Voir EekhofF, de Vrouw van Rembrandt, page
objections ne venaient se jeter à la traverse. La première est tirée de l’âge apparent des personnages représentés. Willem-Fréderick était né en 1 6 1 3 , et Hendrick-Casimir ainsi qu’Hendrickde Nassau en iGi i ; ils avaient par conséquent, en i63q, le premier vingt et un ans, les deux autres vingt-trois. Eh bien, leurs physionomies me paraissent un peu marquées pour un âge aussi peu avancé. Toutefois je dois avouer que leurs costumes à taille haute se rapportent assez bien à celui de Marten Day1, dont le beau portrait fut peint précisément en cette année i63q par Rembrandt.
La seconde objection prend naissance dans un détail de la composition. A l’extrême droite du tableau, on aperçoit un personnage, sorte d’écuyer beaucoup trop joli pour un homme, lequel passe une bride sur le cou d’un cheval dont on n’aperçoit que l’avant-train. Cet écuyer et ce morceau de cheval sont sans contredit imités du merveilleux tableau de Van Dyck, de ce Portrait de Charles Ier, qui figure avec honneur dans notre salon carré au Louvre. C’est ce même groupe aventureux, presque incompréhensible, et cependant tellement bien ajusté, qu’on oublie de s’étonner de son aspect incohérent et non équilibré. De pareilles audaces ne se recommencent pas. Il y a là copie flagrante et non simple coïncidence.Or Smith estime que le tableau de Van Dyck doit avoir été peint en 1 63 5 2. Smith commet-il une erreur de date? Faut-il croire que ce chef-d’œuvre fut un des premiers tableaux que Van
1. Ce magnifique tableau, ainsi que son pendant, ont longtemps fait partie de la collection Van Loon, et sont aujourd’hui la propriété de M. Alphonse de Rothschild. Voir à ce sujet les deux articles que nous leur avons consacrés dans la Galette des Beaux-Arts de janvier et février 1879.
2. Catalogue raisonné, tome III, page 3g. Smith s’exprime ainsi : « This beautiful and highly-accomplished production n'as painted about the year i635. »
GO VERT FLINCK.
Dyck exécuta en i632, à son arrivée en Angleterre, et que dès lors une gravure ou quelque copie de cette œuvre avait bien pu dès 1 63 3 passer en Frise ? C’est là ce que je n’oserais décider.
Quant à supposer, comme le fit jadis M. Van Leeuwen1, que Flinck exécuta cette peinture longtemps après avoir quitté Leeuwarden, pendant une visite qu’il fit à son vieux maître, il n’y faut plus songer. Outre que rien ne vient confirmer la supposition de ce voyage tardif, le tableau qui nous occupe est de Flinck dans ses premiers temps, ou il n’est pas de lui. Flinck ayant passé par l’atelier de Rembrandt était un autre homme, plus habile, plus maître de lui, et qui n’allait plus chercher ses inspirations et ses motifs chez les peintres d’Anvers.
Je demande pardon d’insister autant sur une peinture qui n’est, somme toute, qu’une œuvre de qualité secondaire, mais ce tableau tient, dans la biographie de Flinck, une place très importante. S’il n’est point de lui, en effet, nous ne connaissons rien, absolument rien, en tant que peinture, de ses premières années. Et l’obscurité sur cette période est d’autant plus grande que nous n’en savons guère plus sur le maître que sur l’élève, sur Lambert Jacobse que sur son disciple Govert. On nous dit que Lambert peignit de nombreux portraits ; or un seul d’entre ces portraits est parvenu jusqu’à nous. C’est celui d’un pasteur anabaptiste, Jeme Jacobsz de Ring2, et encore ne connaissons-nous cette peinture que par une gravure de Folkema qui illustre l’ Histoire des Mennonites3. M. Kramm
1. Voir un article publié le 20 mai 1843, dans la Leeuwarder Courant.