L'AVENIR DE NOS ECOLES PROVINCIALES D'ART
Y* 'EXPOSITIOX des écoles départementales qui i"* vient de se fermer, quoique ne donnant dans son ensemble restreint qu'un aperçu incomplet de l'effort accompli depuis quelques années sur plusieurs points de la France, a présenté le plus grand intérêt au point de vue de l'éducation artistique actuelle et de révolution des arts appliqués.
Il faut nous réjouir de l'initiative prise par le Sous-Secrétariat d'Etat des Beaux-Arts ; elle a ramené l'attention des industriels, du public et, il faut le dire, du Parlement sur une question vitale pour l'avenir de nos industries nationales : celle de l'enseignement des artisans.
En effet, de l'ensemble des travaux exposés s'est dégagée nettement l'orientation des cours vers les applications industrielles. Si l'art pour l'art reste le haut idéal des natures d'élite, si le champ de France donne encore la plus riche et la plus enviable moisson de peintres et de sculpteurs, l'art pour l'homme prend de plus en plus a place à laquelle il a droit, et le nombre s'augmente des élèves qui désirent en vivre.
Nos Ecoles provinciales, de ]-iar leur situation même, se transforment suivant les nécessités industrielles de la région, et leur premier souci est de préparer des élèves jiouvant apporter aux industries locales une base de connaissances sérieuses et contribuer ainsi au développement de notre i^roduclion. Et c'est encore de la véritable et lionne décentralisation artistique permettant aux qualités inhérentes à la race de se dév'elopper dans leur milieu. Ces qualités, issues des traditions, des mœurs, des coutumes, du sol même, forment ce qu'on apiwlle Vart du terroir. Elles se révèlent dans toutes les œuvres des bons artisans de nos anciennes provinces et l'ensemble en a produit la floraison rayonnante de notre vieil art national. L'autonomie artistique des écoles départementales peut nous permettre de retrouver cette floraison.
A ce titre les écoles de Roubaix, de Rennes, de Tarare, de Lyon, de Valence, de Bourges, de Saint-Etienne, d'Abbeville. etc., ont fourni les plus intc-
ressants envois. Leurs recherches décoratives basées sur l'étude préalable et documentaire de la flore naturelle est d'un heureux augure pour les œuvres futures.
Pourtant, ces essais ne sont encore qu'à l'état de tentatives. Ils se présentent encore trop souvent entachés de cette uniformité d'interjirétation décorative baptisée stylisa/ion, procédé d'influence néfaste, formule parasite germée sur l'art décoratif dejniis près de quinze ans et dont l'envahissement a pénétré la province par le moyen des publications pseudo-artistiques.
Stylisation, modem-style, art nouveau, que d'horreurs n'a-t-on pas fait sous le pavillon de ces trois mots-là !
On ne saurait trop le répéter à ceux auxquels incombe l'éducation artistique de la jeunesse : il n'y a pas d'art nouveau, il n'y a pas de modem, style. Il n'y a qu'un art qui s'apjiliquera rationnellement et de lui-même aux conditions nouvelles de la vie, des mœurs et des habitudes, pour peu qu'on se pénètre bien de sa destination.
Quant aux méthodes employées pour la composition décorative il ne peut exister, sous le nom de stylisation, une formule emprisonnant les motifs dans un même principe géométrique, principe dont la généralisation tournant au poncif devient d'un aspect aussi suranné que celui des modèles les plus désuets.
On ne fait jias nouveau en déformant bizarrement
une composition.
Il ne faut pas oublier que le style dans un objet d'art réside uniquement dans l'appropriation logique du déeor à la matière et à l'espace à décorer.