C.VMILLE :\L\UCL.\IR
Le Mois Artistique
Société internationale de peinture et sculpture. (Galerie Georges Petit.) — La 24^ exposition de cette Société est intéressante malgré des nonvaleurs qu'on peut d'autant moins ignorer que leurs auteurs — responsables, oh combien ! — jouissent d'une certaine notoriété ; à quoi bon les nommer ?
W. RUPPERT BUNNY — r.\yon de soleil
Leur travail de pacotille, de banalité, de mauvais goût, tient inutilement de la place aux cimaises ou sur les socles ; il devient inutile d'en parler : passons aux autres. ]\Iaurice Bompard est revenu de Venise à son pays natal en Aveyron. et ses notations sont pittoresques.de vieilles maisons provinciales ; Félix Borchardt joint à des études de plein air, silhouettes féminines en des verdures ensoleillées, d'une heureuse audace, un grand jîortrait de Rousselière dans le Clown de Camondo, belle illustration pour un exemplaire de la partition, continue ses crayons piqués d'une note de couleurs, d'une allure libre et attirante ; Boucher, paysagiste, tente un portrait de docteur, moins bon qu? la Prairie inondée ; Bunny triomphe avec ses effets de soleil sur des chairs et des robes de femmes ; Calbet fait joli ; Casas est sombre ; Chialiva, doucereux, réussit mieux ses croquis au pastel ; Frieseke, avec les tons
pâlis et monotones d'Aman Jean, exécute des panneaux décoratifs d'un effet harmonieux ; Raoul du Gardier, historien des sports, chasse et tennis, a de belles eaux- fortes en couleurs ; Grimelund manque aux îles Lofoten de la rude énergie de Mme Boberg ; Harrisson poétise les bords du Loing, engroseille de façon extraordinaire un couchant ; Laparra est brutal dans ses portraits d'enfants au soleil, a un tableautui amusant de métier, la plage d'Etretat ; Pierre Laurens possède la grande sévérité savante de son père, le maître Jean-Paul, nous dit le poème de la mer en des pages fougueuses, arrête notre attention avec cette petite scène le Vieux ; Lauth hébertise des figurines; Lorimer dramatise inutilement un sujet qui lui est prétexte à de la bonne peinture ; Miller est un excellent intimiste avec sa dame en rouge, son étude de nu, son effet de nuit ; Olsson recommence des marines de Harrisson ; de Quignon, la rue à Chateldon ; de Réalier-Dumas, le Théâtre antique de Sagonte ; Saint-Germier est fidèle à Venise et il faut l'en féliciter; de même, Smith ; Tanner nimbe d'une douce émotion le Christ chez Marie et Marthe ;Wiiiàma.Ta\ pense à ses gravures en couleurs, en prépare les effets ; Walden a des pochades ; de Zo, la Bourrasque à Fontarahie.
Grâce au sculpteur Bernstamm dont il faut citer la Vieille femme (marbre) achetée par l'État, la souriante Alice Bonheur, la maquette de Hanko du théâtre de Tokio, M. Georges Petit préside aux succès de sa galerie en un buste bronze d'une ressemblance parfaite : Landowsky apparaît une façon de Constantin ^Icunier en certains morceaux comme le hâleur ; Rechberg montre à nouveau des œuvres de sa récente exposition particulière.
Société des artistes décor.ateurs. (Pavillon de Marsan.) — Il y avait déjà dans les bâtiments du Louvre un ministère des Colonies, un ministère des Finances, une Union centrale des Arts décoratifs, qui donne l'hospitalité à l'exposition dont il s'agit; on serait tenté d'ajouter que l'ancien Palais de nos rois abrite maintenant une succursale de la Ménagère ou de quelque grand bazar parisien ; et cette première impression d'ensemble est d'autant plus regrettable qu'il y a, çà et là, parmi les vitrines et dans les stands (ce mot commercial ne déplaît pas en l'occasion), des envois très intéressants d'artistes originaux ; mais il faut vouloir les trouver à travers cette organisation de bricabracomanie, où les marchands de meubles triomphent, avec des
instalLitions complètes comme au Musée Grévin, il ne manque que les mannequins à têtes de cire. L'habitude des expositions internationales fait oublier absolument que cette fois on est dans un Musée, où les acheteurs ne viennent pas, et on installe sans pudeur des chambres à coucher retour de Saint-Louis ou de Liège, des salons du faubourg Antoine, et des étoffes de la rue du Sentier ; on n'a pas osé mettre les prix, mais le catalogue renseigne sur les adresses, on peut se faire expédier les tarifs.
