‹ L'Art et les artistesChapitre 134 sur 150 · CODEX M.\YA UN DES TROIS CODICES CONNUS · texte numérisé non relu

CODEX M.\YA UN DES TROIS CODICES CONNUS

des manuscrits figuratifs, dont M. le duc de Loul)at a fait relever des fac-smiilés, plus exacts que ceux de son devancier anglais, lord Kingshorough. Il ne s'agit pas là de hiéroglyphes, mais plutôt de rébus, d'une écriture à la fois idéographique et phonétique. Unexemjilele fera comprendre; le mot dent,//;?;;, qu'on désignera par une mâchoire fermée, reviendra dans une foule de mots où il y auralasyllalie/Zi;/;. Le système d'ailleurs n'est pas le même pour

des documents de seconde main. Il faut en excepter les trois manuscrits mayas, actuellement conservés dans les bibliothèc[ues de Dresde, Paris et Madrid, qui sont certainement antérieurs à l'invasion européenne. M. Seler, le titulaire de la chaire Loubat à Berlin, a poussé assez loin ses travaux de paléographie jiour se rendre un compte e.xact du calendrier et de l'ancienne théologie de l'Amérique moyenne : la plupart des manuscrits

sont en effet des ralemlriers rituels, des recueils archéologiques pour les horoscopes, des grimoires. M. Léon Lejeal, pour sa part, explore depuis trois ans. au Collège de France, les sources espagnoles de l'histoire précolombienne de l'.AnuM'iciue. C'est l'inventaire méthodicjue et critique d'une historiographie admirable, œuvre en grande partie de moines (surtout franciscains). Jusqu'à présent on s'en était servi, mais sans l'avoir replacée dans son milieu natal, sans notions suffisantes sur les auteurs et les diverses traditions indigènes qu'ils ont utilisées. De là des contradictions telles dans les résultats que certains savants actuels refusent .S3'stématiquement d'accorder le moindre c'édit aux témoignages des convertisseurs ! M. Lejeal restitue donc à la science l'emploi d'une bibliothèque immense de documents;

2° Les fouilles, très abondantes dans l'Amérique centrale, ont permis de dégager l'escalier monumental de la pyramide de Copan : l'honneur on revient à une mission américaine venue du Peabody Muséum, de Harvard. Au.x efforts de cette mission, il faut ajouter ceux de l'American Jluseum of Natural Histor}-, de New- York, dont les recherches se sont spécialisées au Mexique (fouilles de M. Sa ville à Mitla), et ceux de l'L'niversité de Californie, qui ont exj)loré le Pérou (fouilles du D'' IMax L'hle).

Enfin, ne négligeons pas notre pays I Récemment, notre compatriote le comte de Créqui-Montfort a dirigé une lielle exjiédition sur les hauts plateaux de la Bolivie et dans l'Argentine septentrionale. Une galerie spéciale de notre musée du Trocadéro permet d'en apj)récier l'importance. Dans la région du lac Titicaca, les missionnaires (entre autres M. A. de Mortillet) ont grandement ajouté, par

leurs découvertes, à notre connaissance des ru. nés et décidément démontré que le passé du Pérou civilise ne se résume pas tout entier, comme beaucou}) de gens l'ont cru, dans l'histoire très brillante, mais très courte (400 ans au plus avant la conquête espagnole) des Incas. Ils ont grandement avancé notre connaissance de la culture aïkliuquic et affirmé son origine ando-péruvienne.

D'autre part, rendons hommage au D'' Hamy, qui représente depuis longtemps à l'Institut l'américanisme. On lui doit : i" l'organisation du musée ethnographique du Trocadéro, dont la collection américaine est un modèle achevé d'objets sélectionnés et représentatifs ; 2° une description méthodique, en une œuvre monumentale, de la galerie américaine : 3" des mémoires nombreux d'archéologie, histoire et anthropologie américaines ; 4" la jHiblication de deux des manuscrits Loubat. Le D"" Hamy, qui continue Quatrefages au Muséum, est vraiment un des créateurs (en France, le créateur) de l'américanisme .scientifique.

Que maintenant mes lecteurs veuillent me pardonner cet exposé un peu long, trop court à mon gré. La sévérité et le mystère de ces immenses ruines ensevelies dans les végétations du nouveau monde, voisinent mal, en apparence, avec la grâce et l'élégance des figures contemporaines ; la femme et l'enfant modernes sont évidemment ]ilus séduisants que les petits papiers d'un archéologue eimuyeux ; mais il y a, dans ces recherches pré-américaines, tant d'imprévu, un avenir si brillant s'ouvre à la science, que je n'ai pu résister au plaisir d'exposer le problème dans toute, sa complexité, et, je l'espère, dans tout so.i intérêt.

LÉ.-W'DRE \AII.L.M.

