Voir Manuel de l'histoire de la peinture, t. III, p. 3i
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mention baptismale, à la date du 12 décembre 1 632, était conçue de la façon suivante :
i- j^ un- !^j ^. (•^ ^i^L /x/i^j-'r**
Le lecteur curieux se demandera sans doute, pourquoi cette préférence exclusive ?
(( Thomas le peintre. Jeannette Claes — nom des parents, — Pieter nom de l'enfant, — Reyntge Adriaens comme témoin. » Il n'y avait, en effet, rien là qui fût bien décisif. Cependant une sorte d'instinct me désignait cette inscription comme étant la bonne. Ce flair particulier, cette intuition spéciale qui guident l'archéologue me faisaient croire que j'avais bien trouvé.
En possession de mon calque, je fus voir M. J.-H. Scheffer, Thabile directeur des archives de Rotterdam. M. Scheffer m'accueillit avec sa bonne humeur et sa courtoisie habituelles, m'ouvrit ses trésors et nous nous mîmes à fouiller ensemble. Sur Pieter de Hooch nous ne trouvâmes rien, pas même son nom; il avait donc quitte la ville bien jeune. Mais, pour « Thomas le peintre «, ce fut autre chose. Celui-là avait son dossier, lequel renfermait une mention, une seule, celle d'un acte de cession inscrit sur les Gifteboekeii des échevins de Rotterdam. Nous courûmes au document original, il portait la date du 14 février iG3G et expliquait que <( Thomas Pietersz, peintre, cédait à Jan Pauwels, meunier, son beau-frère, une portion de maison et propriété, qu'ils possédaient en commun, laquelle maison était sise sur le Scsticnhovensche cade à Ouderschie, sous la juridiction de Rotterdam. ))
Cette dernière indication fut pour ^ï. Schetïer un véritable trait de lumière. Il m'expliqua que, pendant plus d'un siècle, Delft et Rotterdam avaient été en querelle à propos d'un territoire sur lequel se trouvait le Sestienhovensche cade. Aussi voyez la scène que cette contestation dut amener. Forcé pour se marier de décliner sa paroisse d'origine, Pieter de Hooch déclara Rotterdam. « Alors, lui demanda le pasteur, vous habitez à Rotterdam ? )>' — Et il écrivit tôt. « Non, répondit Pieter, qui logeait à Delft. » — Le pasteur biffa tôt. — ((Alors, vous êtes de Rotterdam: » continua-t-il, et ilécrivit;'i7;z. — a Non», répondit encore Pieter, car mentir dans un moment aussi solennel et devant un ministre de Dieu, il n'y fallait pas songer. — Le pasteur biffa van. — «^Liis, d'où êtes-vous? — Des environs de Rotterdam, » balbutia le peintre; n'osant dire son lieu exact de naissance, de peur de s'attirer quelque réclamation, ou quelque désagrément, et je dépends de la paroisse de Rotterdam. Voilà comment ^L Schcflcr m'expliqua la double mention bilTée, en me reconstituant la scène qui avait dû provoquer le double trait de plume.
Joignez à cela que notre homme d'Ouderschie était peintre. Rien d'extraordinaire, dès lors, à ce qu'il ait poussé son fils dans une carrière qu'il avait exercée luimême. Le jeune Pieter, en jouant avec les brosses et les couleurs paternelles, aura pris goût au métier. N'est-ce point ainsi que se forment les vocations ? Quant à sa présence à Delft, elle s'explique par la renommée qu'avait à cette époque l'école illustrée par Mierevelt. On peut même imaginer que lorsque le peintre Thomas quitta le Sesticnhorcnsche cadc ce fut pour aller à Delft. J'ai fait de minutieuses recherches dans les registres mortuaires de cette ville pour voir si je n'y trouverais pas son acte
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de décès. Je ne l'y ai point rencontré. Mais j'ai acquis la preuve que la famille de Hooch s'était fixée de ce côté. J'ai découvert, en effet, aux portes mêmes de Delft, à Delgaeuw, une branche de cette famille. Une autre branche habitait Pynacker, c'est-à-dire tout auprès. A Delft même j'ai rencontré un négociant de ce nom, Willem Jansz de Hooch, qui était marchand de vins et demeurait en 1645 sur le côté de la vieille église « ter sj'den van onde kerk )>, comme dit son acte mortuaire.