Dans ces mêmes salles où furent réunis les Primitifs, ce n'est même point la trôle, vente par l'ouvrier lui-même de l'objet qu'il a fabriqué, c'est presque l'anonymat de l'artiste pour la plus grande gloire du marchand qui l'exploite ; cette question a déjà soulevé et entretient de nombreuses polémiques qui ne seraient pas à leur place ici, dans un simple compte rendu; contentons-nous de notre rôle de visiteur, catalogue en main, sans nous occuper de la notice filandreuse qui le précède.
Après avoir reconnu à Majorelle la supériorité absolue dans les recherches modernistes de mobiliers, après avoir remarqué le petit secrétaire pour boudoir de femme de lettres d'Henri Simmen, passons de suite à la deuxième section des objets isolés et regardons spécialement : les croquis d'enfants d'Henri Barberis, la pendule (buis, or, émail) et les peignes algues de Becker, les orfèvreries de
Louis Bonvallet, le panneau décoratif {les Cygnes) de Brémond, les grès de Decceur, les fines garnitures de coupes et les bijoux libellules d'Eugène Feuillâtre,
les plats de reliures pour Wagner et Edgar Poë par
Follot, les toujours jolis et délicats dessins au pinceau de Marie Gautier, qui ajoute cette fois-ci de la sculpture amusante, des souris, grenouilles, lézards en bronze Hébrard, les cuirs ciselés aux nus baudelairiens de ^
Guétant, les peignes de Hamm, les céramiques de Lachenal, dans la vitrine de Lelièvre la Loïe
Fuller en cristal, appartenant à
Mme Stern, et les boucles Aiglon
faites pour Mme Rostand et pour
Sarah Bernhardt, l'agrafe cuivre
patiné de Maugeant, les cadres de
Morenvillier, les reliures de Marins
Michel, les panneaux décoratives
câlinement bleutés de Morisset, la
guirlande de fleurs en fer forgé de
Régius. Parmi les « modèles et
projets », les esquisses décoratifs
de Coutv, les intérieurs modernes
de Dufrène ; à l'exposition récapitulative, les œuvres de Grasset,
d'une variété infinie et toujours
intéressante, la vitrine de Franck
Scheidecker avec ses paniers à pain, ses plateaux de table, ses plaques de portes, ses poignées de tiroir, du métal découpé en jolies arabesques. L'art populaire du paysan, que notre collaborateur André Girodie admirait récemment au Musée de Strasbourg, donne aussi prétexte à une exhibition de petites poupées qui semblent un étalage de jouets pour étrennes.
ExpcsiTiON D.\Rio DE Regoyos. (Galerie Druet. ) — Ce sont, rendues avec une grande sincérité naïve, des impressions de Castille et du pays basque ; la couleur en est voyante avec des crudités peu harmoniques, la composition enfantine : l'artiste qui, dans ses dessins à la plume, dans ceux au crayon légèrement teintés, prouve ime libre allure et un réel pittoresque d'effet, paraît plus gêné, pinceau en main, précise uniformément tous les détails, ne tient pas compte de la dégradation des plans ; néanmoins certaines de ses toiles méritent d'être citées : Les Chardons (Burgos), dunes de végétation derrière lesquelles émergent les clochers deT'église; Place de Burgos, soir, embrumée d'un bleu crépuscule; Dernier ravon,\e chemin montant zébré parles traits d'ombre des arbres.
Exposition L. Duval-Gozlan. (Galeries Henry Graves.) — Il y a, en certaines de ces toiles, l'influence de Corot, et ce souvenir ne saurait déplaire; il suffit même pour qu'on s'attarde un peu et que l'on regarde plus attentivement. Fin d'automne et les Bords de la Sarthe procèdent absolument du maître de Ville-d'Avray; les vues du ^lidi sont plus personneUes, Martigues, Antibes, Beanlieii ; La Rochelle est toujours difficile à rendre, pour qui connaît
SAIXT-GERMIER — vexise
EMILE ROUSTAX
l'NE rRIOUE A L'aRCOUEST
la petite toile de Théodore Rousseau que Duval- Gozlan est loin d'égaler ; Le Soir (Cantal) se bleuit d'une jolie impression. Ce sont les aquarelles surtout qui offrent un réel intérêt : esquissées au crayon, précisées à la plume, tachées de couleurs, d'une facture étrange, elles ont une prestesse pittoresque; à citer ces environs de Grandcamp avec la ligne menue de la mer au lointain des verdures grasses, et ce Sentier à Maisy {Calvaeios). avec le clocher au haut de la montée.
