LA NATIVITÉ DE JÉSUS
FIORENZO Di LORENZO — l'ador.atiox des pasteurs
l'inaailhiqw: de PvruUSC-
BERXARDLXO LLTXI — naissance de jésus
tus de loques ou d'étoffes rudes, et leurs types sont étudiés avec une sincérité complète. Mais le rôle qu'ils jouent est bien loin d'être le même. Ils ne tiennent qu'une place modeste, ils ont seulement « la permission » d'assister à la scène. Tandis que dans les tableaux mystico-réalistes de notre époque les paysans ou les ou\Tiers sont chez eux et ne s'^nt plus de purs comparses.
En un mot, la différence capitale est celle-ci. Dans les tableaux religieux de notre temps c'est le mystique qui apparaît et passe un instant au milieu du réel.
Dans les tableaux des Primitifs tels que ceux qui sont gravés ici, c'est le réel et le rustique qui est en visite chez le m^-stique.
Tout cela n'empêche pas que les petits anges allemands de M. de Uhde, qui nous rappelèrent les ravissants musiciens de F.
di Lorenzo, ne soient aussi exquis dans leur genre. Mais terminons ici cette digression, moins éloignée qu'on ne pense de notre sujet, et revenons... à notre Agneau.
Nous passerons plus rapidement, encore qu'ils soient doux, ingénieux et plaisants au po.ssi-
ble, sur les deux tableaux de Gaudenzio Ferrari et du Spagna. Le premier présente une espèce de grandeur dans la mollesse, ou si l'on aime autant, de mollesse dans la grandeur, qui n'est pas sans charme, et il y a dans le second une bien jolie trouvaille de composition : la foule et les Mages qui n'osent encore approcher et qui se tiennent au loin, attendant que les premières adorations, familiales et angéliques, soient terminées.
Bernardino Luini a simplifié le sujet autant que possible. Les comparses sont entrevus dans une restreinte échappée de paysage, et le peintre a mis tout son effort, répandu sa suavité si robuste, dans
le personnage de la Vierge. Malgré cette belle sobriété nous sommes loin déjà de l'ardente ingénuité, de la dévorante pureté des compositions de Giotto
GAUDENZIO FERRARI —
et de l'Angelico.
Nous nous en éloignons encore davantage avec la curieuse et confuse crèche où Durer a exprimé avec autant de fougue dans les lignes que d'application dans le faire, l'agitation où plonge le monde terrestre et céleste, la naissance du Messie. Certes si notre
remarque fut juste quant à l'insuffisance du principal personnage, c'est bien ici. Nous finissons par ne plus nous occuper que des détails de l'architecture, de la composition de l'orchestre angélique, ou surtout des admirables portraits des adorants. Et pourtant le sentiment vrai de la scène se trouve si bien exprimé par un ensemble de choses et de gens « à côté », que le sujet n'en est pas moins parfaitement bien traité.
La précieuse miniature de Fouquet a ce mérite, un peu spécial en la circonstance et semble-t-il un peu restreint, de nous offrir le meilleur et le plus authentique portrait varaiio. dc Charles VII, et LA \-.Aiss.\N'CE DE JÉSUS-CHRIST de ses capitaines.
Est-ce toutefois le seul mérite de ce bijou i' Non, puisqu'il nous donne aussi un parlait spécimen du talent de ce grand maître français. Quelle pitié ! Il nous reste juste assez de lui pour nous faire regretter tout ce qu'on a perdu ou détruit de son œuvre. Sans doute V Etienne Chevalier, l'Homme au verre de vin (heureusement entré au Louvre pour tenir compagnie à Charles VII et à Jouvenel des Ursins' , la Vierge sous les traits d'Agnès Sorel, les miniatures enfin de Chantilly, et celles qui, à la Bibliothèque Nationale, ornent les Grandes chroniques et l'Histoire des Juifs, sans doute, dis-je, ces choses sont de parfaits trésors. Mais que devaient être les pein-
tures murales avec les figures de grandeur nature que le grand imagier avait luxueusement modelées sur les murs des palais et des églises? Et que de beaux portraits anéantis! Ah ! certes, ni les palais ni les églises ne furent dignes de ces œuvres, puisqu'ils ne surent pas les conserver... ]Mais ceci est une considération qui nous entraînerait un peu loin, et nous nous contenterons de faire remarquer qu'un autre intérêt accessoire de ce charmant Noël de Fouquet est de nous tracer im fidèle tableau des charivaris et des illuminations dont s'esbaudissaient nos pères pendant la nuit de la fête des Mages. (Voir le fond de la composition).
