Les Artistes de Haarlem, page 3i
2. Le nom de Visscher est excessivement répandu en Hollande et sa vulgarité s’explique par sa signification. Il est clair que dans une contrée aussi aquatique que les Pays-Bas, le surnom professionnel de Pécheur devait convenir à une foule d’individus. Aussi aux Jan Visscher mentionnés par M. van der Willigen puis-je encore en ajouter deux :
Un Jan Jansz Visscher qui, le i5 janvier 1661, épousa à Amsterdam Maritje Gysberts, originaire de Leyde;
Et un Johannes Visscher habitant le Kei^ersgracht et exerçant la profession de marchand devins qui, le Ier février i656, à l’âge de trentehuit ans, épousa Tryntje Tissen,
En outre, il existait à Utrecht une famille de Visser qui fournit plusieurs peintres. J’ai relevé sur les livres de la corporation de Saint-Luc, aux archives de cette ville, la mention d’un certain Visser qui acquitta, en 1625-1626, son droit d’admission, et d’un Barent de Visser qui fut syndic de la même corporation en 1640.
JOHANNES DE VISSCHER
le lieu d’origine de notre graveur et nous fournir deux dates authentiques, celle de sa naissance et celle de son mariage. Ce document provient des Puiboeken d’Amsterdam ; il porte la date du 3o mars 1657, et il est ainsi conçu :
Compareerden voor de Heer : H. Boutemantel Dr Johannes de Visscher van Haerlem, plaetsnyder, ont 23 jaer, oudersdoot , ivoonde inde Heerestraat (sic) en Tryntje Ariaens van A ont 28 jaer geass1 met Ariaen Hendr : haer vader n>onA aende II eyl igenghspoort (sic).
Je traduis :
Ont comparu devant le Seigneur H. Boutemantel, Docteur, Johannes de Visscher de Haarlem, graveur, âgé de vingt-trois ans, sans ascendants, demeurant dans la Heerenstraat, et Tryntje Adriaens, d’Amsterdam, âgée de vingt-huit ans, assistée d’Adriaen Hendricksz, son père, demeurant à la Heyligenspoort' .
Et les deux époux ont signé :
Ainsi donc, Jan de Visscher n’a pas vu le jour en 1 636, mais en 1634; il n’est pas né à Amsterdam, mais à
1. Une note marginale nous apprend que les frères du fiancé ont donné leur consentement au présent mariage.
L’ART HOLLANDAIS
Haarlem. Il est probable qu’il vint s’établir fort jeune à Amsterdam, puisqu’il s’y maria à vingt-trois ans. Mais son lieu de naissance n’en est pas moins fort clairement indiqué, et désormais acquis d’une façon irréfutable.
Une fois installé à Amsterdam, établi, en possession d’un ménage, que devint-il? Un double document, également inédit, émanant de la Chambre des Orphelins, va nous fournir quelques indications sur les suites de son mariage.
J’ai été assez heureux, en effet, pour découvrir dans les archives des Momboir en Weescamers, sur le Livre de tutelle E, à la page 79, la mention suivante, qui nous apprend que de l’union de notre artiste avec Tryntje Adriaens, il était né une fille. Cette fille vivait encore en 1674. Mais, à cette date, Tryntje étant morte et son père, Adriaen Hendricksz, étant venu, lui aussi, à décéder, l’ouverture de la succession donna lieu à l’intervention de la Chambre des Orphelins. Cette intervention se manifesta tout d’abord par la nomination de deux tuteurs et par leur inscription sur le livre de tutelle.
Voici la traduction de cette première pièce :
« Le 19 avril 1674, les maîtres des Orphelins ont institué et établi comme tuteurs de sa fille mineure, issue de Tryntje Adriaens de Wees et administrateurs des biens dudit enfant, à elle échus en succession, par le décès d1 Adriaen Hendricks de Wees, son grand père, Jan de Wisscher, le père, conjointement avec Jan Pietersz Soomer1, avec mission de prendre et sauvegarder ses intérêts, conformément au droit et à l’équité.
