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INTERIEUR HOLLANDAIS

TABLEAU DEPIETER DE HOOCH a la National Gallery

A-Quantin Imp Edit

PIETER DE HOOCH

usqu'a présent on ne savait rien de Pieter de Hooch, si ce n'est qu'il fut un peintre admirable.

Ses œuvres sont des plus recherchées.

Depuis longtemps les amateurs en font un cas tout exceptionnel, les artistes ne prononcent son nom qu'avec une vénération très marquée et cependant on ne connaissait fien de sa vie.

Notez que cette estime, ce respect, cette admiration ne sont point une affaire d'engouement. Ce grand homme ignoré est un maître complet, dans le sens le plus absolu du mot. Et, bien qu'il se soit constamment maintenu dans la peinture de genre et limité à des tableaux de chevalet, il égale les plus vastes maîtres, et dépasse, comme technique, beaucoup des plus fameux.

Ajoutez que, dans cette sphère restreinte où il s'est taillé une place si intéressante, il est peu de sujets qu'il n'ait abordés, et tous ceux qu'il a traités, il a su les

ennoblir. On dit communément qu'il est un peintre d' « intérieurs )> ; mais il excella aussi dans « le plein air» et son chef-d'œuvre le plus merveilleux serait sans doute ce petit Jai^diji du musée van der Hoop. si son immortelle Partie de car^tcs du Louvre et la délicieuse Conrcrsation de la National Gallcry, que nous reproduisons en tête de cette notice, ne tenaient la décision en suspens.

Son procédé, il est vrai, varie peu, et sa façon d'entendre la composition de ses tableaux reste toujours un peu la même. — J'en demeure d'accord. — Tous ceux qui s'occupent d'art connaissent les contrastes à la fois délicats et violents d'ombre et de lumière qui constituent sa manière. Ses premiers plans baignent généralement dans un doux clair-obscur; ils reposent dans une pénombre discrète, pendant qu'au fond de la composition, une échappée ouvrant sur un vestibule ou sur une cour fait vibrer les clartés resplendissantes d'un magique coup de soleil.

Mais combien d'autres ont cru qu'ils pouvaient, eux aussi, user de la surprenante magie de ce rayon de soleil, et ont échoué dans leur intention de pastiche ! Combien ont réussi à le copier? — Pas un. Remarquez, en outre, que cette unité apparente de procédé est empreinte ellemême d'une variété inouïe ; car il ne viendrait à personne ridée de trouver l'œuvre de Pieter de Hooch monotone.

Et, du reste, si son procédé se répète, ses motifs, eux, ne se répètent pas, et quoique tournant dans un cercle étroit, demeurent toujours attachants et sympathiques. En outre, il est si vrai, si sincère, et en même temps si recueilli, le charme qu'il répand sur son œuvre a un tel caractère d'exquise intimité, d'austère tranquillité, de calme honnête, qu'en contemplant ses tableaux, il semble qu'on

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participe aux douces joies de ce home hollandais, dont il nous dévoile les aimables mystères.

Je ne dis rien de sa technique qui est admirable. Je me borne à signaler ses qualités morales, parce qu'elles sont l'expression exacte du caractère de son pays, et que dès lors il est curieux que la Hollande du xvir siècle se soit si peu préoccupée d'un artiste qui savait si bien la comprendre, si bien la traduire, et la peindre avec tant de vérité.

Aucun document cependant, aucune date, n'avaient été consignés par ses contemporains. Dès le siècle dernier, on en était réduit à des conjectures sur son lieu de naissance. (( Le mérite de Pieter de Hooghe dans son art, écrivait le critique De'scamps* à son retour des Pays-Bas, nous fait regretter de n'avoir pu découvrir aucune particularité de sa vie. De ce qu'il l'a passée en Hollande, on conjecture avec assez de probabilité qu'il y a pris naissance ^ )> Pilkington, qui s'était trouvé dans le même embarras, n'avait point osé, lui non plus, trancher la question d'origine; mais, moins scrupuleux pour Tàge, il avait bravement inv-enté une date de naissance, 1G43,