Par ce dernier trait, du moins, cette chef - d'œuvrette a .son intérêt dans notre petit musée.
Et le voici se terminant sur une œuvre agréable de la décadence, une peinture de Gherardini, à qui la lumière surnaturer.e n'a pas suffi et qui a appelé la lumière artificielle à la rescousse : — enfin sur deux tableaux en relief : une sculpture flamande naïve et charmante au possible, où la scène enfin se passa dans une vraie étable et I £ SPAGXA
où les bergers, on
s'en peut convaincre à leur geste si heureusement balourd, sont de vrais paj-sans ; et une sculpture de Chartres, qui diffère essentiellement comme esprit et grandeur de tout ce que nous avons vu ici.
Nous voici arrivés à la fin de notre « crèche i' d'art, et le dernier tableau n'a peut-être pas le charme des premiers.
Nous avons ainsi parcouru bien des maîtres, bien des inspirations, bien des races et bien des aspects divers.
Dans tous nous avons constaté cette émotion mystérieuse qui s'empare des plus froids et des moins lyriques, en exposant le grand
problème de la venue de l'Enfant prédestiné. Tous, avec plus ou moins de verve, plus ou moins de grâce, plus ou moins de splendeur, ont ressenti et exprimé la gravité et la douceur de cet événement humain peut-être plus encore que divin, — car les choses divines ne peuvent se révéler à nous que par des manifestations humaines. Malgré l'homogénéité de ce sentiment, on trouvera quelques solutions de continuité entre ces
diverses interprétations.
Pour qu'il n'v en eût pas, il faudrait cent images encore.
Peut-être toutefois l'imagier français du xiii" siècle rejoint-il Giotto dans la perfection de l'intense issu de l'austère. Profondément humaine est l'attitude de la ^'ierge encore prostrée mais toute en préoccupation et contemplation de l'enfant. Celui-ci a les traits vieillis d'un Homunculus mais il ne laisse pas que d'être émouvant pour un spectateur pénétré, et toute la scène a un' magnifique et sévère accent sacerdotal.
Cela n'empêche point qu'une fine malice française se soit donné imperceptiblement carrière en faisant brouter par l'âne, qui semble ne pas y toucher, la paille du divin berceau...
Et maintenant, s'il m'est permis de vous donner une façon de mieux goûter cette collection d'images, c'est de les mêler, d'en brouiller ensemble tous les éléments, de faire concerter les anges de Pietro délia Francesca avec ceux d'Albert Durer, accourir les bergers du Spagna avec ceux de l'anon^rme Flamand et les hommes d'armes de Fouquet, de combiner l'ardente extase de la Vierge de Giotto avec la ferveur alanguie du maitre tailleur de pierres chartrain, et de composer de tout cela une foule humaine, un drame unique et multiple, plein de
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NATIVITE
joie et d'angoisse, d'avenir et de musiques, de vos enfants, et en vous berçant, pour une fois
d'espoirs et de craintes, et de vous endormir là- dans l'année, d'un grandiose, riant et profond
dessus — si cet article n'y a déjà vaillamment con- conte surnaturel,
tribué, — en songeant à votre enfance, à l'enfance ci. airamhm. Arsène Alexandre.
RENAISSANCE FLAMANDE — NAISS.ANCE DE L'ENF.\NT JÉSUS Eglise de Thielen (Belgique)