1. Jan Pietersz Soomer ou Zomer était un courtier faisant grand ■commerce d’estampes et de tableaux, et qui lui-même possédait une collection renommée de gravures. C’est ce même Zomer qui échangea avec Rembrandt la Peste, de Marc-Antoine, contre la fameuse eau-forte de Jésus guérissant les malades, laquelle à la suite de cet échange, prit le nom de « pièce aux cent florins ».
JOHANNES DE VISSCHER
de répondre pour elle, de régler et administrer ses biens suivant son utilité et profit, etc. »
Le 4 décembre 1674, le même livre porte un nouvel acte substituant Pieter van der Spar à Jan Pietersz Soomer; puis, à la date du 22 mars 1678, je relève sur le registre 34, à la page 21 5, la déclaration suivante, qui, en nous révélant la mort delà fille unique de Jan de Visscher, nous apprend que celui-ci fut mis en possession de la succession de son enfant. Voici la traduction de ce nouveau document :
Johannes de Visscher, graveur.
« Le 22 mars, a comparu Pieter van der Spar, comme ayant été le tuteur de Petronella, fille décédée de Johannes de Visscher, graveur, dont la mère était Catharina Adriaens de Wees. Il a ici produit deux rentes hypothécaires ( custingh rente brieven ), l’une de 3,700 florins de capital, constituée sur Cornelis Theunis Haegman, en date du 14 mai 1667; l’autre de 1,000 florins de capital, demeurant à la charge de Claes Diedeloff, en date du 20 septembre 1668; lesquelles il réclame comme propriété revenant à Petronella de Visscher, pour sa portion dans les biens laissés en héritage par Adriaen Hendricks de Wees, son grand-père; lesquelles deux rentes hypothécaires doivent être remises à Johannes de Wisscher, comme unique héritier de sa défunte fille, la susnommée Petronella, etc. »
Voilà à quoi se bornent les découvertes que j’ai pu faire dans les archives néerlandaises, relativement à Jan de Visscher. Elles ont une importance incontestable, en ce qu’elles plantent les premiers jalons. Sont-elles les seules révélations qu’on puisse et qu’on doive attendre des livres de l’état civil et des documents provenant des Momboir en Weescamers ? Je n’oserais le prétendre, et m’en
L’ART HOLLANDAIS
voudrais de décourager les chercheurs à venir. Somme toute, elles lèvent un coin du voile qui enveloppait cette intéressante figure; mais il reste encore beaucoup à faire pour la mettre dans son plein jour.
Au cours de mes explorations, le nom de Visscher s’est, on doit bien s’en douter, maintes fois présenté sur mon chemin ; tantôt s’appliquant à des peintres, à des dessinateurs, à des graveurs, etc. , tantôt à des personnages qui n’ont rien à démêler avec l’art.
Je négligerai ceux qui appartiennent à cette seconde catégorie, et vais seulement fournir, aussi succinctement que possible, les documents inconnus s’appliquant vraisemblablement à des artistes.
Lambert de Visscher1 2. Le 4 avril 1 65 1 , un certain Lambert de Visscher fut chargé, conjointement avec Dirck de Raven, de la tutelle des enfants de Occo Symons Groenhoven, marchand de tabac ( Mom . en W.-K. Registre d’Amsterdam, n° 28, pag. i53, v°). S’agit-il ici du frère de Cornelis et de Jan? C’est ce que je ne saurais dire au juste, mais la date est bonne à retenir.
C o ex raad Vischer, dont le nom figure sur les livres de la Chambre des Orphelins d’Amsterdam, avec la qualification « en son vivant artiste peintre » (in syn leven Jijnschilder ), mourut en 1699. Le 24 décembre de cette année, sa veuve, Maria van Geel, comparut devant les maîtres de la Chambre’. Elle présenta son fils, âgé de dix ans. nommé Adam, et se prévalut d’un testament daté du 2 3 novembre de cette même année 1699, par lequel la part d’héritage de l’enfant était fixée à 53y fl. 7 s. 8 d.,
1 . Lambert grava I e portrait d’après Bol, Van Loo et d’autres ; il visita l’Italie. Immerzeel le désigne comme le plus jeune des trois frères; il semble, au contraire, avoir été l’aîné de Jan.