‹ L'Art et les artistesChapitre 38 sur 150 · ETUDE POUR (I LE GRAND P.-WS.-^N · texte numérisé non relu

ETUDE POUR (I LE GRAND P.-WS.-^N

d'ailleurs, de regarder les jambes pour retrouver, sous les plis du pantalon de toile, toute la musculature agreste du bonhomme.

Invariablement, avant de monter à la grandeur d'exécution, les figures nues qu'il devait habiller ensuite, Dalou en faisait des petits modèles nus qu'il poussait jusqu'à la dernière perfection. C'était sa manière à lui d'essayer les mouvements et, si la petite figure nue ne lui donnait pas satisfaction, il faisait une autre figure nue, et ainsi de suite jusqu'à satisfaction complète.

Par malheur, il n'attachait aucune important à ces travaux-là. C'était ce qu'il appelait apprendre sa leçon avant de la réciter en public. Il les abandonnait au hasard, n'en faisait ni cuisson, ni moulage; bientôt la terre s'effritait et il n'en restait plus trace. Quelquefois, par exception, il lui semblait nécessaire de faire mouler ses études, mais, presque toujours, lorsqu'il avait fini de s'en servir, il les broyait à coups de marteau. C'est par dizaines que des œuvres de premier ordre ont ainsi disparu. Ce qui a été retrouvé dans l'atelier était destiné à la destructio.i lorsque les œuvres, dont tout cela était la préparatio.i, s2raie.Tt achevées.

C'est par le ssul fait du has:ird que quelques études

ETl'DE POUR « LE TERRASSIER »

du temps passé ont échappé au vandalisme de leur auteur et l'on peut juger de ce vandalisme quand on regarde certaine étude de nu de la statue de la République qui domine la place de la Nation. Le geste est tout différent de celui de la statue définitive. L'on sait de plus, par tradition, qu'une autre statue nue. analogue à celle-ci. a été e.xécutée pour l'étude définitive du geste adopté en dernier lieu. Il n'en reste plus trace.

Un tor.'^e de femme qui est une étude préparatoire de la statue de l'Abondance placée derrière ce monument de la place de la Nation, a subsisté.

Trois ou quatre des statuettes que Dalou a faites pour apprendre sa leçon, lorsqu'il travaillait au haut-relief de la Fraternité, ont échappé au massacre, uniquement parce que M'"*" Dalou les avait recueillies dans son appartement. Elles sont un spécimen curieux de la préparation des bas-reliefs telle que Dalou la comprenait.

Quand bien même dans un bas-relief, il ne devait montrer qu'une faible partie d'un personnage (et d'un seul côté bien entendu) il entendait avoir vu. de ses yeux vu, ce personnage tout entier et, pour cela, il l'exécutait dans son mouvement, au complet, en rond de bosse, entièrement nu et sans omettre ni un muscle ni un ongle, et il mettait autant de conscience à l'exécution des parties, invisibles dans le bas-relief, qu'à celle des parties qui y viennent au premier plan. Maintes fois il allait plus loin encore : il dessinait des croquis, des écorchés. de ses mouvements il en remplissait des cahiers (bien entendu il déchira plus tard tous ces cahiers) et, si les croquis ne lui suffisaient pas. il modelait.

en cire ou en terre, d'autres écorchés, puis, comme toujours, il les anéantissait lorsqu'il n'en avait plus un besoin immédiat.

Quand la mort le surjirit, il y avait dans son armoire quelques s]3écimens de ces études anatomiqucs, notamment le plâtre d'une épaule et d'une jambe de cheval, un cheval de labour tout entier avec sa peau d'un côté et de l'autre son écorché et enfin un admirable petit écorché d'homme, auquel mancpiaicnt la tête et la jambe droite. Ce petit modèle était l'étude d'un chasseur dans le style décoratif Louis XI\' qu'il exécutait sur commande et non pas pour son plaisir, je vous l'assure, car cela retardait l'heure où il pourrait se mettre complètement à l'exécution de l'œuvre caressée et préparée depuis i88g, qui eût été la gloire et la joie de sa vie : le Monument aux Ouvriers.

Là, c'est toute la vie morale et la vie sociale de l'individu qu'il voulait incarner dans sa forme humaine. Pour bien connaître l'ouvrier de la terre, il s'était donné à tâche de faire une statue de cultivateur français. Il la voulait scrupuleusement conforme à la réalité de l'homme rencontré dans

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