V. Saint Martial guérit à Tulle un blessé du nom d'Arnaud
Sur les côtés du même oratoire, nous voyons tour à tour le saint Martial jirèchant la religion chrétienne à sainte Valérie ; 2" la conversion du comte de Poitiers ; 3" la mort de saint Martial; 4^' la réception de l'âme de saint Martial par les
anges ; autant de morceaux du plus haut intérêt et souvent de la plus parfaite conservation.
Dans la chapelle du bas un peintre inconnu jusqu'ici et qui n'égale pas en forte personnalité Simon Memmi ou Jean de Viterbe, a peint des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste encore fort bien conservées. Huit panneaux sur les voûtes représentent des saints tandis que sur les côtés nous voyons des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste et de Jésus-Christ que j'énumérerai succinctement :
1° Le baptême du Christ. Jésus au mont des Oliviers. Apparition du Père. Naissance de saint Jean-Baptiste;
2" Vocation des enfants de Zébédée. Crucifixion du Christ ;
3° Décollation de saint Jean ; sa tête apportée à Hérode; le Christ suivi de deux anges lui parle ;
4" Le Christ donne une mission.
Les brèves notes qui précèdent, et surtout les illustrations qu'elles encadrent, pourront peut-être donner une idée de ce beau trésor d'art qui est à la veille de disparaître si les pouvoirs publics n'inter\-iennent pas au plus tôt. Il est inadmissible, en effet, qu'un pays aussi soucieu.x que l'est le nôtre des merveilles de .son patrimoine artistique ne songe pas à préserver jalousement un monument unique et auquel rien ne saurait être comparé.
Ou' il nous soit donc permis de rêver d'un palais des ]iapes discrètement restauré, où, dans le silence des salles aux élégantes ogives, devant l'harmonie un peu éteinte des belles fresques, on puisse savourer dans toute sa plénitude une page de notre histoire du moyen âge, et évoquer les ombres éloquentes de Pétrarque ou de Rienzi.
Henri Fr.\ntz.
UN COIN DU PAL.\IS (.'\i|U.ii-elle de C, H.nii>;i't)
VI u
Le Mois archéologique
L'ARCHEOLOGIE AMÉRICAINE
QUAND on parle d'antiquité américaine, le nom d'Aztèques se présente aussitôt à l'esprit; il évoque le souvenir de deux microcéphales exhibés par un manager de cirque. Quelques-uns pensent vaguement aux Conquistadores ; d'autres endn vont cueillir dans leur bibliothèque quatre volumes elzévirs où le poète José-Maria de Heredia a traduit la Véridique Hi'^loire de la Coni/iiête de la Nouvelle-Espagne, de Bernai Diaz del Castillo. Il y a peu d'années que l'archéologie américaine est scientifiquement constituée. 11 a fallu la générosité éclairée et l'intelligente initiative de M. le duc de Loubat, membre correspondant de l'Académie des Inscriptions jiour animer ces études. Grâce à lui, depuis 1903, le Collège de France s'enorgueillit d'une chaire aniéricaniste occupée par M. Léon Lejeai ' ; jiar la même laveur, à Berlin, "SI. Seler, et à la Columbia University de New- York, le conservateur de r American Muséum M. Marshall H. Saville poursuivent de^ recherches parallèles.
Or, toutes ces recherches nous font savoir la complexité infinie de cette archéologie. 11 n'y a pas eu une, mais plusieurs civilisations pré-colombiennes. Du Sud au Nord, se seraient échelonnées celles du Pérou, celles des Muyscas, de la Nouvelle- Grenade, du Mexique, sans parler des demi-civilisations, comme celles des ^loundbuilders, constructeurs de tertres, des Cliffdwellers ou falaisiers, des Pueblos du Nouveau-^Mexique et des États-Unis.
Ces demi-civilisations, qui précédèrent ou entourèrent les civilisations plus avancées du Mexique, du Yucatan et du Pérou — comme les Pélasges circonvinrent les Grecs tt les Latins — ■ sont caractérisées par les constructions désignées sous le nom de mounds, de cliffs (cavernes) et de pueblos. Sur le versant du Pacifique, dans un paj^s calcaire, rocheux, qui déborde un peu sur le territoire actuel
I. L'Américanisme a, d'ailleurs, comme l'orientalisme, depuis 1S75, ses congrès internationaux, dus à l'initiative de deux précurseurs français, MM. Léon de Rosny qui enseigne encore les religions de l'Amérique indigène à l'Ecole des Hautes-Etudes, et Lucien .\dam, linguiste réputé. Paris, par deux fois (1890 et 1900 , après Nancy, a été le siège de ces assises, comme Berlin, Stuttgart, Bruxelles, Stockholm, Copenhague, Huelva, Mexico, etc.. plus récemment, New-York (1902) et Stuttgart {1904). La prochaine réunion se doit tenir dans une ville encore française d'esprit, dans la métropole française du Nouveau-Monde, Québec, à l'automne de cette nouvelle année.
des Etats-Unis, on peut observer les cliffs, cavernes taillées dans le roc perméable, à une certaine hauteur, pour se préserver des atteintes de l'ennenii.
