste d'enfant du bon sculpteur Marque ; de Niederhausen un buste réaliste d'athlète et des cires perdues Hébrard; de Mme Raphaël. Femme accroupie ; de Raymond de Broutelles le buste de Mme Delarue-Mardrus. casquée de ses cheveux; Charles Rivaud a combiné des colliers d'une simplicité de bon goût: de Mme Serruys un buste remarquable et le groupe spirituel, la Revanche de Suzanne.
Une section consacrée à l'art Scandinave nous initie à une esthétique puissante, dont des maîtres comme Zorn nous étaient garants: Arborelius, avec son Hiver de Dalécarlie. Arosenius avec son Téniers retouché par Jean \'eber, Hedberg avec son .Son- d'Août où les bottes de paille ont si
ALBERT MARQUE — jeux d'enfants, profil bas-relief bronze
étrangement des aspects de moines encapuchonnés, Hesselbom avec le mystère de son A liée au clair de lune, Hullgren avec ses vagues farouches, impressionnantes.
Kallstenius avec ses verdures, ses végétations des bords de la
Baltique, Emile Ostermann avec sa très belle esquisse du roi Oscar II. Schultzberg avec ses effets de neige, Tcrneman avec ses fêtards, ses mineurs, sa morte ; tous prouvent une vitalité artistique pleine d'énergie et de talent, dans des genres très divers; cet apport étranger est un appoint précieux à l'actuel Salon d'Automne.
P. S. — Le peintre Paul Cézanne vient de mourir, et l'an prochain le Salon d'Automne fera sans nul doute de son œuvre une exposition d'ensemble; les polémiques éteintes, la bataille finie, on pourra juger tranquillement cette figure étrange d'artiste, dont le portrait a été tracé jadis par ÉmDe Zola dans l'Œuvre, et à qui une étude est consacrée par Théodore Duret en son récent volume sur l'Impressionnisme.
Homme de génie, d'aucuns vont jusqu'à le prétendre, et des soucis mercantiles autorisent seuls une telle exagération ; novateur, oui, éducateur aussi ; ses gaucheries ont suscité le rire de la foule, les toiles sur lesquelles il représenta des figures sont juste motif de ces rudes critiques, mais dans le paysage, la nature morte, où se trouvent, malgré
les incohérences du dessin , des qualités primordiales, il
demeurera bienprèsd'un maître : sa sincérité naïve, son émotion fruste , sa manière deprimitifun peu. font son labeur original, lui donnent une place à part dans cette fameuse école impressionniste (un mot qui ne signifie rien!) qu'il est de bon ton de proclamer souveraine.
De toute sa production bizarre, inégale, incohérente, la postérité ne gardera peut-être qu'un compotier de pommes sur un coin de table, un vase avec des fleurs ; c'était dans ces sujets très simples que son exécution, si défectueuse ailleurs, parvenait à une intensité remarquable ; ne fut-il pas, à ce propos, appelé un « Chardin fou » ? Gustave Geffroy l'a défini ; «... d'une part un traditionnel épris de ceux qu'il regarde comme ses maîtres, et d'autre part, un observateur scrupuleux, comme un primitif inquiet de vérité. Il sait l'art et il veut le forcer à se révéler directement par les choses. II n'est ni un ignorant, ni un adroit ; voilà, par élimination, une définition de son être artiste. Il ne cherche pas à palier, à farder, il tremble de joie et de crainte, il presse la nature de se livrer, il prend d'elle ce qu'elle lui donne, et il s'arrête lorsqu'il est au bout de son effort.
C'est im grand véridique, ardent et ingénu, âpre et nuancé... «
Cl. Mm-eaii.
DERRÉ — LE TETIT FAUNE
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