Il 3^ aurait de curieuses recherches à faire dans les paroisses qui avoisinent Delft et Rotterdam. On y trouverait probablement de précieuses révélations. Mais c'est un soin qu'il faut laisser aux archéologues du pays, et l'on ne peut espérer d'éclaircir en une fois tous ces recoins obscurs de l'art hollandais.
Nous voici, du reste, presque en règle avec Pieter de Hooch. On ne savait rien de lui, et nous connaissons maintenant son lieu de naissance, ' le nom de sa femme, celui de ses enfants, c'est-à-dire que nous possédons en toute certitude quatre dates importantes de sa vie et une date probable, celle de sa naissance. Certes, le résultat acquis est hautement satisfaisant. Il nous permet de doter un grand peintre d'une biographie plausible, et de restituer à une belle, ancienne et noble ville, une de ses gloires qu'elle ignorait. Rotterdam peut dès aujourd'hui revendiquer Pieter de Hooch comme son enfant. Personne désormais ne saurait lui disputer cette grande figure, dont l'art hollandais s'honore à juste titre.
8o L'ART HOLLANDAIS.
Si la nuit la plus complète a régné jusque dans ces derniers temps sur la personne et la vie de Pieterde Hooch, plus heureuses, ses œuvres avaient eu, je l'ai dit en commençant, la bonne fortune de fixer depuis longtemps l'attention des amateurs et de provoquer Tadmiration des artistc>.On ignorait non seulement la date et le lieu de sa naissance, mais encore, comme dit Descamps, si Pieter de Hooch était Hollandais, que ses tableaux obtenaient dans les ventes publiques ces prix exceptionnels auxquels se cotent seulement les plus grands maîtres. Bien mieux, Smith avait pris soin de dresser le catalogue de ses œuvres, connues. Certes, c'était de la gloire, et j'ajouterai de la meilleure; car, à l'époque où les Mieris étaient à la mode et où le chevalier Van dcr Werff faisait la loi, Pieter de Hooch avait, lui aussi, subi sa part du délaissement dans lequel étaient tombés les grands maîtres de son pays, au faire large et énergique, depuis Frans Hais et Rembrandt, jusqu'à Van der Meer de Dclft et Aalbert Cuyp.
Ce fut la même réaction, le même retour vers la peinture saine et forte, qui leur rendirent à tous la faveur à laquelle ils avaient droit. Pour Pieter de Hooch, ce mouvement de justice tardive partit de l'Angleterre. C'est là que notre peintre fut tout d'abord apprécié. C'est là que se trouvent encore aujourd'hui le plus grand nombre de ses ceuvres et les échantillons les plus variés de son talent. Mais, en dehors de cette célébrité, de cette faveur qu'il doit tout entière à ses œuvres, à ses hautes qualités,
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à sa prestigieuse habileté, combien l'intérêt qui s'attache à la personne de notre artiste n'eût-il pas été plus grand encore, si dès le principe on avait connu son lieu d'origine, si l'on eût su la ville où il fit son apprentissage et les conditions dans lesquelles se développa son talent ! Ces détails ignorés alors, et que nous venons de révéler, le placent, en effet, au centre de ce petit groupe de novateurs qui, au xvif siècle, révolutionnèrent l'école de Delft.
Et en effet, chez tous les peintres qui, dans cette vaillante et active école, ont précédé ce temps, on chercherait en vain quelque maître dont le style et le faire se rapprochent des siens. Jusqu'au milieu du xvii« siècle, nous voyons la pratique de l'école être toute différente. Depuis Michiel Van Mierevelt jusqu'à Léonard Bramer, depuis Martin Van Toi jusqu'à Van Aelst, depuis EgbertVan der Poel jusqu'à Simon de Vlieger, pour ne parler que de ceux dont les ouvrages nous sont particulièrement connus , on trouve une manière égale et des procédés identiques. Tous ont une facture lisse, légère, transparente, où les frottis jouent un très grand rôle. Les personnages se détachent entrés mince saillie sur un fond à peine couvert, et qui laisse par place apparaître le panneau. Chez les protagonistes du petit genre, des tableaux de chevalet, des scènes d'intérieur, des conversations, des fêtes galantes, cette minceur de peinture est même typique. Depuis Adriaen 'Van der Venne qui ouvre la marche, jusqu'aux deux Palamedes qui la ferment, on chercherait vainement un ouvrage brossé en pleine pâte, avec ces belles coulées onctueuses, ces puissants reliefs, ces énergiques empâtements qui font un si bel effet dans les tableaux de notre peintre.