1. Vie des peintres flamands, Paris, 1760, t. III, p. 162 et siiiv.

2. Il semble que Descanips en cette circonstance ait péché un peu plus que d'habitude par ignorance ou par légèreté. Le nom de Pieter de Hooch est en effet un nom essentiellement hollandais, et qui aurait certainement suffi à un biographe moins superficiel pour déterminer la nationalité et le pays d'origine de notre artiste. D'autant mieux que ce nom de Hooch ou de Hoog comme Descamps l'écrit lui-même n'est pas pas, en dehors de notre peintre, ignoré dans les arts. On connaît en effet un très habile graveur en lettres sculptor litterarum, comme on disait à cette époque, qui portait le nom de Cornélius de Hooghe et qui, en 1569, grava pour Plantin une Exercitatio alphabetica nova et utilissima, renfermant toute une série d'encadrements de pages d'une étonnante variété, et d'une richesse incomparable. Il y a ensuite Romeyn de Hooghe dont les ouvrages sont trop connus pour qu'il soit besoin de les rappeler ici.

qui, faute de mieux, fut longtemps acceptée comme article de foi. Il fallut qu'Immerzeel, dans ses Levens en Werken dcr Hollaudschc Kunstschildet^s et M. YiWoi dans sa Notice des tableaux du musée du Louvre, fissent remarquer qu'il existait des œuvres fort belles du maître, datées de iG58et annonçant un talent en pleine maturité, pour qu'on renonçât à cette date de fantaisie*. Vers le même temps, une note publiée par un journal artistique hollandais, le Xeder^laudscJie Kuustspiei^el et recueillie par M. C. Kramm, le continuateur d'Immerzeel vint annoncer au monde savant que « Pieter de Hooghe était vraisemblablement né en 1628 -. » Sur quel témoignage, sur quel document s'appuyait cette présomption ? Personne ne le sut alors et je n'ai pu le découvrir depuis. C'étaient, sans doute, pour parler comme M'"* de Staël (( des commérages de docte compagnie. » Néanmoins cette date fut acceptée avec enthousiasme par M. A\^aagcn et par notre compatriote Burger.

M. Waagen, critique très ingénieux, mais peut-être un peu surfait, était possédé de la furie des systèmes. Pour lui, toute peinture hollandaise, du moment où elle était ensoleillée et empâtée, avait été inspirée par Rembrandt, et celui pour qui on la revendiquait devait avoir fréquenté l'atelier du maître.

Or, pour Pieter de Hooch, sa naissance en i()43 ne permettait pas cette hypothèse; c'est pourquoi 1628 fut salué avec respect par l'écrivain allemand, qui, dès lors,

1, Avant eux, Gault de Saint-Germain (dans son Guide des amateurs de tableaux, Paris, 1818, t. I, p. 74I, frappe sans doute de la contradiction qui régnait entre ces deux dates trop rapprochées, s'en était tiré par un ingénieux sous-entendu. « Pierre de Hooghe, nous dit-il, vivait en i(")48 et tlorissoit en 1660. »

2. Noir Kramm, Levens en W'crkcn dcr Konstschilders en scliilderesscn.

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put comprendre la biographie de notre peintre parmi celles des élèves du maître, et déclara hautement que Pieter de Hooch appartenait à la « postérité artistique de Rembrandt^ ».

Quant à notre ami Burger, qui, dans sa fréquentation de M. Waagen, avait contracté les mêmes préoccupations, il allait encore plus loin et s'écriait avec une naïve conviction, dont il lui faut tenir compte : « Si, en effet, Pieter est né vers 1628, rien ne s'oppose plus'- à ce qu'il ait travaillé chez Rembrandt, et ce dut être à peu près en même temps que Nicolas ^laas, autour de i65o. )>

C'était, on le voit, aller un peu vite en besogne. J'admets volontiers que les tableaux de Pieter de Hooch sentent bien plus les inspirations, les conseils, les enseignements, ou tout au moins les influences de Rembrandt, que ceux de Berghem, qu'Houbraken % Descamps et beaucoup d'autres à la suite lui ont sottement donné pour maître. Mais il pouvait se faire qu'il ne fût disciple ni de l'un ni de l'autre. Smith ^ l'avait bien pressenti quand il révéla les affinités qui le rapprochent de Van der Meer de Delft et deCarel Fabritius. C'est, en etTet, entre ces deux maîtres qu'il gravita, pendant cette période de l'existence où le talent se forme ; et si Pieter de Hooch ne fut point, comme Smith l'a cru, l'élève de \'an der Meer, il fut du moins son camarade d'école, et il est fort croyable qu'il reçut ses conseils aussi bien que ceux de Fabritius.

