M"' MARCOTTE
i..\ serre
G. XICOLET — FivE o'clock;
tude en compagnie des plantes immobiles à l'abri du plein air et des brises effeuillantes; ses heures de travail doivent être e.xquises de calme, de poésie, la palette cherchant à égaler les tons vifs du modèle, et une telle série a la séduction de petits poèmes parfaits, on voudrait épigrajihier ces tableaux avec des sonnets d'anthologie : la couleur en est harmonieusement rendue, l'arrangement pittoresque et très sincère, ce sont des intimités de nature dont on subit l'emprise.
*\ L'artiste fait parfois des infidélités aux fleurs, et hausse son talent jusqu'à des figures au teint bistré, aux sillons de rides, le Vieux Jardinier, la Doyenne des Dentellières de Bruges ; cette toile importante est placée à côté d'un joli bouquet de lilas blanc, Hommage à la Fiancée, c'est le Matin et le Soir, c'est la Vie avec ses étapes tour à tour radieuses et attristées. M"'' Marcotte, dont le Musée de Bruxelles po,ssède déjà une Serre d'azalées, sera représentée en notre Luxembourg par un tableau qu'a choisi, lors de sa visite d'inauguration, M. Dujardiii-Baumetz.
E.xposiTiON G.\BRiEi. NicoLET (Galerie Georges Petit). — Un ensemble de peintures, d'aquarelles, de pastels, de dessins: malgré que sur un cadre soient inscrites les lettres fatidiques H. C. (hors concours) qui fait songer du Salon des Champs- Elysées, M. Gabriel Nicolet joue avec aisance du jiinceau, vêt délicieusement de rouge une jeune fille assise, noie dans l'ambre d'une chevelure
défaite un i)ui" profil de clarté, dresse une tèto de temme qui évoque les vers d'André Chénier :
un cou hl.uK, dclicat.
Se plie, et tic i;i neige ell'acerait l'éclat.
et sur son carnet de touriste a noté le gris subtil des oliviers d'Antibes, la pourpre rutilante des fleurs du Midi, l'éclatance soleilleuse de Nice avec le Paillon, un fleuve de cailloux où sèche du linge, et, d'une touche large d'aquarelle a, pendant une expédition au Maroc, portraituré des Arabes du Talifet, un ministre du Sultan.
En ses entr'actes de voyages il prend des modèles jilus près, et dans les immeubles qui bordent le boulevard Berthier, dont il expose une vue d'impression pittoresque et juste, il a sans doute trouvé ces élégantes, et raffinées, et coquettes Parisiennes, si bien expritnées d'un crayon léger que réhaussent de tendres colorations de pastel ; on ferait un album précieux de la femme moderne avec ces pages d'un tin sentiment, d'une jolie indiscrétion d'attitudes et de gestes, dans lesquelles s'ajoute à la gracieu- .seté de figures de keepsake le frémissement chaste et voluptueux à la fois de
la femme de Paris, ce cher iTijou charmant.
Exposition ^I.\rcel Cogxiet (Galerie Georges Petit). — La poésie inédite de Venise exprimée en une soixantaine de toiles, où ne se trouvent pas les motifs fastidieusement légendaires déjà tant de fois vus depuis Ziem jusqu'à Bompard et Allègre, en pa,ssant par Gaston Béthume et... tant d'autres, mais dans lesquelles sont rendues les émotions rares d'un artiste très personnel, ne suivant pas les canau.x frayés, allant au gré de sa fantaisie et de son goût vers les sites non encore vulgarisés, préférant le pittoresque des îles à l'éternelle place Saint-Marc, la station des petits vapeurs à celle des gondoles, les brumes matinales aux midi soleilleux, les maisonnettes fleuries aux palais du Grand Canal.
Les féeries des nuages empourprés d'aurore ou bleutés de crépuscule, les ciels très doux sur lesquels se silhouettent les clochers et les dômes, la morne étendue de la lagune où des voiles d'ocre frissonnent, les pâli bleus et les maisons rouges, la noirceur farouche d'un orage, le calme silencieux d'une nuit claire, — les modèles sont variés, l'impression demeure juste, et toujours cette atmosphère spéciale de Venise, limpide et vaporeuse, est exactement rendue. De petites toiles, enlevées en une séance.
dans l'instantanéité de l'effet fugitif, sont des notations précieuses, un carnet de voyage qu'on a plaisir à feuilleter, des pages où l'on retrouve aisément le charme du souvenir. Dans la monographie qui se pourrait faire de « Venise ])ar les artistes », M. Marcel Cogniet mérite d'être mis en bonne place.