Chez CCS petits maîtres, en outre, les harmonies sont
obtenues dans des gammes très sobres, peu variées, irisées, allant du rose au violet, ou du bleu céleste au vert d'eau. Il faut arriver à Pieter de Hooch et à ses deux contemporains, Carel Fabritius et Johannes A'ermeer, pour trouver ces oppositions franches et solides, ces harmonies robustes, ces tons puissants, vibrants, qui font que leurs tableaux, après deux siècles d'existence^ semblent encore des pages fraîchement arrachées au grand livre de la nature.
Ce n'est pas, je m'empresse de le dire, au seul Pieter de Hooch qu'il convient de faire tout l'honneur de cette révolution. Presque en même temps que lui deux artistes, ceux-là mêmes dont je viens de retracer les noms , se faisaient recevoir à Delft dans la gilde de Saint-Luc, qui peu\cnt en réclamer leur part, et comme ils ont précédé de quelques années notre peintre dans la voie nouvelle, c'est à eux que revient la meilleure partie de cette transformation.
Le 29 octobre i652. en eflet, Carel Fabritius, dont je vais avoir à m'occuper spécialement dans une notice prochaine, se fit inscrire dans la corporation des peintres de Delft. Le 29 décembre 1 653, Johannes Vermeer se faisait admettre lui aussi; et enfin, le 20 septembre i(>35, c'était le tour de Pieter de Hooch. Pieter ne vient donc par ordre de date que le troisième, mais le court espace de temps qui sépare son admission de celle de ses deux aînés, interdit de voir en lui un élève. Il fut un sectateur peut-être, un imitateur sans doute, mais il concourut à la tentative révolutionnaire faite par Fabritius. poursuivie par Van der Meer, et s'il ne fut pas le promoteur de cette révolution, du moins peut-on le considérer comme le plus complet, le mieux connu, le plus célèbre de ses adeptes.
Carel Fabritius, élevé à Amsterdam, marié à Delft, où
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il vint tardivement, reçu en 1602 comme maître, mourut en 1654, sans avoir pu beaucoup produire; Johannes Vermeer, reçu en i653, vécut au moins jusqu'en iGyS, mais il y a quelques années il était à peine connu du public, et, malgré toutes les recherches de Burger, ses tableaux sont demeurés d'une extrême rareté. Pieter de Hooch est le seul qui se présente avec un bagage complet et avec un ensemble d'œuvres assez considérable pour affronter, dans presque tous nos musées, le jugement de la postérité.
En outre, s'il paraît, grâce à la chronologie, avoir emprunté soit à Fabritius, soit à Johannes Vermeer, cette pâte abondante et onctueuse, cette couleur franche et robuste qui les caractérisent tous trois, il n'est certes point un plat copiste, ni un vulgaire plagiaire. Le choix de ses modèles, le genre de ses sujets Téloignent, en eifet, complètement de Carel Fabritius, qui, à Técole de Rembrandt, semble avoir puisé le goût du faire hardi et des grandes compositions; tandis que la façon à la fois souple et vigoureuse dont il promène sa touche sur la toile distingue absolument ses tableaux de la plupart des ouvrages de Johannes Vermeer, qui sont le plus souvent exécutés à petits coups, par petites plaques de tons non rompus, et dont la facture absolument originale produit, dès qu'on l'étudié, un effet vibrant, très caractéristique, en même temps qu'une impression très bizarre, typique, inoubliable.
Ajoutez à cela qu'il est certains tons d'une richesse extrême, des jaunes de Naples qu'il emploie dans ses intérieurs, dans SCS «plein-air ;>, des jaunes largement chromés, des rouges de brique presque orangés, et dans tous ses tableaux, des rouges francs dans le genre de ceux de Maas qui font de lui un coloriste exceptionnel. Enfin nul
mieux que lui n'a su manier le soleil, à ce point que ce rayon, qui crépite sur la muraille et baigne dans une lumière intense les seconds plans de ses compositions, lui est en quelque sorte demeuré personnel, et fait à dix pas reconnaître ses tableaux. Il ne faut pas croire, en eflet, qu'on est là simplement en face d'un procédé adroit, mais facilement assimilable. Ce n'est point trop aller loin que de dire : Personne autant que Pieter de Hooch n'a eu le sens du soleil.
