L .ATELIER
près notre technique, notre facture ; ils perdent ainsi tout espoir de personnalité. Ils nous démarquent, et le savent bien. Une fois, chez Durand- Ruel, j'aperçus, au moment où j'entrais, un monsieur qui se sauva à ma vue. C'était M. Loiseau... »
Je parle de l'exposition Gauguin, qui se tint ces temps derniers, chez Vollard.
— Gauguin, répond Claude Monet, je ne le comprends pas. Je vois bien ce qu'il doit à Puvis de Cha vannes, à Cézanne, aux Japonais, mais je ne vois guère sa part. Je ne l'ai d'ailleurs jamais pris au sérieux. Et n'allez point prononcer le nom de Gauguin devant Cézanne ! J'entends encore ce dernier s'écrier, avec l'accent méridional : « Ce Gauguin, je lui torderai le cou ».
Je me permis de dire à Monet qu'il me semblait fort injuste .
Je prononce le nom d'Albert Besnard.
« Je n'ai pas eu le temps d'aller à son exposition. I)
Manet qui, lui, jiréférait lutter au Salon même, chez l'ennemi, — tel Zola voulant forcer les portes de l'Académie — nous traitait de « lâcheurs ». Et, lorsqu'il connut un semblant de succès, grâce au sujet, avec son Bon Bock, il ne décoléra pas contre Berthe Morizot, Renoir et moi-même, répétant : « Pourquoi n'êtes-vous pas restés avec moi ? Vous « voyez bien que je tiens la corde ».
« Ma première réussite date d'une exposition chez Georges Petit. M. Durand-Ruel ne nous envoyant pas un sol d'Amérique, jefinis, caril fallait vivre, par céder à M. Georges Petit. J'exposai à V Internationale. Les sociétaires me prièrent poliment de ne pas mettre mes toiles trop près des leurs. Cazin, lui, accepta de bonne grâce le voisinage. Seulement, le lendemain matin dès sept heures, il venait décrocher ses paysages et les éloignait de six mètres... Les critiques décrétèrent gravement que je m'étais assagi ; seul, Geoffroy nous défendait bien, mais son Voltaire n'était guère lu.. J'expo-