1. Manuel de lliistoire de la peinture en Allemagne, Bruxelles, i863, t. III, p. 3i.

2. Les Musées de Hollande (musée Van der Hoop). Bruxelles, 1800, t. II, p. 57.

3. \oir de Groote Schouburgh der Nederlantsche Konstschilders. Amsterdam, 1719, t. II, p. 35.

4. \'oir le Catalogue raisonné of the works of t/ie most cmincnt dutch and Jlemish painters. Londres, i833, t. IV, p. 218 et le supplément, page 373.

Ajoutons que Smiih ne fut point le seul à chercher, en dehors de Rembrandt, le secret de la peinture lumineuse, de la pâte onctueuse et solide de Pieter de Hooch. M. Charles Blanc, lui aussi, demeura sur une prudente réserve. L'auteur de V Histoire des peintres se garda bien de trancher un problème dont les termes étaient encore enveloppés d'une obscurité profonde.

Quant à M. Dubourcq, Tauteur du catalogue du TrippenhiiiSy il ne montra pas moins de circonspection et se déchargea sur Burger de toute responsabilité.

Nous allons voir combien tous trois avaient raison.

Pour avoir été le disciple de Rembrandt, il aurait fallu que Pieter de Hooch étudiât à Amsterdam. Or il y a six ans de cela, en déchilTrant un manuscrit de la Bibliothèque ro3'ale de la Haye, le Meestersboek, ou livre de maîtrise de la gilde de Saint-Luc de Delft, j'avais découvert la mention suivante :

mention qui ne laissait aucun doute sur le lieu où Pieter de Hooch fit son apprentissage.

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Pour plus de commodité je transcris :

Schilder deji 20 septemb. 16SS heeft hem alsmeester dœn aentefckenen Pieter de Hooch, sfnde vreemt heeft op het recht betaelt 3 gui,

i656 Den i january noch 3 ^uL

Rest noch 6 irul.

Rest noch 2.1J.0

Alsoo i65j 3 gui. betaelt heeft en 3 stiivers.

Et je traduis :

(c Peintre, le 20 septembre i655, est inscrit comme maître, Pieter de Hooch, étant étranger, sur le droit il a payé 3 florins, le i" janvier i656 encore 3 florins. Reste encore 6 florins, — reste encore 2 florins, 17 sols, o deniers. Enfin, en ibSy, il a pa3^é 3 florins et 3 sols. )>

Ainsi donc, comme cette réception dans la gilde de Saint-Luc avait du être précédée d'un apprentissage légal de six années, le lieu d'enseignement se trouvait déterminé d'une façon certaine, et on devait définitivement renoncer à la filiation rcmbranesque qu'on avait cherché à établir.

Ce premier point acquis, il nous fallait retrouver quelques autres dates, pouvant servir de jalons à une restitution biographique. La date de sa naissance était, par ordre chronologique, celle qui s'offrait la première à notre esprit ; mais la chercher sur les registres de Delft était inutile, puisque nous savions, par la mention du Meestersboeck, que Pieter de Hooch était étranger à la ville. Nous en étions donc réduits à attendre qu'un hasard heureux nous mît sous les yeux quelque nouvel indice capable de nous faire ressaisir sa trace. Le hasard se fit attendre quatre ans. Et ce n'est que lorsque nous

nous décidâmes à dépouiller méthodiquement les registres de l'état civil, pour écrire notre Histoire de la faïence de Delfty que nous découvrîmes dans celui des registres des mariages de l'Eglise réformée^ qui porte le n° 45, la déclaration suivante, dont voici le calque et qui devait nous fournir de nouveaux indices pour continuer notre travail de restitution :

Jc traduis de suite :

« Du 18 avril 1654 — Pieter de Hoogh, jeune homme, Rotterdam, et Jeannette \i\n den Burch, jeune fille sur le Biuneiuvatersloot. » La note marginale nous apprend en outre que le mariage fut célébré le 3 mai de la même année.

Ainsi donc Pieter de Hooch appartenait à l'Église réformée; le 18 avril 1654, il fit publier les bans de son mariage avec une jeune fille nommée Jeannette A'an der Burch; celle-ci demeurait alors sur le Binnemvatersloot, canal qui existe encore à Delft, et de nos jours aboutit près de la station du chemin de fer; enfin Pieter de Hooch à cette époque était « jeune homme », c'est-à-dire qu'il n'avait point encore été marié; de plus il était originaire de Rotterdam.