Les parties planes, plateaux ou vallées du i)ays des cliffs, nous pré.sentcnt, d'autre i)art, des villages curieux, où les constructions de briques crues se su])erposent en étages successifs, réunis i)ar des échelles extérieures. Ce sont préci.sémcnt les pueblos dont quelques-uns (Arizona et Nouveau- Mexique) sont encore habités aujourd luii. Entre l'honuiie des cliffs et l'Indien Pueblo d'autrefois et d'aujourd'hui, la parenté est éviden e. Mais ce rapport de ])arenté, tous les américanistes ne le conçoivent pas de la même manière. Pour les uns. l'habitant des Pueblos est un descendant des anciens troglodytes. Il y aurait donc là deux générations humaines et archéologiques distinctes. Pour d'autres, habitations falaisères et villages des régions moins élevées seraient l'œuvre des mêmes générations et du même temps : le cliffdwelling, la maison de rochers, était l'habitation du temps de guerre comme les pueblos étaient celles du temps de paix En tout cas, comme le démontrent et ce mode de bâtir digne des abeilles et les mœurs des modernes Pueblos, cette .société était phalanstérienne, communiste.
Antérieurement, et plus au Nord-Est, sur le versant de l'Atlantique, dans la vallée du Mississi])i, se manifeste la demi-civilisation des moundbuilders (constructeurs de tertres).
Et ce qui est plus énigmatique, on voit là des tertres fantastiques, auxquels on attribue des significations différentes. On est à peu près d'accord sur leur utilisation comme sépultures ; mais la science hésite à sanctionner leur emploi comme travaux défensifs, comme enceintes sacrées, comme temples, comme tertres à sacrifices, comme tertres figuratifs d'animaux. On n'ignore pas qu'en Amérique les espèces monstrueuses ont disparu beaucoup plus tard qu'en Europe. Parmi ces tertres, les plus célèbres sont le mound de l'Alligator, le mound du Serpent, et l'on sait le rôle important joué par le serpent dans les nij'thologies primitives ; en les fouillant, on a trouvé des pipes, des \-ases, des ornements en coquilles, des ornements de bronze, ou de cuivre. Ces moundbuilders disparurent devant un afflux de races venues d'ailleurs : s'agit-il de migrations dépeuples asiatiques, ou d'une bousculade dans les populations
autochtones du Nord ? C'est là même le problème des races américaines et. si palpitant qu'il soit, il n'en saurait être question ici. A ces civilisations primitives correspond dans l'Amérique du Sud celle de la Bolivie méridionale et des provinces du Nord de l'Argentine, des Calcha-
quis
? Les
concluent
à l'originalité
de la les autres se servent de assimiler les Calchaquis à
culture calchaquie ; ces rapports pour des barbares, policés par des émigrants venus des vallées supérieures des Indes; mais nous n ' avons ici fju'à montrer toute la complexité du problème.
La question la plus féconde du ]iomt de vue
archéologique, est celle de la
civilisation isthmico- mexicaine. Mais ici, il faut distinguer plusieurs étapes, représentées par le.^ diverses races du Mexique. La culture toltèque semble avoir été
particulièrement brillante; jusqu'à ce jour, on n'a pas découvert moins , d'une centaine .. • , de monuments
toltècjues ; les Toltèques ont donc bien mérité leur nom.cpii est synonyme de bâtisseurs. L'architecture du Mexique ancien est grandiose, l'artiste travaille pour la religion ou les rois : les temples. les palais, les nécropoles royales, tels sont donc les objets de son activit . Le temple consiste en une pyramide colossale ; celle de Comalcalco n'a pas moins de 285 mètres de côté à la base, sur 35 mètres de hauteur ; celle de Cholula atteint cinquante mètres pour une superficie de 18 hectares. Ce.s pyramides contiennent des chamb es funéraires, comme celles de l'Egypte ; ma-s. comme les zigurats de la Chaldée, elles sont tronquées, et, jiar un escalier
P.-^LENQUE (Ci\'ilisalion Maya)
monumental, on arrive à la plate-forme supérieure, où se trouve la cha[)elle. Le Palais carré, à Palenqué, dans le Chiapas, dont les dimensions sont à peu près celles de la cour du Louvre, nous donne le type de la maison des rois ; il témoigne d'me entente parfaite du climat et de la sécurité, par .ses issues, sa haute tour, ses frais promenoirs. Enfin, la nécropole de Mitla (Etat d'Oaxaca) avec ses « mytérieuses cryptes cruciformes » et
sa salle hypostyle soutenue par six magnifiques monolithes, donne bien l'idée des sépultures monumentales de cette époque.