Ces coups de lumière qui sont une des notes caractéristiques et peut-être la note la plus caractéristique de son talent, ne se bornent point, en effet, à un simple artifice d'artiste, largement exploité et fréquemment répété; c'est en eux que réside la poésie de toute l'œuvre.
Ses intérieurs de logis hollandais peints avec une franchise admirable, sans concessions banales, avec une précision d'observation inexorable, risqueraient, sous un autre pinceau, de n'être qu'un cadre pour l'action, un décor où se meuvent les personnages. De leur côté, les groupes de figures peu compliqués, toujours calmes, souvent relégués en un coin, offrent un médiocre intérêt. Mais voilà que ce coup de soleil resplendissant pénètre dans la chambre par une fenêtre à demi voilée d'un lourd rideau, ou par une porte entr'ouverte. Voilà qu'il inonde la muraille de subites clartés, se joue dans les miroirs, couvre le plancher de ses reflets, accroche des étincelles à tous les coins, et subitement, instantanément, le cadre change. Le décor prend un intérêt qu'il n'avait pas. Ces meubles, ces tentures, ce lit, ces fruits déposés sur une table, ces cruches de grès, ces ?^ocmcrs à moitié vides, ces seaux de cuivre étincelants de propreté tiennent une sorte de langage discret qui nous va droit au cœur. Il semble qu'ils redisent les joies du Iio}?ie hollandais, son
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confortable, sa propreté, ses mille douceurs. On se sent pénétré par je ne sais quelle intime poésie, par un calme bienfaisant, et la scène vulgaire, qui se déroule dans ce milieu si vivement transformé, est tout d'un coup devenue, par là même, intéressante, remplie d'attraits, exquise et charmante. Tout ce monde, tout à l'heure muet, exécute à présent une symphonie merveilleuse qui nous émeut et nous attache.
Amené à un tel point, un procédé, quel qu'il soit, tient de la magie et suffit à classer un artiste. Notez que, de cet accent lumineux, Pieter de Hooch tire les effets les plus variés et les plus surprenants. Par lui, il donne à ses tableaux une profondeur incroyable, qu'aucun autre peintre n'a jamais su donner au même degré. Dans certains de ses intérieurs, quand il fait venir sa lumière du fond du tableau, comme dans la Maison hollandaise que nous possédons au Louvre ou comme dans le Cellier d'Amsterdam, il creuse sa toile au point de produire une complète illusion. Dans ses « plein-air», il n'est pas moins surprenant, la distribution de ses divers plans tient du prodige. Mais ce qui imprime au talent de ce grand artiste un cachet absolument unique, c'est qu'il est avant tout et surtout par excellence le « peintre d'intérieur )>.
C'est, en effet, un trait saillant de la plupart de ses tableaux qu'aucun de ses intérieurs n'est subordonné à ses personnages. Jamais de ce côté il ne fait de concessions. Alors que, chez les autres peintres coutumiers de ce genre, les personnages sont presque tout ; alors que, chez ses émules de l'école hollandaise, c'est le motif de la scène, le sujet résultant de l'agencement des figures qui donnent tout l'intérêt à la composition'; chez lui, au contraire, les figures n'ont guère plus d'importance que les objets ; on les voit, au milieu du cadre qu'il a choisi, occupées à
remplir leur rôle de chaque jour, celui que comportent leur âge, leur sexe, leur position; mais elles pourraient disparaître, que l'émotion ressentie n'en serait pas moins poignante. Enlevez-les, le charme ne sera pas détruit.