MM. André Barbier, Louis Braqua val, Vin- Cent-Anglade, Grodzexskv. (Galerie des artistes modernes.) — Un groupement hétéroclite l'ait par un marchand qui n'a même pas pris la peine d'imjîrimer un catalogue : André Barbier a des manières variées, influencées de tel ou tel selon qu'il rej>rcsente le passage grouillant d'une rcvuesur une place, ou des paysages brossés brutalement, ou des clartés de flaques d'eau dans la brume, ou le bassin des Tuileries, ce motif si bien traité par l'aquarelliste Fougerousse. Louis Braquaval demeure le sincère et talentueux artiste que l'on sait, d'une éducation sohde, d'une vi.sion juste; à côté de la neige à .Saint- Valéry, du soleil rouge sur la mer aa Tréport, des marchés déjà .souvent faits, des rues de Paris, il est intéressant de trouver ici ces toiles rapportées de Londres, d'une atmosphère spéciale, avec des accentuations sombres, plus rien de la line et légère aération de nos sites parisiens et normands; parmi les historiens picturaux de villes, Louis Braquaval est un véritable maître. Vinccnt-Anglade semble.
bien à tort. aml)itionner la réputation de Carrier-Belleuse, ses portraits au seul crayon pourraient faire espérer im résultat meilleur.
Acquisitions et commandes
DE l'Ét.\T livrées en I906.
(École des Beaux-Arts.) — Il faut louer la courageuse initiative de M. Dujardin-Beaumetz qui, après avoir énoncé sa volonté de faire une telle exposition, a enfin obtenu les crédits nécessaires pour la réaliser: inaugurée par le Président de la République au milieu d'une importante réunion d'artistes et de fonctionnaires, elle a été sympathiquement appréciée, et les critiques inhérentes à des complaisances ayant souventes lois pour excuse la charité, n'ont pu atténuer les éloges bien dus à un»^ sélection intéressante et d'un goût averti. L'Etat a fait preuve de véritable éclectisme, et il ne nous déplait point de trouver dans le sanctuaire du quai Malaquais le Port île Fccamp de Marquet, les Récits de l'Expérience de Dcthomas. la Rue descendante de JNIaufia, les Nuages en Mer de Diriks, etc; le Salon d'Automne, celui des Indépendants, et les innombrables expositions particulières de 1906 sont évoqués aussi bien que le Silon des Artistes français et la Nationale ; on a revu là VOrphée d'Auburtin, le DernierRetoiirdeBeTtecLuxJa Convalescente de Boutet de Monvel. F Amateur de tympauuin. de Louise Breslau, l'Ile de Bréhat de Dabadie, la Porte mauresque de Dagnac-Rivière, les pêches en fleurs de Georges d'Espagnat, le paysage de Guillaumin, le Piano, de Francis Jourdain, la Fête de Nuit de Gaston La Touche, le Portrait de mes Parents, de Jean- Pierre Laurens, les Pêcheurs de Lempereur, l'Aprèsmidi d'automne de Marret, le Temple de Ménard, la Réunion publique de Raffaëlli, le Dragon de Roll, le Jour d'été de Lucien Simon, la Fillette écrivant de Synave; et en sculpture, le Falguière de Rodin, son Berthelot (l'éminent savant était là, le jour de l'inauguration, à côté de son effigie de bronze); puis le Rude de Fremiet, le vase Nymphes et Satyre d'Injalbert, les Fils de Caln de Landowski; l'Opéra comique de Lefebvre, les Premiers pas de Marque, la Nyynphc d'Octobre ; parmi les aquarelles, le Travail de Mlle Carpentier, la Maison folle de Jeanès, le Pays de Montagne de Prunier; les cartons de l'Etat s'enrichissent des gravures de Beltrand, Berges, Dauchez, Dillon, du Gardier, Geoffrov.Mme Le-
creux, Prins. Raffaëlli. Henri Rivière, Robbe, Siireda ; enfin, l'art décoratif montre en des vitrines des œuvres de Dammouse.Lachenal. Lenoble,Thesmar, Virion. Il est regrettable que la commission d'achat ne puisse disposer d'un budget qui lui permette de faire entrer dans les collections nationales tout le meilleur de la production artistique : l'exposition actuelle prouve qu'elle en saurait faire le choix.