Ce dernier point, toutefois, ne laissait pas que de présenter une certaine obscurité, obscurité résultant de la double rature qu'on peut voir avant le mot Rotterdam. La

I. Ilmvclykslcggcr win de i^crcfonnccrdc Kcrkcn, n° 4^, aux ar chivcs de Dclù.

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première indication tracée avait été tot^ c'est-à-dire <3, voulant dire « habitant à )> ; Pieter n'habitait pas Rotterdam, nous le savons. Donc rien d'étonnant qu'on ait rayé cette première préposition. Au-dessus on avait écrit raji, c'est-à-dire de^ ou originaire de. et cette mention avait été également rayée. Cette double rature cachait assurément un mystère qu'il nous était impossible d'éclaircir pour le moment.

Avant de courir à Rotterdam fouiller les archives de l'état civil pour faire le jour sur ce point nébuleux, je crus de mon devoir de chercher si ce mariage n'avait point laissé de traces palpables. Le domicile de la famille Van der Burch se trouvant sur la paroisse de VOiidekerk, c'est-à-dire de la vieille église, je fouillai les livres de baptême de cette église et dans le Doopboek n° 3, à la date du 2 février i655, je trouvai la déclaration que voici :

— iiEen Kiiit genaemt Pieter, vader Pieter de Hoogh^ moeder Jannettje van der Burch, get : Heyndrick van Burch Jaquemyntjen van der Burch. »

C'est-à-dire :

« Un enfant nommé Pieter, père Pieter de Hoogh, mère Jeannette Van der Burch, témoins Heyndrick A'an der Burch, Jacquemine Van der Burch. «

J'avoue à ma honte, qu'en voyant cette date si rapprochée du mariage, j'eus la curiosité de calculer sur mes doigts si notre peintre n'avait pas anticipé sur les droits du mariage, ou si sa femme ne s'était point trop hâtée de mettre au monde un petit Pieter. Mais, si Ton réllcchit

yo L'ART HOLLANDAIS.

que de mai a février, il y a deux mois de 3i jours qui se suivent, on reconnaîtra bien vite que tout se trouvait en règle, et que les 270 jours moralement exigibles, étaient exactement révolus. Cette assurance acquise, je remarquai en outre que la mention ci-dessus renferme quelques précieux renseignements ; car elle contient certains détails sur la famille de la jeune M"'^ de Hooch.

Cet Henderick Van der Burch, le beau-père de Pieter, que nous voyons, selon l'usage traditionnel, assister au baptême de son petit-fils, n'est pas un inconnu pour nous. On peut retrouver son nom dans Y Histoire de la faïence de Delft^. C'était en ellet un faïencier. Jadis, en iGiO, le 11 janvier, il s'était fait admettre dans la ailde de Saint-Luc et avait obtenu son brevet de maîtrise, sous le nom de Henderick Bockelsoon, c'est-à-dire Henderick, fils de Beuckel, car à cette époque (ainsi que je l'ai déjà expliqué à propos de Mierevelt), la petite bourgeoisie hollandaise se contentait encore, suivant la vieille coutume, de faire suivre le nom de baptême du prénom paternel mis au génitif et accompagné du mot ;^oo;/ (tils), le uîoç des Grecs. Henderick Boeckelsoon avait droit cependant à ce nom de ^'an der Burch, car il était fils de Beuckel \i\x\ der Burch et de Catharina Pieters. Peut-être abdiqua-t-il son nom aristocratique à cause de sa pauvreté, qui l'obligeait à chercher fortune dans l'industrie; peut-être aussi à cause de sa religion, car il était un anabaptiste forcené et fut même, dans la suite, l'un des membres les plus inlluents de la secte des

I. Histoire de la faïence de Delft, Paris, 1878, p. 200. Depuis la publication de cet ouvrai^e, j'ai dccouvert aux archives royales de la Haye, dans le département des « chambres des orphelins » {Mouboir en Wecskamers) de nombreux documents relatifs à cet Henderick Boeckelsson Van der lîurch. Tous le montrent comme un personnage riche, important, et qui joua un certain rôle dans sa ville.