D'où vient cette particularité unique en son genre ? De la merveilleuse vérité avec laquelle sont étudiés et représentés les moindres de ces mille riens qui composent un intérieur. Sous ce rapport, Pieter de Hooch est inimitable. Malgré le rôle considérable que joue dans la combinaison de ses effets l'emploi du clair- obscur, malgré l'importance qu'il lui assigne, jamais il ne subordonne une forme à un ensemble, ni un ton local à un besoin d'harmonie. Regardez de très près ce seau, cette table, cette cruche, ces briques du mur, ce pampre qui s'incruste entre les pierres, ce balai, tout cela est soi, existant de sa propre forme, vibrant de sa propre couleur. Le détail vu de près vous en paraîtra discordant et inutile, mais éloignez-vous de deux pas et le tableau se creuse, chaque objet se met à sa place, chaque détail ne prend juste que l'importance à laquelle il a droit. Ces mille riens si fermement écrits s'estompent et se perdent dans un ensemble chaud et puissant. Le tableau se divise en larges plans; et grâce à l'opposition des clartés resplendissantes de la rue venant souligner la pénombre discrète dans laquelle baigne le logis, il se dégage de tout cela un charme exquis, un sentiment de bien-être inexprimable.
Un autre mérite qu'il fiiut encore lui reconnaître, c'est l'honnêteté des sujets qu'il choisit et j'ajouterai leur modestie. A une époque où c'était la grande mode de peindre, sous prétexte de sujets galants, des scènes licencieuses, il s'enferma presque exclusivement dans des intérieurs honnêtes. C'est à peine, en effet, si l'on connaît
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de lui quelques-unes de ces convei^sations intimes et solitaires, qui peuvent laisser prévoir à courte échéance un dénouement scabreux. Encore ces compositions exceptionnelles ne présentent-elles rien de lascif, de corrompu, de décolleté. Le plus souvent ce sont les modestes travaux du ménage qui l'occupent, la douce solitude de ce home hollandais dont il est le peintre attitré. C'est, comme dans son tableau de la galerie Six, une mère qui apprend à sa iille à ranger le linge, ou comme le petit tableau du Louvre une cuisine avec des enfants qui jouent. Voilà les sujets qu'il choisit et qu'il aime. Et. si pour obéir aux exigences d'une clientèle distinguée, il est obligé de s'élever davantage et de prendre pour modèles des seigneurs et de belles dames, encore les ramène-t-il à ces occupations qu'il préfère, et ses œuvres légères comme cette Partie de cartes de notre Louvre, ou encore cette conversation de la National Gallery, si heureusement reproduite on tête de ces pages, ne sont jamais chez lui qu'une rare exception.
Dans le catalogue raisonné de son œuvre \ qui fait suite à cette étude, sur cent quatorze tableaux dont il nous
I. Le catalogue qu'on trouvera plus loin ne mentionne que des tableaux. Je ne connais pas de dessin bien authentique de Picter de Hooch. Celui qui figure sous son nom au musée Teyler à Haarlem n'est pas tellement certain, qu'il puisse servir de base à une étude sérieuse, ni de point de départ à d'autres attributions. Un autre dessin avec une signature apocryphe, récemment exposé à Paris, à l'Kcole des Beaux-Arts n'offre pas plus de caractère de certitude, et porte même des signes évidents de « postériorité ». Il faut donc se métier beaucoup des dessins qui s'abritent couramment sous le nom de Pieter de Hooch; cela d'autant plus qu'au siècle dernier un artiste du nom de J.-H. Muntz avait déjà exécute un certain nombre de dessins d'après Pieter de Hooch ou dans son goût (voir les catalogues de Ploos van Amstel) et qu'au commencement de ce siècle, un peintre à peine connu, D. Kerkhoff, a exécuté une quantité d'aquarelles et do dessins à l'encre de Chine dans la manière de notre artiste.
a été permis de recueillir la description, il en est plus de quatrevingt-dix qui sont consacrés à exprimer les doux soins des ménages, les réunions de la famille ou encore qui représentent des concerts. Dans le reste on boit un peu, on rit, on s'égaye. Mais vous chercherez en vain, dans ces vingt-quatre toiles restantes, un homme ivre, une femme inconvenante, un détail graveleux.
En tenant compte de tous ces titres, on peut donc affirmer, hautement et sans crainte d'être démenti, que Pieter de Hooch a droit à un rang d'honneur parmi les meilleurs maîtres de l'École hollandaise. On peut dire que la grande vogue dont il jouit repose sur un mérite réel et sur une juste renommée. J'ajouterai que ces mérites qui nous le rendent si précieux s'augmentent à mesure qu'on le connaît davantage et qu'on le pénètre plus à fond. C'est pourquoi, je l'espère, on ne me saura point mauvais gré d'avoir fait un peu de lumière sur son existence jusque-là si profondément ignorée.
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