Exposition Boxxard. (Chez Bernheim jeune.) — On se hâte de réunir des toiles d'un peintre avant qu'il ait pris le temps de les terminer, on eiilève de son atelier les moindres études, et l'on dresse un catalogue d'une cinquantaine de numéros. Qui profite de cela ? je ne crois pas que ce soit le principal intéressé, c'est-à-dire l'artiste lui-même ; la production féconde ne mérite notre attention que si l'on sent un effort vers le mieux, une conscience réelle, une sincérité exempte de bluff ; on a tôt fait en ce temps de machiner des réputations, de décerner de la maîtrise, d'enliser dans des formules de convention des personnalités naissantes ; tel qui jadis n'eût été considéré que comme un apprenti, un élève encore obligé à beaucoup travailler, est étiqueté par le commerce ou le snobisme, est coté aux vitrines, a sa marque trè.s menue — dont on parle ; on a mauvaise grâce, d'ailleurs, à crier casse-cou, et le critique qui tente des réserves est trouvé réactionnaire. Nous affrontons cette épithète et demeurons vraiment incertain, devant ces multiples sujets, femmes nues, coins de Paris, natures mortes, portraits, intérieurs, paysages, qu'expose M. Bonnard ; cette exécution tâtonnante, déséquilibrée à dessein, ce bégaiement de lignes feraient oublier un peu que l'artiste a une palette très fine, aux colorations vibrantes ; et quand on voit son effigie de yachtman, par exemple, ou ses boulevards avec une animation jiittoresque, on regrette de regarder à côté ces tableaux maladroits et incomplets, d'une teinte salie, d'une gaucherie brutale. Est-ce que par hasard manquerait une certaine éducation première dont il est de mode de faire fi, et sans laquelle cependant il n'y a pas de véritable artiste ? Des taches sur une toile, c'est amusant une fois, mais c'est bien aussi un peu trop sommaire ; cette profusion de Bonnard est inutile, certains échantillons de lui suffisent à le mettre en valeur, on en trouverait ici quatre ou cinq.
Exposition rétrospective des aquarelles
ET DESSIXS des MAÎTRES ANGLAIS DES XVIII'' ET
xixe SIÈCLES. (Galeries Shirleys, g. boulevard ilalesherbes.) — Sans médire des contemporains, il faut bien reconnaître, surtout au point de vue de l'aquarelle, la supériorité de l'école anglaise sur la nôtre, supériorité qui se continue de nos jours mais date de très loin ; la préface du catalogue, très
documentée, écrite par M. Percy Moore Turuer, donne de cette question un historique détaiUé et complet ; on doit la lire avant de visiter l'exposition.
Tandis qu'en France les expositions d'aquarellistes sont de fondation récente, — la Société internationale créée par moi-même, date de deux années seulement. — en Angleterre la Water Colour Society remonte à 1834 ; en 1805, apparut V Associates Society ; depuis 1821, YOld Society existe qui réside encore maintenant dans son home de Pall-Mall-East.
Les nouvelles galeries Shirleys nous montrent des œuvres de Bonington, le maître incontesté, dont « les rivages, les merveilleuses étendues de sable mouillé, inondées de rayons de soleil gris ou dorés, doivent prendre place parmi les pages les plus triomphales de l'art du paysage » ; des Brabazon ; des Constable, « dont le style si imprégné de spontanéité et de confiance en la nature fit beaucoup pour la création de la grande école de 1830 » ; des John Crome ; des Peter de Wint ; des James Holland : des Hunt (le premier Billet doux) ; des Lewis : des IMorland ; des Muller ; des Rowlandson " qui, comme caricaturiste, ne connaît pas de rivale dans l'Ecole anglaise » ; des Turner, « qui fut, sans comparaison, le plus grand génie de l'école anglaise du paysage ». Citons encore des dessins de Romney, de Ruskin. de Gainsborough, etc. Il y a là tout un enseignement ainsi qu'en un ilusée.
