L'art et les artistes hollandais
ans toutes les écoles anciennes, il est un certain nombre d’artistes dont le talent sincère, ému, dont l’habileté consciencieuse, ennemie des tours de force et des « virtuosités » banales, semblent avoir ” été réservés pour une postérité 's discrets et de connaisseurs studieux.
Ces artistes de goût-ont, pour la plupart, passé inaperçus aux yeux de leurs contemporains. Leur vie a été, comme leur art, connue seulement de quelques intimes. Il ne s’est point fait de bruit ni d’éclat autour de leurs personnes. Les historiens n’ont rien retenu de leur existence, et leur nom, pendant des siècles ignoré de la foule, semble, quand il se produit, être une sorte de révélation.
Alors on s’étonne que ces talents honnêtes soient demeurés méconnus. On interroge d’une main fébrile les faiseurs de biographies, et l’on est tout surpris d’être arrêté par un voile impénétrable. Une sorte de pénombre poétique dérobe à nos yeux ces physionomies sympathiques,
L’ART HOLLANDAIS
redoublant l’attraction qui nous entraîne vers elles. Bienheureux encore, lorsque la fantaisie audacieuse de quelque biographe inventif n’a point fait jaillir, d’une imagination prolixe, un roman indigeste, composé d’anecdotes invraisemblables, bourré de détails inexacts et s’appuyant sur des dates suspectes.
Ces artistes incompris en leur temps, négligés par leurs contemporains, oubliés par l’histoire, c’est particulièrement dans l’école hollandaise qu’ils abondent. Joannes Vermeer, Ruisdael, Pieter de Hooch, Beerestraaten, Brekelenkamp, Hobbema et, dans un autre temps et dans une autre sphère, les Palamedes sont là pour prouver cet inexplicable oubli.
Pour ne parler que de ces derniers, tous ceux qui les ont étudiés s’en sont épris, et cependant la nuit qu’on a laissé planer sur eux est si profonde, que personne, jusqu’à nous, ne s’était avisé de chercher à l’éclairer.
Burger, avec cet entrain et cette vaillante humeur que nous admirions tous en lui, s’est passionné un moment pour eux; et, se heurtant à ces mystères impénétrables, il s’impatientait de ne poüvoir percer l’obscurité dans laquelle ils sont comme ensevelis.
« C’est là (s’écriait-il en parlant de l’un d’eux), c’est là un excellent peintre, aussi original qu’il est rare. Mais quel est ce Palamedes? De qui est-il l’élève? Y a-t-il plusieurs Palamedes? Sont-ils de la même famille ? Celui qui a fait les portraits en buste de grandeur naturelle dans la manière du Cuyp est-il le même que l’auteur des petits tableaux d’intérieur, avec de sveltes et élégantes figurines en pied, conversations de gentlemen et de ladies qui jouent ou qui boivent? Est-ce lui qui a fait également les scènes de soldatesque, intérieurs de corps de garde où l’on joue, où l’on fume, où l’on se dispute? Est-ce encore le