LA VENTE CRONIER
T^Erx jours, deux après-midi, — le lundi 4 et le '-^ mardi 5 décembre ])rochains — suffiront pour éparpiller aux quatre coins du monde cette admirable collection, universellement célèbre. Deux vacations ! cela parait bien peu en comparaison de la fortune qu'elle représente. Songeons par contre qu'il n'y a que cent soixante-di.x-sept enchères, nombre déjà respectable ])our le jieu de ■• >,
temps que ]\I. Cronier mit à réunir ces merveilles.
Certains , pieux collectionneurs, pourchasseurs enragés et fervents de bibelots, ont reproché à M. Cronier d'avoir composé trop vite, à coup sûr, à l'aide de folles dépenses,
une sélection d'oeuvres d'art précieuses , ceuxlà préfèrent le trésor découvert sous la poussière, acquis pour une bouchée de pain et mettent une vie à composer leur musée. D'autres, au contraire, l'ont applaudi d'avoir rapidement, dès le jour où la fortune le lui permit, accumulé autour de
soi tant de richesses d'art. })our se distraire de la platitude des affaires, se reposer du terre-à-terre de l'industrie.
L'Art et les Artistes n'a pas à juger : fidèle à son programme, notre Revue qui s'est promis de renseigner fidèlement ses lecteurs sur tout ce qui peut les intéresser dans le domaine de l'art ancien et moderne, .se contentera de décrire quelques-unes des toiles magistrales ou des meubles prestigieux, en reproduisant quatre des objets qui vont être exposés aux Galeries Georges Petit, le samedi 2 et
A. FRAGON.\RD — le billet noix
le dimanche 3 décembre, puis vendus aux enchères, les deux jours suivants.
Ce qui distingue cette collection de certaines autres célèbres que nous passerons peu à peu en revue, ce qui la différencie par exemple de la galerie Chéramy, décrite hier, à la Revne,c'esi que toiles et objets d'art ont ici un double rôle. Ce sont de précieux, d'inestimables parfois, objets d'art, des pièces enviables et cotées, ce sont des objets de collectionj ce sont aussi des sujets de décoration.
Il n'y a rien qui n'ait pu être exposé, le nombre des toiles n'a pas obligé leur pro- ]5riétaire à les empiler les unes derrière les autres, un chef-d'œuvre jouant à cachecache avec un autre, non, ici tout était réellement destiné à orner les murs, à garnir les meubles, les étagères, les cheminées, à tapisser les couloirs, toutes les toiles pouvant être mises sur la cimaise dont elles sont d'ailleurs dignes également. Cette particularité est du reste conforme à la nature hâtive de cette collection, a son but principal de somptuosité jilutôt que de curiosité. Vingt-six toiles anciennes, du xyiiii^ siècle bien entendu, école française et anglai.se, vingt et un pastels ou dessins des mêmes écoles, quatre gravures invariablement rattachées au même groupe, voilà pour l'art ancien.
Seize peintures, bien entendu de l'école 1830, six aquarelles, Decamps, Harpignies et Gustave ^loreau. voilà pour l'art moderne.
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ment un chef-d'œuvre du maître, on y retrouve au complet toutes les qualités qui en font aux yeux des amateurs le plus précieux des illustres peintres, de xviii'' siècle. Charme de la composition, brio de l'exécution, harmonie adorable de la couleur, et chose précieuse, nous sommes ici non devant une de ces prestigieuses ébauches qui sont des trésors de joie et des pièces de haut Roùt, mais, chose très rare chez Fragonard, devant une œuvre maîtresse, poussée, fignolée, caressée, unique.
La Liseuse, de Fragonard également, est une page adorable, mais plus spontanée, moins absolument parfaite, quoique délicieuse en tous j)oints.
Auprès de ces deux soleils éblouissants, la douce lumière caressante et immortelle des Chardin, le Volant et les Osselets, scintille sans éclipse; on connaît ces deux sujets tant de fois gravés où celui que l'on considéra trop longtemps comme uni petit maître avant de le placer au premier rang des intimistes, de tous les peintres pouvons-nous dire, a mis toutes ses qualités, de composition de dessin, d'exécution, d'harmonie.
Deux pages encore du maître des maîtres, du Roi, de VVatteau, /e LorgHf/f;', une de ces composi-