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N05 PRÉCURSEURS

Poussin, novateur et paysagiste

nv moins dans sa première partie, ce titre éton- (■ I nera les sages aussi bien qtie les avancés.

Poussin novateur ! N'est-il pas le classique par excellence, son nom seul n'est-il pas synonyme du classicisme et de la règle ? Nicolas Poussin ! Ce nom, grave et franc comme son art, dit subordination de l'effet matériel et des voluptés faciles de la couleur aux austères délices de la composition, le sacrifice volontaire de tout ce qui n'est pas elle, l'harmonie des figures avec le paysage qui se rend digne de leur présence, l'obéissance de la nature à la pensée : bref l'antipode d'Albert Diirer. qui n'espérait point dépasser la réalité : — le contraire du réalisme et du tableau tout fait. Une enquête récente demandait à l'artiste contemporain s'il doit

tout attendre de la nature ou lui demander seulement les matériaux d'une architecture expressive : on devine la réponse de notre Poussin.

Mais il y a, précisément, deux façons d'être novateur. Un novateur, à première vue, paraît celui qui secoue le joug des règles opprimantes : c'est un Caravage, un Géricault. C'est aussi celui qui s'élève courageusement contre le règne du mauvais goût : tel Poussin, de son temps ; Ingres, plus tard. Ou plutôt il n'v a qu'une façon de se montrer novateur (et significatif, à cet égard, le rapprochement d'Ingres et de Manet au Salon d'Automne en 1905) : c'est de combattre, au nom du sentiment personnel, toute domination qui dégénère en poncif.

Or. ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que de

jeunes audacieux en appellent librement au style du Poussin contre les déliquescences de l'impression ; il 3' a plus d'un demi-siècle déjà, le plus primesautier des coloristes français écrivait : « Les historiens du Poussin. — et le nombre en est grand, — ne l'ont pas assez considéré comme un novateur de l'espèce la plus rare. » On ne saurait mieux déiinir Poussin que ne le fait Delacroix dans son. Journal, ce jeudi matin 28 avril

Delacroix , Poussin! Ces deux noms français rapprochés deviennent suggestifs, à leur toiu" : l'un, tout emportement ; l'autre, toute gravité. Correspondance expressive entre deux génies !

Car ce n'est point la seule fois que le peintre-écrivain,qui a si bien parlé des maîtres, prend la défense de son ancêtre imprévu : dès le 20 juillet 1824, l'admirateur de l'école anglaise qui se révèle au Salon, le révolutionnaire des , Massacres de .Sao qui mettent l'étincelle aux

poudres romantiques, notr je classique projet dans ses agendas : « Avoir de belles gravures du Poussin et les étudier. » Vingt ans après, Delacroix invoque le génie français du Poussin pour exprimer que ce n'est pas de la seule Italie que vint toute beauté : réponse anticipée au paradoxal Thoré-Burger affirmant avec quelque ironie « qu'il n'y a rien de français » dans l'art de nos aïeux, Claude et Poussin, qui parlaient même italien ! Sans doute (et l'observateur loyal reconnaît que les points de vue changent à chaque

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