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Mennonites ou Waterlaenders^ établis à Delft. Toujours est-il que, devenu riche, Henderick reprit le nom paternel et que son fils, auquel l'année même du mariage de Jeannette avec Pieter de Hooch, il avait cédé son établissement de faïencerie, situé sur le canal appelé VOosteî?ide, se fit inscrire dans la gilde de Saint-Luc, sous le nom de Beuckel-Heyndrikse Van der Burch.

Ainsi donc, Pieter de Hooch avait fait un mariage honorable à tous égards. Edifié sur ce point, je continuai mes recherches, et je découvris que l'année suivante le jeune ménage avait encore eu un enfant. Cette fois c'était une fille. Le garçon avait reçu le prénom paternel, il était naturel que la fille portât celui de sa mère ; on la nomma donc Anna. Voici, du reste, l'inscription telle que je l'ai relevée sur le Doopbock^ à la date du 14 novembre i656 :

« Een Kint genaemt Awia, Vader Pieter de Hooch, 77toeder Anna van der Burch : get. Heyndrik de Hooch y Divertgen Jochems, Sii^anna Borgers. »

Je traduis :

<( Une enfant nommée Anna, père Pieter de Hooch, mère Anna Van der Burch, témoins : Heyndrik de Hooch, Dievertgen Jochems, Suzanna Borgers. »

Puis, après cette mention, plus rien. Plus trace de notre artiste sur les registres de l'état civil. Que devint-il ? Il quitta Delft, car le mot vertroken (parti) tracé sur le

I, Les anabaptistes de Delft étaient divisés en deux églises : Les anabaptistes rianiands et les anabaptistes frisons ou watcrlaenders , appelés encore Mennonites. Hendcrich Van der Burch appartenait à cette seconde église, et il était directeur de la chambre des pauvres de sa secte. A ce titre, il signa, au profit des exécuteurs testamentaires de Mierevelt, un reçu de 600 tiorins, que j'ai retrouvé parmi les papiers successoraux de celui-ci.

tableau de la corporation à côté de son nom nous apprend qu'il s'en est allé sans intention de retour. A quelle date faut-il fixer ce départ ? Sans doute vers la fin de iGdj. C'est cette année-là qu'il acheva d'acquitter son droit d'entrée dans la gilde, il ne s'était donc point éloigné auparavant. D'un autre côté, ses premières oeuvres, régulièrement signées et datées, sont de l'année i658; il paraît assez probable que c'est en arrivant dans sa nouvelle résidence, où il était moins connu, qu'il prit l'habitude de signer ses tableaux.

Remarquez, en passant, que son mariage ne l'avait point enrichi. La difficulté qu'il eut à se libérer avec la gilde l'atteste assez. Peut-être même est-ce la gêne qui le chassa de Delft.

Un indice qui nous prouve, du reste, le peu de durée de son séjour dans cette ville etconibien il 3' passa inaperçu, c'est le silence absolu que Bleyswijck garde à son endroit. Ce secrétaire de Delft, si amoureux de ses gloires de clocher, si bien renseigné sur toutes choses, qui énumère avec une complaisance spéciale tous les artistes qui sont nés ou qui ont séjourné dans sa chère cité, paraît avoir ignoré la présence de Pietcr de Hooch dans sa ville. Pas une ligne, pas un mot, dans ce volume de 900 pages qui ait trait à notre artiste. Or la Beschrj-vini^c^ parut en iGliy. Ble^^swijck dut commencer à rassembler ses matériaux vers 1660. De Hooch, à cette époque, devait donc avoir quitté la ville déjà depuis quelque temps pour que l'historiographe de Delft ait oublié de mentionner sa présence.

I. Renier Roitct qui, en 1729, donna une nouvelle édition très amplifiée de la description de lileyswijck Voir Beschryving dcr Stad Delft bclicl^cndc ccn ^t'cr naukcuri^c en uitvoerige verhandeling, etc., garde le même silence et ne dit pas un mot de notre peintre.

PIETER DE HOOCH.

