JOHN SARGENT
IL faut compter M. John Sargent au nombre de ces quelques virtuoses qu'un don excepitionnel place hors cadre dans l'art de leur époque :
la critique peut formuler des réser^'es sur l'usage qu'ils firent de ce don, les œuvres d'autres hommes moins fa\ crises par la nature peuvent j^ilaire ou émouvoir davantage, l'esthéticien peut discuter , le sensitif rester déçu — mais PROFIL DE M'»'^ G. la présence
(Dessin) d'un tel don
dans un être l'investit d'une suprématie isolée et magique, préalable à toute opinion raisonnée. Cela peut être dit de M. Besnard, de M. Zorn, de M. SoroUa y Bastida, à des degi'és divers et, plus encore peut-être, de M. Sargent.
La sensation imposée par ces hommes ne se confond point forcément avec l'admiration émue, eUe n'est pas toujours le signe d'une solidarisation totale de leur œuvre et de notre âme. Mais tout ce qu'ils font impose la constatation d'une force supérieure à ce que donnent le lent progrès du travail, la volonté de créer de belles choses. Ils sont nés là où tant d'autres rêvent de parvenir : ils se jouent là où d'autres s'épuisent. Ce sont les filleuls des fées, et il n'\- a pas de commune mesure entre eux et les hommes de talent. Nous les regardons a\ec stupeur.
En réalité, ce sont des hommes pareils à ce qu'étaient les grands peintres du x\* siècle, de.^ exécutants prestigieux qui faisaient tout ce qu'ils voulaient, et parlaient le langage du dessin et du coloris aussi aisément que celui des mots : et nous n'avons presque plus d'hommes semblables, et nous
CVi. /r- Vizzat-o.