Les Théâtres

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Comédie-Française : le Rhcïl, trois actes de M. Paul Hervieu. — Théâtre Antoine : le Coup d'Aile, trois actes de IM. François de Curel.

Je ne pense pas que le Réveil, la pièce attendue de M. Paul Hervieu, quoique brillamment accueillie au.x Français, résiste fort bien à l'analyse. Je vais tâcher de vous le démontrer. Je vous livre cette glose sans garantie et vous irez la vérifier.

Le Réveil, c'est le conflit dans une âme, dans une âme déjeune homme moderne, du devoir et de la passion. Quelle pa.ssion ? L'amour, l'adultère. Quel devoir ? Le plus grand, le plus rude, celui de ré]X)ndre à l'appel d'un peuple, d'accepter une royauté. Ce thème, c'est celui û'Hamlet, celui du Cid et de Bérénice, celui d'Heniani, de l'.l igloii. Toutes les grandes écoles classiques s'j- sont tour à tour essa3-ées. Que M. Paul Hervieu, ambitieux de créer une tragédie moderne, un drame en

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prose et en veston égal à ceux du péplum antique, ait tenté de le rajeunir, c'est chose toute naturelle, et il faut l'en féliciter. Concevoir, porter de pareils sujets, c'est un honneur pour le dramaturge.

Comment l'a-t-il réalisé? Mon Dieu, d'une façon ingénieuse. Pour ce conflit exceptionnel, il choisit une action exceptionnelle et cependant très admissible. Son jeune roi est l'héritier d'une de ces vieilles cours oi-ientales où les marches du trône ont du sang. Il est élevé à Paris, et il aime une Parisienne. Et l'heure de crise surgit où il faut soudain qu'il choisisse entre ses goûts d'Occidental, entre sa passion délicieuse, et l'obscur atavisme ancestral, le farouche crime héréditaire. Il vacille, il aime, il s'égare. Il repousse une couronne trop lourde. Il attire dans un rendez-vous, parmi les fleurs et le silence, la douce proie qui succombe enfin, emportée, affolée, elle aussi, par le vertige du danger si proche. Ils y sont victimes du guetapens le plus odieux et le plus grotesque. Un père qui, derrière une porte, a surpris le secret de son fîls, et veut que son abdication, si douloureuse, ne soit pas vaine, un louche émissaire venu de là-bas, se saisissent du jeune prince, le bâillonnent et le ligottent. Et la jjauvre femme éperdue, qui le croit mort, rentre chez elle.

Elle l'y retrouve, deux heures plus tard, alors que parée pour le bal, afin de complaire à sa famille, elle .sortait, étouffant en elle l'atroce cauchemar entrevu. Et lui, qui ne comprend pas, l'insulte. Et elle, qui comprend tout, le repousse. Puis elle s'en va doucement. Ils souffrent beaucoup l'un et l'autre. Et le jeune jirince sera roi. C'est tout .' Oui, c'est tout... Pas possible ! Je vous a.ssure que c'est tout.

Alors .^... Le conflit annoncé? La belle crise où nous comptions retrouver des échos de nousmêmes, l'image amplifiée, élargie, d'une race où les goûts du meurtre déclinent devant ceux de pitié ? Les musiques de la flûte et du cor mariées en poignante harmonie ? Cette fougue, ce dégoût, cette ardeur d'un Louis de Bavière moderne qui préfère aux charges d'un trône les délices de la beauté ?

Supjirimé tout cela, escamoté par un tour de passe-nuiscade ! Nous ne voyons dans le prince Jean qu'un banal amoureux ahuri, à qui, par-devant sa maîtresse, échoit la plus sotte aventure. Que celle-ci soit guérie d'un seul coup de ces rez-dechaussée effarants, voilà qui est fort pardonnable. L'auteur se donne beaucoup trop de mal pour justifier cette volte-face. Il y consacre son troisième acte. De sorte que nous ne savons plus si le Réveil, c'esit celui de la maternité chez l'amante, ou celui de l'instinct royal chez l'adolescent dé-

grisé. Casse-tète chinois, cette pièce ! À peine, entre le prince et son père, un débat est-il esquissé, la majesté de l'amour humain opposée au.x grandeurs factices, mais ce n'est qu'une phrase, et l'on pa.sse. Le vieux roi lui-même, ce prince Grégoire, tout couvert de hideux forfaits, en qui l'on pouvait espérer une figure shakespearienne, quelque rude toucheur de bœufs comme fut Milan de Serbie, venant prendre au collet, à la gorge, son rejeton dégénéré, le prince Grégoire fait des grâces. Il a un huit-reflets, une belle jaquette, des bottines irréprochables. Il s'exprime comme un vieil aristocrate du Jockey-Club, dans ses bons jours. Il a sûrement vu le répertoire. Il a même fréquenté l'Ambigu. Notre déception est fort grande.