Il resterait à savoir où il alla se fixer. Ici la nuit recommence, ses traces se perdent et il nous faut encore compter sur un hasard heureux pour ressaisir l'écheveau de cette existence ténébreuse. M. A. Van der Willigen, dans son excellent livre sur les artistes de Haarlem^, mentionne un Pieter de Hooge qui, de 1669 à 1670, habita Haarlem à la Groote houtpoort^ où il mourut le 28 février 1681, et il s'écrie : « S'agit-il ici de notre célèbre peintre ? )>

Il est assez malaisé, on le comprendra, de répondre à un pareil point d'interrogation. Toutefois, depuis le jour où M. Van der Willigen l'a posée, la question a fait un grand pas. Nous savons aujourd'hui le nom de la femme de Pieter de Hooch. Si donc sur les registres mortuaires de Haarlem, nous trouvions le nom d'Annette \d.n der Burchen face de cette date du 1 1 septembre 1680, donnée par M. Van der Willigen comme date de la mort de la femme de Peter de Hooch, il semble que le problème approcherait singulièrement de sa solution.

Étant à Haarlem, je soumis cette observation à l'ai-

I. Les Artistes de Haarlem, notices, etc., la Haye, Martinus NijhofT, 1870, p. 180. — Voici la note que M. Van der Willigen consacre à Pieter DE Hooch. « Le célèbre peintre signait P. de Hooch, mais comme on apportait autrefois fort peu d'importance à une orthographe exacte, on trouve son nom écrit aussi de Hooge. — Il demeurait hors de la porte, dite groote houtpoort, et paya pour Tannée iGôg-iôyo la somme de 45 florins en contributions personnelles. — Il est décédé à Haarlem en 1681. On trouvé sur le registre des décès : 28 février 1681, demandé une ouverture de tombeau dans l'église de Saint-Bavon pour Pieter de Hooge, au côté bas du chœur n" 4 : 4 fl. — Son épouse fut enterrée dans le même sépulcre, le 11 septembre i')8o. — S'agit-il ici de notre célèbre peintre r »

mable archiviste de la ville. M. Enschedé voulut bien alors ordonner des recherches, mais elles n'aboutirent qu'à constater l'insuffisance de la mention mortuaire, laquelle porte seulement, à la date fatale, l'inscription de « la femme de Pieter de Hooge ».

Nous voilà donc tenus à la même prudence qu'auparavant, et cette prudence est d'autant plus indispensable, qu'on ne peut s'empêcher d'objecter, que si notre Pieter de Hooch avait habité Haarlem à l'époque qu'indique M. ^'an der Willigen, il y aurait certainement fait de la peinture, puisque c'est le moment où il commença à signer et à dater ses tableaux. Dès lors, nous retrouverions son nom mentionné sur les registres delagilde de Saint-Luc. Or non seulement ces registres sont muets, mais encore les notes précieuses laissées par V. L. A'an de Vinne, et qui fournissent sur les artistes de Haarlem tant de détails intéressants, ne parlent pas de lui.

Remarquez aussi l'orthographe particulière de cette mention, presque tous les documents authentiques relatifs à notre peintre écrivent son nom Pieter de Hooch et non de Hooghe. Lui-même, quand il signe ses tableaux, emploie cette même orthographe. Ainsi son Intérieur du Musée \'à\\ der Hoop est signé :

Le joli tableau que nous intitulerons, si vous le voulez bien, Soins maternels et qui appartient à la même galerie porte la signature

Ph^'JiCûchi

Toujours dans la même galerie, je relève encore au

PIETER DE HOOCH.

bas d'une gracieuse scène qu'on pourrait appeler le CourriéJ^^ la signature suivante :

et si accidentellement au bas d'un tableau, nous trouvons un

nous ne pouvons nous défendre d'un certain doute, ou tout au moins d'une forte hésitation.

En outre, si Ton croit, avec Burger^ et quelques autres auteurs, que Nicolaas Koedijck fut l'élève de Pieter de Hooch; comme cet artiste paraît être né à Zaandam en i68i^, il semble assez difficile qu'il ait étudié chez un maître mort précisément l'année de sa naissance. Ajoutez à cela qu'on connaît divers tableaux de P. de Hooch qui portent des millésimes postérieurs à cette date. Le fameux Intériein^ hollandais de la vente Paturle, qui fut adjugé en 1872 pour 20,200 francs, était (pour ne parler que de celui-là) daté de 1698. Je sais bien que les dates et les signatures qu'on relève au bas de certaines peintures ne valent pas un bon document d'état civil ; mais peut-être trouvera-t-on qu'en présence de suppositions aussi vagues et de doutes aussi grands, c'est beaucoup se hâter que de remplacer, dès à présent, sur certains catalogues, le point d'interrogation traditionnel par cette date légèrement

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