MArRICE GriLI.EMOT.
G.^LERiE Georges Petit. ^ Société Internationale d'Aquarellistes. — Les trente artistes environ, qu'une nouvelle Société, fondée par notre collaborateur Maurice Guillemot, réunit aujourd'hui chez Georges Petit, semblent bien n'avoir eu pour se grouper ensemble d'autre raison, ni d'autre affinité qu'une cominime sincérité. Leurs réputations, comme leurs mérites, sont inégaux. Presque tous, cependant, ont atteint cette maturité que donnent le travail et la réflexion. Quelques-uns touchent à la maîtrise.
Les envois de Mackic et ^lathewson, deux talents mélancoliques, peut-être apparentés au discret impressionnisme de Cazin, le Sidaner ou Meslé ; les imageries originales de Kandinski ; les compositions claires et mouvementées de Romberg ; l'excellent Village de Pécheurs en Cornouailles de Ertz; un important tiavail de Hagemans ; VÉté d'Osterlind et sa Rentrée des Récoltes ; les fraîches notes de Titz ; de Horton : les plus subtiles études de fumées et vapeurs, et notamment les Berges de la Seine au chantier du Métropolitain, un Effet d'Après- Midi d'une couleur métallique et pointant harmonieuse qui fait songer à Sisley, une Fcte à Venise, enfin, discrète et précieuse ; de diffus et savoureux lavis de Bourget ; de nerveuses études de Maufra ;
MARCEL COGXIET — vexise
les silhouettes vivantes que Gabriel Nicolet rapporte du Maroc ; les paysages sylvestres et les marines bretonnes d'OUivier ; les souvenirs de voyages de Sheidecker; les pages simples et violentes où Adrien Lemaître affirme sa vision sincère et profonde par l'ampleur des horizons, la rudesse des terrains, la tourmente des nuages ; — tous ces témoignages émis de recherches individuelles composent un ensemble solide parmi lequel le public averti aimera reconnaître, à l'éclat dont ils brillent, les noms de Bartels, Cadenhead, Delestre, Deconchy, Detroy et Gaston Prunier.
Et, bien que ce ne soit ici que la plus sèche des nomenclatures, il faut dire le sobre, puissant réalisme de Bartels qui, dans sa Femme bretonne mourante, évitant toute mesquinerie anecdotique. sait corriger un sujet douloureux par une incomparable richesse d'exécution. Son métier d'aquarelliste, soutenu par des touches de gouache, est solide comme une peinture à l'huile.
Placidement ouvert sur une nature un peu fruste, l'œil de Cadenhead accepte ce qu'il voit et sa main l'exécute avec sûreté. Il y a une probité scientifique dans ses larges tableaux. Son Paysage du Soir et son Bois de Bouleaux sont d'une grandeur nue.
Le Portrait du Peintre Loiner, par Ale.xandre Zezzos, est un chef-d'œuvre.
Je louerais Les Tartanes, pareilles à de grands oiseaux, et la Rade d'Agay si ces deux franches études ne faisaient plus que confirmer la maîtrise du bel artiste qu'est Léon Detroy.
Et si j'ai réservé pour la dernière ligne le nom de Gaston Prunier, c'est afin qu'il y prenne tout le relief qu'il mérite à mes yeux. On admire en lui l'àpreté de la couleur, surprenante à ce degré chez un aquarelliste. Elle imprègne le papier. Elle y pénètre, comme un acide. Par une simplification naturelle, il obtient dans ses paysages un caractère émi. nent de généralité. Une beauté cosmique s'en dégage. Certaine uniformité dans le sombre et le tourmenté, qui lui est familière, rend plus sensibles " quelques vifs mouvements vers la lumière », d'une délicatesse subtile. Grâce au « sens primordial de la construction », que M. Roger Marx a reconnu chez lui, Gaston Prunier suggère l'ossature du monde. Les solitudes où se plait sa contemplation ont une taciturnité primitive.
Citons encore Faber du Faure, Sureda, Crawshaw, H. des Méloizes; un ensemble très intéressant et inédit.
Jacques Copeau.