ITALIE
■pAKTOUT, et dan? tous les domaines de la vie * collective, l'activité humaine qui sans cesse engendre le Devenir, se canalise dans deux courants, cent fois définis sous les noms de Tradition et d'Innovation. Les esprits animateurs de ces deux courants sont en réalité assez vagues, car la Tradition etl'Innovation, l'une sévère dans ses aspirations immobiles, l'autre toujours toute ardente de la fièvre du nouveau, se servent mutuellement, déterminant ainsi, dans tout domaine de l'esprit et de l'action 1' « évolution humaine ». En esthétique, la lutte et la fusion des deux courants, autant qu'en politique est féconde en œuvres. Et les œuvres seront d'autant plus intéressantes que l'équilibre des esprits oscillera dans le sens de l'Innovation.
En Italie, la grande dispersion des activités esthétiques, apportée par la révolution nationale qui aboutit à la prise de Rome par des politiciens armés, sévit naturellement sur l'esprit de l'art. La seule littérature intéressante de ces derniers trente ans, celle de Carducci, suivi de d'Annunzio, s'est développée dans le sens de l'exaltation du Passé. Le culte de Rome et de la Renaissance
enflamma de nobles aspirations, et produisit quelques belles œuvres. Les arts plastiques, comme la littérature, oscillèrent entre la plus enthousiaste exaltation du Passé et les tendances naturalistes, véristes, puis « humanitaristes » du temps présent. Il y eut des divisionnistes de talent, amoureux de la lumière pour la lumière, et il y eut le grand Segantini, seul aux sommets des Alpes.
Cependant, l'évolution de l'art contemporain impose tôt ou tard ses irrésistibles volontés. L'art italien littéraire et plastique (l'art musical suit celui-ci encore de très loin), tend à l'Innovation. De grands espoirs nouveaux gonflent les enthousiasmes. On sait que l'Italie a été malheureusement partagée dans ses capitales, qui n'ont plus comme autrefois la puissance de leurs personnalités bien caractérisées, et n'ont pas encore une véritable et profonde « unité de style » apportée par la conscience collective, qui, de régionale, est devenue nationale. Les multiples expositions organisées chaque année, dans les différentes villes, ne sont pas suffisantes à réaliser une grande synthèse d'art qui soit un enseignement fécond et répété. Les Expositions internationales de Venise suffisent
à peine à cette synthèse. Mais on sait aussi que la ville la plus moderne et la plus vivante de l'Italie, la vraie capitale, la métropole réelle de la Péninsule,-est Milan. Les espoirs et les enthousiasmes nouveaux [des artistes italiens tendent donc naturellement vers la grande exposition qui s'ouvrira cette année à Milan. Une salle sera entièrement consacrée aux œuvres du peintre Mos Bianchi, mort il n'y a pas longtemps. D'autres artistes morts seront aussi représentés, tels que M. Domenico Morelli, dont on exposera des croquis. De M. Giuseppe Sacconi il y aura, envoyé par le ministère des Travaux publics, le projet du monument à Victor-Emmanuel II.
Les meilleurs artistes italiens d'une génération qui n'est plus jeune, et qui tout en étant très louable et souvent admirable, n'a produit aucun chef-d'œuvre vraiment définitif, apporteront leur concours. Mais l'importance de cette Exposition d'Art, qui sera sans doute féconde en enseignements et qui nous réserve — il faut l'espérer — quelque remarquable surprise, est surtout dans la suite des salles régionales, où les jeunes de chaque région italienne grouperont leurs envois autour d'un artiste élu parmi eux. Là, l'Italie apparaîtra dans ses physionomies de races, d'éducations, d'aspirations profondes que l'unité politique du pays n'a pas encore détruites. On y découvrira peut-être quelques signes d'avenir, vraiment intéressants et beaux.