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LE PONT SUR L ETANG DES NYMPHEAS

paisible, solitaire et ignore, à Londres, il \' a quelques années, lors de la série de la Tamise.

Claude Monet rappelle ses tout premiers débuts, qui ne furent point dédaignes. Il avait même réussi au Salon '. Soudain, le besoin de peindre des figures et des objets en plein air l'illumina, comme une révélation. De ce jour il fut perdu — pour les gens sérieux. Et c'est au catalogue du Salon de 1868 que l'on trouve, pour la dernière fois, trace d'un envoi : Navires sortant des jetées du Havre. S'il n'eût pas insisté dans la voie nouvelle qu'il voulait frayer, il aurait connu le succès mondain, les commandes, les médailles. Encouragé par ses camarades, dissidents de l'atelier Gleyre, — Bazille, Renoir, — il ne céda pas. Manet, que Claude Monet admirait profondément (il allait boire des bocks au café de Bade pour ouïr l'auteur de l'Olympia, causer avec Baudelaire), le jalousa avec vivacité. Daubigny le comprit de bonne heure, et même démissionna d'un jury de Salon parce qu'on avait refusé Monet et ses amis. Rares étaient les défenseurs: Burty,Duranty,Castagnary, Théodore Duret.

— Daubigny fut-il le seul à soutenir l'impressionniste nai.ssant ? Que disaient les vrais maîtres d'alors ?

— Tenez, je me rappelle que nous e.vposâmes,

Renoir et moi. dans une ])etite l)outiquc. ^lon tableau était à la devanture. Un jour. — jeme trouvais là. — passe Daumier. maître vénéré, qui s'arrête, lorgne, et dit au marchand : « Oui donc vous force à montrer au public de pareilles horreurs ? » Je suis rentré chez moi, ce soir-là, le cœur nav'ré. Par contre, Diaz (j'eusse préféré que l'éloge vînt de Daumier, et la critique de Diaz) s'enthousiasma pour ce même paysage, me serra les mains et me prédit le plus brillant avenir.

— Et le père Corot, qui accueillit les débuts de Pissaro ?

— Le père Corot dit un soir à Guillemet : « Mon l)etit Antonin, tu as joliment bien fait de t'échapper de cette bande-là ».

Je n'ai guère connu, à ces lointaines époques où nous vendions nos toiles quarante francs, qu'un seul amateur vraiment sincère et désintéressé, M. Chocquet.

Claude Monet nous retrace en quelques mots le portrait de Chocquet, fureteur clairvoyant qui, sans fortune, sut accumuler les meilleures choses de Van Gogh, de Cézanne, de Pissaro, ami véritable des peintres et de la peinture. « Je n'ai vu que Chocquet et Georges de Bellio qui fussent des amateurs, — non des spéculateurs. »

Claude Monet, à l'apogée de la gloire, ne se fait pas d'illusions. « Ceux qui nous prônent maintenant nous comprennent-ils mieux que les insulteurs d'antan ? Ah ! si l'on ôtait les signatures, lequel de tous vos snobs se risquerait à acheter « nos chefs-d'œuvre » ? Et puis, on exagère notre mérite. Et surtout, certains, parmi les jeunes gens des Indépendants, au lieu de chercher, ainsi que nous fîmes il va trente ans. ont le tort d'étudier de trop

D'autres noms :

— Vuillard, un œil très fin. Maurice Denis, un bien joli talent, et si roublard !...

Mais Monet, à qui il ne sied guère de s'aventurer sur ce terrain, préfère tisonner dans ses souvenirs, et nous ramène à l'époque héroïque.

« Dégoûtés des Salons et des Jurys, nous avions formé un petit groupe, exposant chez un marchand.

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