‹ L'art et les artistesChapitre 15 sur 18 · EN PEINTURE · texte numérisé non relu

EN PEINTURE

Dans l'univers règne un ordre sublime. Ce qui nous paraît désordre : sécheresse, pluie torrentielle, orage, tempête, épidémie, ne sont que des accidents qui n'ont aucune influence sur la marche générale, sur le mouvement vital de l'ensemble des choses.

Dans le système social, ordre et régularité sont des qualités indispensables ; le désordre, l'anarchie sont des accidents redoutables qui peuvent tout aussi bien amener le règne de la réaction que le règne du progrès. Il ne faut pas toujours considérer les révolutions comme des accidents, mais bien plutôt comme des mouvements que fait le corps social pour arriver à rompre l'équilibre1 des diverses forces qui le

1 L'équilibre, c'est l'absence de mouvement, le statu quo ; or, comme progrès signifie marcher, aussitôt qu'il y a équilibre dans les forces sociales, il se fait un temps d'arrêt funeste au développement des idées : de là, la nécessité des révolutions, qui rompent l'équilibre.

l'ordre et la correction

composent; de sorte que les révolutions, en thèse générale, sont les moyens employés par la société pour trouver un ordre plus parfait, une régularité plus rationnelle, et peu à peu la justice, qui est Tordre idéal.

La vie de l'homme est tout irrégulière; il n'y a que les deux points extrêmes de son existence qui appartiennent réellement à Tordre général de Tunivers, sa naissance et sa mort. Il vient, il s'en va, peu importe à quelle heure et comment; mais du jour où la nature Ta fait être jusqu'au jour où elle le reprend, il est sujet aux accidents de toute sorte et il existe dans un véritable désordre permanent. Libre, il se meut ça et là, en proie aux maladies, sujet à des maux imprévus, un accident toujours suspendu sur sa tête, arbre, tuile, fluide électrique, rayons concentrés du soleil, le froid, l'humidité, tous ennemis mortels de hasard.

On peut donc dire qu'il n'y a d'ordre et de régularité que dans l'ensemble des choses, ordre dans le mouvement général de Tunivers, recherche de Tordre dans le mouvement général de la société; accidents dans les détails de l'existence de ce même univers, accidents dans l'existence de Thomme et de tout ce qui vit.

Descendons encore d'un degré cette échelle de la vie et pénétrons dans le cerveau de l'homme.

Là, nous trouvons les mouvements de l'intelligence et de la volonté : réflexion, combinaison, calcul; puis, toute la série des sensations. On peut faire du cerveau deux divisions bien caractéristiques : ici, les sciences, et là les sen-

sations, c'est à dire tout ce qui s'acquiert par le travail et tout ce qu'on possède par impression naturelle.

Les sciences ont des bases réelles, la raison, la combinaison et le chiffre : c'est l'ordre; les sensations sont subordonnées aux accidents, aux mouvements extérieurs de la nature, à tout ce qui est en dehors de l'individu : c'est le désordre. Par l'étude de la réalité, et le calcul, et la combinaison, et les conclusions logiques, la science, progressant régulièrement, étend tous les jours le champ de ses explorations. Les sensations restent subordonnées au hasard, dans un désordre sans fin ; et il n'y a que la raison et le chiffre qui puissent leur donner une sorte de régularité factice que le moindre accident vient détruire.

Il y a donc dans l'univers et dans l'homme une dualité de vie qui se manifeste à tous les instants, et nous ne pouvons pas faire qu'elle ne soit pas. C'est le fond de tout ce qui est et comme l'âme des êtres et des choses.

Le travail social consiste à vouloir établir une pondération dans l'ensemble des idées, et à mettre d accord la sensation et la raison; on cherche l'idéal pour s'en approcher le plus près possible, non pour l'atteindre, car il recule à mesure que nous avançons vers lui. Du jour où nous l'atteindrions, l'humanité s'arrêterait, son rôle serait fini. Mais peu à peu, à mesure aussi que la science prend de la stabilité, c'est à dire à mesure que la raison et le chiffre deviennent les conducteurs et les gouverneurs de la société,

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