PISANELLO
MEDAILLE D I. DE RIMIXI
pour utilité actuelle que la conviction
Il viendra pourtant un jour où. après avoir tout invente autour de lui, l'homme inventera entîn... l'homme. Il aura des règles précises ou des instruments délicats, pour mesurer ses perceptions, modérer ou exalter son fluide et .son rayonnement, adapter sans déperdition et sans erreurs de direction ses forces diverses. Alors, on comprendra bien plus nettement pourquoi telle action correspond plutôt avec telle forme qu'avec telle autre : on lira à livre mieux ouvert la signiiication de tant de rapports divers entre les lignes et les mouvements du visage. Enfin, l'on saura mieux les correspondances qui existent entre l'homme et ses frères dits inférieurs, les animaux.
Ce jour-là, s'il subsiste encore des dessins, des médailles et des peintures de Pisanello, ce maître apparaîtra comme un grand précurseur, et on lui reconnaîtra le considérable mérite d'avoir sinon expliqué toutes ces questions, du
X rmiT un maître fort étrange, qui ne nous a dit son ^ ]iremier mot qu'il y a relativement peu d'années, et qui ne dira sans doute son dernier mot que plus tard, quand la science de l'homme et de l'être vivant sera devenue plus iiroionde et jilus subtile qu'elle ne l'est encore en ce moment.
Le visage humain, la jihysionomie de l'animal, sont encore pour nous en grande partie des énigmes que nr>UN déchiffrons péniblement. Nous croyons avoir tout dit quand nous avons appliqué à ces traits et à ces formes à la fois permanents et changeants quelques épithètes sentimentales. Les études de Lavater, puis celles plus solides de Mantegazza, de Gratiolet, d'Eugène Mouton, de Darwin, ont à peine .soulevé le voile, ou plutôt elles se sont bornées à constater que le visage était une force voilée, et son action les plis et les agitations de ce voile ; c'est déjà quelque chose et ce n'est rien. La comparaison des expressions avec la parole n'a guère du mensonge. ■. . . .
Ci. Giraudon,
MÉDAILLE D'I. DE RIMINI (Revers)
moins de les avoir posées, et s'il n'a pas tout compris, d'avoir su garder l'essentiel.
Il est probable qu'instinctivement c'est parce que nous vivons dans un âge de science, ou plutôt d'aurore de science, que nous nous sommes avisés de la grandeur et de l'importance de ce maitre. totalement négligé par ceux qui vécurent dans un âge d'académisme. Cependant, ses contemporains lui firent grand honneur ?... Mais oui. cela s'accorde tort bien. Ils jouirent de la richesse des couleurs (Vasari attribue tout le succès de ses fresques de Saint-Jean-de-Latran à un certain outremer sans pareil) ; ils s'amusèrent, comme des enfants, du naturel des animaux et de la finesse des brins d'herbe ; ils regai^dèrent, en sujets prudents, les traits véridiques de quelques-uns de leurs sauvages, impétueux, impulsifs, galants ou monstrueu.x princes ; et quand les enfants regardent des images et s'en amusent ils ont toujours rais(jn. Ils pensent et ressentent des choses profondes que le jeune homme ou l'homme imbu de formules clichées et de préjugés éducatifs ne sait plus ressentir. L'enfant est plus près du grand savant qui a longuement vécu et observé que de l'homme infatué ou aveuglé qui croit tout savoir. Aussi, un homme comme Pisanello ne pouvait être compris et aimé au temps où l'art avait complètement divorcé avec l'esprit critique et scientifique. On le méprisait comme un primitif, on recommence à l'interroger comme un devancier.
Mais ce dédain est cause de la perte de maintes grandes œuvres précieuses, et de l'ignorance (punit aux principaux faits de sa vie et au.x traits significatifs de sa personnalité.
Nous ne savons guère que ceci. Il serait né à Venise, en 13S0, et aurait vécu à Vérone où il a considérablement œuvré ; il aurait voyagé entre Milan, Mantoue, Feirare, Rome, Naples. (Jn sait ses travaux dans la jilupart de ces cités, mais ces travau.x sont détruits. Vasari lui diinne comme maître Amlrea del
COSTTMH DE COUR Fragment d'une uquaielle île PISAXKt.I.Cl
Oiihé Gifiiiidcu.
l'ador.\tiox des mages d'après la peinture de PISAXKLLO
Castagno, à qui il ne ressemble guère. Toutefois, ses affinités ou ses, origines florentines tn tant que peintre sont indéniables, mais à un certain point de vue singulier : l'empreinte de Giotto et d'Orcagna, enrichie d'une couleur vénitienne, amenuisée par une délicatesse d'orfèvre, précisée par un souci de détail qui est le propre d'un savant, d'un naturaliste aigu et passionné, voOà tout ce qui frappe en Pisanello, voilà tout ce que l'on sait, et après tout, ce qu'il importe de savoir — et pour le reste, il n'y a qu'à laisser parler ses médailles, ses rarissimes peintures, et les incomparables dessins du recueil Vallardi, un des joyaux les plus précieux, et peut-être encore les moins connus, de notre Louvre.
Ce recueil est en même temps un document et un trésor d'art d'iuie valeur extrême. Semblable à cet autre cahier, qui chez nous jeta une si vive lumière sur notre ancien art français, l'album de Villard de Honnecourt, il est extrêmement varié et on voit s'y succéder les notes prises devant des maîtres admirés et les inventions ])ersonnelles. Tels grands dessins à la plume, repré.scntant de caractéristiques profils, austères ou candides, de dames, de clercs, de pontifes, des guerriers, des musiciens dénichés dans quelque fresque de Giotto ou de son école, ou de l'auteur grandiose de la Chapelle des Espagnols, sont comme un tribut et un hommage à l'art, rendu par un disciple qui est lui-même un maître. Tels dessins d'animaux,
étudiés av'ec amour, exprimés avec un magnifique entêtement, montrent Pisanello sous son aspect vraiment personnel. La première série de ces dessins peut, à la rigueur, permettre de se rendre compte de ce que purent être, comme style, les grandes décorations disj^arues de notre artiste, ou tout au moins celles qu'il s'était assignées comme modèles : sévères et simples, avec de la grandeur. La seconde série montre de quels matériaux exquis il s'approvisionnait pour enrichir ces œuvres de mille détails raffinés, et jiour faire circuler entre les nobles silhouettes de ses personnages hautains, tout un fourmillement de vie.
Ils sont, ces dessins d'animaux, des choses si véridiques et si délicates, que l'on s'étonne de les voir traités du Louvre avec une certaine indifférence. Nous sommes peut-être trop riches. De plus pauvres que nous auraient recueilli pièce à pièce et encadré avec les jilus grands égards, pour les offrir séparément au.x admirations qui passent, et aux studiosités qui méditent, ces merveilles de patience et de vie, — qui demeurent insouciamment entassées en un album dont jier.sonne, ou presque personne, ne tourne les feuillets.
Tout est beau en ces dessins d'animaux : la