Tous ces artistes ont su utiliser les voiites à encorbellement, les ouvertures en fer à cheval, en trèfle, en accolade ; dans l'ornementation on rencontre des motifs géométriques, des swastika, des
idéogrammes rehaussés par la polychromie (blanc, rouge et noir). Là se pose cette question si intéressante des origi- ■ nés du dessin, exposée par M. Holmes dans son ouvrage sur l'Archéologie pré-colombienne, et corroborée par M. Denicker et M. Pottier ; les hommes sont-ils partis de l'ornementation géométrique pour arriver à l'ornementation végétale, puis animale, ou, au contraire, ne peut-on pas constater là une loi tie déformation analogue à celle qu'on peut constater dans l'histoire des langues, et les figures comme la swastika, les entrelacs, les losanges, etc.. ne sont-elles pas plutôt inspirées par le souvenir de dessins d'animaux ou de plantes, stylisés à outrance, et devenus de plus en j)lus schématiques? Pour ce qui est de la sculpture, maladroite dans l'exécution de la figure
j;akt Kl' Li;s aimistks
humaine, t-llc atteint une grande énergie dans les grands ensembles décoratifs analogues à ceux qui décoraient les pylônes égyptiens. A cet égard, le bas-relief aztèque de la collection Uhde et celui des suivantes de la Reine, à Palenqué, les figures de Copan, sont caractéristiques.
Du point de vue religieu.x, il y a là un autre problème très curieux : la religion des Toltèques se serait résumée dans le culte du prophète civilisateur Ouetzalcoatl ; ce grand réformateur aurait épuré le culte primitif d'un iluu atmosphérique, le dieu de « la bonne pluie », il aurait su])primc les sacrifices humains, et introduit l'idée de pureté et d'ascétisme ; ce nouveau culte offrait tellement de ressemblance avec le christianisme que les savants ont été amenés à chercher s'il n'y avait pas eu là un apostolat pré-colombien, réalisé du i.v au xiv' siècle, par des « ])a])as », des prêtres de l'ancien christianisme irlandais, Scandinave et islandais, arrivés au Mexique, de proche en proche, depuis le Groenland et le Canada, où la colonisation européenne avant Colomb est un fait historique. Mais à l'heure actuelle, aucun américaniste sérieux ne s'occupe plus du ])roblème des origines ethniques ni de l'autre, très di férent. des origines de la civilisation américaine : ces questions, la science ne les pourra résoudre qu'après deux siècles de recherches. Pour le moment, « l'Amérique aux Américains ! » tel est le point de vue nouveau auquel se place l'américanisme.
En tout cas, les Toltèques si raffinés, avec leurs connaissances astrologiques, leur calendrier harmonieux, leur littérature, leurs institutions politiques — théocratie, monarchie féodale, ou fédération de tribus — semblent avoir cédé devant des émigrants sanguinaires, les Chichimèques, venus du N.-O., et s'être enfuis vers le Sud. Ils auraient pénétré dans la région isthmique, dans le Chiapas, le Yucatan, le Guatemala, le Honduras ; et là se serait développée parmi les populations antérieures de race dite Maya, la dernière floraison de leur art, la plus exubérante si l'on en juge par les monuments de Copan. Cette civilisation toltéco-maya daterait du vi<^ au xV siècle de notre ère : tous les grands monuments de l'Amérique centrale étaient debout à l'arrivée des Espagnols, qui mentionnent sans cesse la blancheur des monuments ; comme ces monuments sont en argile mêlée de terre, ils n'étaient donc pas très anciens lorsque les Conquistadores les virent.
Quelques peuples se dégagèrent rapidement des Chichimèques ; les Aztèques colonisèrent les bords du lac aujourd'hui desséché de Mexico. Les Aztèques, très guerriers, offrent plus d'une analogie avec les Romains, par la manière dont ils ont unifié le Mexique pré-colombien. En réalité.
ils fondèrent (1J20-IJ2S) en face de Tescuco, la ville lacustre de Mexico. Ils entraînèrent à leur suite les tribus voisines, et les villes du lac arrivèrent peu à jjeu à assimiler jjresque tout le |)lateau d'Anahuac, si l'on excejUe quelques résistances dans le Xord-Ouesl. .Ainsi, à la ci\'ilisalion toltécomaya ou toltéco-isthmique, succéda au .Mexique même, la i)ha,se aztèque, qui marque en vérité un retour à des mœurs plus guerrières, à un culte plus sanguinaire, mais qui par son énergie devait durer jusqu'à la conquête espagnole en 1521.
11 faut lire dans Bernai Diaz l'étonnement des Conquistadores à la vue de ces monuments fabuleux, de cette civilisation opulente. Ils voient l'empereur Montezuma respecté comme un dieu, conuue un sou\-erain de Thèbes ou de Ninive ; dans son palais, la maison des armes d'or et d'argent, la maison des fauves et celle des s e r p e n t s , n o u r r i s d e viande humaino. les volières où l'oiseau sacré, le Quetzal , resplendit dans sa parure d'iui vert énieraude : les tableaux de plumes éblouis sautes, d'un art polychromique dû à la fantaisie décorative des communautés d'Amantecas :
les mosaïques, K qui peignent avec la pierre pour l'éternité » ; tout autour, les jardins fantastiques, la campagne où croît le cactus, propre, comme le palmier d'Orient, à tous les usages, et que le Mexique moderne a