Œuvres de ^Madeleine Lemaire et de Mlle Suzanne Lemaire. (Galeries Georges Petit.) — Des fleurs, de celles qui ont fait sa réputation: des personnages Louis XV, bien dans le style: des nus à la sanguine pour lesquels l'ancienne élève de Chaplin a utilisé les hachures de Helleu; des lithographies, une curiosité ; de sa fille, une vitrine contenant des gouaches, des boîtes, des bonbonnières, 'dss bijoux.
Tableaux d'Eugène CLARV.(GaleriesBernheim.) — D'une touche légère, délicate, et de tons très fins, unifiés, des paysages de brume, de verdure ouatée, d'horizons de villes; Rouen, Saint-Pierre-du-Vauvray, et les bords de la Rance, des tableautins jolis, sans vigueur, susurrement de romances mélodieuses.
Exposition Jules Adler. (A l'Art décoratif.) — L'n pur artiste de qui la personnalité est assez affirmée pour qu'il n'ait pas besoindese solidariser avec les sociétaires, adhérents, etc., des Salons, il suffit à se faire valoir lui-même; le peintre est sombre, pessimiste, sauf cependant en ses nouvelles petites études de Boulogne, prestes, lumineuses, gaies, vibrantes ; le dessinateur est véritablement exquis avec sa formule de crayonnage que rehaussent çà et là de rares et justes colorations; c'est plus et mieux qu'un croquis tout en en gardant la liberté ;
dallure, i] j' a la valeur d'une œuvre voulue, exécutée avec amour et avec soin, sans qu'aucun détail soit négligé, un résultat précieux toujours obtenu ; Fille de Volendam, Petite fille assise, Bergère, petit Mousse, il faudrait les citer tous, ces dessins où des frimousses claires vous regardent, où les personnages apparaissent dans des paysages légers, charmants de leur indication sommaire ; ces croquis d'Adler sont ime des jolies choses de ce temps, ils n'ont pas la fougue du Soir d'élection, ils n'atteignent pas l'éloquence miséreuse de la Soupe des pauvres, ils reposent du « beau peintre des misères prolétariennes », comme l'appelle Louis VauxceUes dans la préface du catalogue, ils attirent par leur psychologie profonde et leur coloris discret. — Tableaux ET AQUARELLES DE FREDERIC Ede. (Galerie des Artistes modernes.) — Entre Charles Jacque et Ceramano (chez certains marchands, c'est la même chose), il y a encoi-e place pour des troupeaux de moutons ; M. Frédéric Ede, bon paysagiste, mais animalier monotone, réédite toujours la même étude de bêtes avec le berger en blouse bleue de Troyon.
il fait trop de répliques de lui-même. — Exposition' RousTAN Emile. (Galerie Georges Bernheim.) — Des peintures rudes, vibrantes, de Ja Bretagne et de la Loire ; des pastels de fleurs cotonneux, sans consistance ; ceci, malgré la grande ombre du regretté Carrière, fait tort à cela qui est presque très bien. — E.xpositiox AbelTruchet. (Galerie Bernheim jeune.) — Venise, Paris, Compiègne, tel est le sous-titre, il faudrait ajouter .surtout ^lontmartre, pays d'origine, et dont l'influence ne désarme pas, se poursuit jusque sur les bords du Grand Canal ; mi Effet de neige sur la Butte est peint avec une rudesse louable qui ne peut convenir à la jolie atmosphère dans laquelle baigne la Salute, le grouillement du Bal des Q mil' z- Arts, vision jiLsteauxlumièresfactices des girandoles, ne prépare pas au grouillement ensoleillé du Marché aux légumes; les Chevaux de bois du boulevard extérieur font trop de vacarme à côté de la Lagune, et ce n'est pas entre deux trains que l'on peut scruter le mystère enchanteur de la Cité du Rêve, il y faut plus de patience, d'émotion, de poésie, une touche plus délicate.
^Iaurice Guillemot.
R. P. BONINGTON — une vénitienne
Mus-t: C<>7iUt:, Ciiunli'.bj