Je crois qu'il y a là une erreur de l'auteur de Peints par Eux- Mêmes, de la Course du Flambeau, de FEnigme. C'est peut-être moi qui me trompe. Je le souhaite de tout mon cœur.

Je suis sûr de ne pas me tromper en affirmant que le Coup d'Aile est une des plus admirables pièces qu'ait écrites François de Curel, et une très belle pièce, tout court. Ce grand succès, qui vient trois ans après l'échec de la Fille Sauvage, est une juste récompense pour le dramaturge Le plus jjrobe, le plus intransigeant qui soit. Dans l'ovation enthousiaste qui lui fut faite l'autre jour, il y avait ce sentiment d'une réparation tardive. Le Coup d'Aile, la Nouvelle Idole, ces deux triomphes peuvent suffire à illuminer une carrière d'artiste.

Le sujet n'est pas sans analogie, et ceci est un trait de hardiesse, avec celui de cette Fille Sauvage si difficilement accueillie. Il s'agit ici, une fois encore, du choc de la civilisation et de la barbarie, thème dont Curel semble hanté. Seulement, au lieu de mener une sauvagesse par degrés successifs jusqu'à Bayreuth, il nous montre un civilisé qui, sous le soleil africain, est retourné à l'état sauvage. Ces accès de sadique folie sont malheureusement trop fréquents jiour qu'on puisse les contester.

Michel Priiiçon, jeune et célèbre, comblé de toutes les faveurs de la gloire et de la fortune, a donc tout compromis en un jour d'aberration furieuse. Il a massacré des compatriotes, il a tiré sur le drapeau. Lui-même échappé à la mort après des tortures atroces, il n'a pu rentrer en Europe qu'en déserteur, sous un faux nom.

Le drame s'ouvre di.x ans plus tard, alors qu'il revient chez son frère, le député Bernard Prinçon. Il est jiossédé d'un seul désir, d'un rêve morbide et farouche : reconquérir coûte que coûte cette gloire qu'A a connue, qui l'a enlevé d'un coup

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i.wRT i:t les artistes

(i'ailc. l'imi" ("rla. il \Tut ninnixclrr ses cx])ô(litidiis airicaiiies. Il se fait fort d'offrir bientôt un royaume vierge à la France. L'ap]nii de son frère est indispensable à l'exécution de ce projet : s'il échoue, eh bien ! il n'a plus que les issues déses]icrées. 11 se fera sauter la cervelle, ou il s'exhibera dans un cirque comme le général Kronje. y rééditera l'image de ses déshonorants exploits.

Le déinité Bernard refuse, par égoïsme et i)ar prudence. C'est ici que se dessine ré])iso(le qui fait la ])ièce. Michel l'rinçon est mis en présence de sa fille qui ne le connaît pas. Ils causent. Elle lui raconte sa vie, sa morne jeunesse aucoux'i'ut. A demi-mot ils .se comi)renncnt. Elle est attirée par l'énigme qu'elle jjressent chez cet hoitune bizarre. Il retrouve chez cette enfant sa j)ropre nature indomptable. Quand elle le voit désemparé, acculé à la pire détresse, elle lui olfre de partir avec lui. Il refuse par orgueil, par pitié. Alors germe dans le cerveau de cette petite pensionnaire une idée héroïque et folle. Elle se dit : « Pour toucher ce monstre, il faut se mettre à .son niveau. Il faut le suivre dans le gouffre. » Oue faire ? Elle volera le drapeau qu'on a déposé

dans la maison. Car on est en grandes manœuvres, le colonel loge chez le député. Son calcul périlleux .se trouve juste. Miciicl reconnaît là sa fille. Il l'emporte, à défaut de la gloire. Les deux réprouvés iwrtent ensemble pour un définitif exil.

Telle est cette jjîècc étonnante, et dont l'anals'se rend mal la beauté prenante et tragique. Michel Prinçon y apjiaraît empreint d'un relief inoubliable. Il efface tous les com|)arses. Le drame n'est (lu'un long monologue qui nous ouvre le désespoir, l'amertume d'un héros déchu. Il y a là des cris, des sanglots d'une jioésie déchirante. Antoine les a exprimés avec une maîtrise impeccable qui ne lui est pas coutumière. Il dominait de très haut son rôle. Ce .sera là, sinon sa plus belle, au moins sa plus parfaite création. A côté de lui M"' Van Doren a dessiné avec finesse le caractèie de la jeune Eloa. Signoret prête au député ses qualités de bonliomuiii', de brio, de verve et d'aisance.

Et il ne faut pas s'y tromper : de i)areils efforts sont très rares. De Curel est tout de même le seul qui ait quelquefois réussi à évoquer sans désavantage la grande ombre glorieu.se d'Ibsen.

G.\BRIEL Tr.\RIEI'X.

Chronique Musicale

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