‹ L'art et les artistes hollandais (volume 4)Chapitre 48 sur 61 · PROCÈS-VERBAL DE JOB VAN MEEKEREN · texte numérisé non relu

PROCÈS-VERBAL DE JOB VAN MEEKEREN

Janvier. — En l’année 1 65 1 , le cinq du mois de janvier, nous avons ouvert le cadavre de Dingetje Klaes Thoofflingx, épouse du célèbre artiste peintre Govert Flinck, laquelle, dès son enfance, avait été atteinte d’une dureté et d’un développement inusité de l’abdomen. Son ventre cependant n’avait

APPENDICES

pas pris de développement extraordinaire avant sa treizième ou sa quatorzième année, époque oü elle se trouva réglée. Ses règles toutefois ne se manifestèrent qu’une fois ou deux et depuis lors n’ont plus reparu. A chacune de ces évacuations, le volume de son ventre diminua pour quelque temps, mais d’une façon peu sensible, et en dehors de ces époques l’enflure s’augmenta (à la grande incommodité de la malade) au point de devenir excessive. Cette situation anormale ne l’empêcha point toutefois de se marier. De ce mariage résulta non seulement une grossesse, mais après le temps réglementaire la malade donna naissance à un enfant.

A ce ventre embarrassé et enflé on avait prescrit bien des remèdes et donné bien des consultations, mais toujours infructueusement et sans obtenir les résultats souhaités, et la diversité la plus grande régnait non seulement dans les avis, mais encore dans les diagnostics portés sur ce qui pouvait faire grossir et enfler d’une façon aussi difforme cet abdomen débordant. Les uns avaient opiné pour un kyste, d’autres pour une agglomération de loupes, d’autres encore pour un amas de gaz mélangé avec des glaires; il s’en trouva qui crurent à une excroissance de chair. Les plus expérimentés pensaient et soutenaient que c'était un liquide extravasé dans lequel nageaient les intestins. Mais on sait que le hooge voorle\er Johannes Walleus (qui avait ausculté la partie malade avec une aiguille) n’avait jamais varié d’avis, et que selon lui cette tumeur monstrueuse provenait d’une eau qui avait suinté goutte à goutte, et qui insensiblement s’était logée dans l’enveloppe de l’estomac.

Avant de dire que notre autopsie vint confirmer l’opinion de ce savant, il nous faut nous étonner de la soudaineté avec laquelle cet abdomen enfla de plus en plus. En huit jours, il augmenta des trois quarts, à ce qu’on me dit du moins, et la malade ajouta qu’elle n’avait pas plutôt senti comme une déchirure se produire que déjà elle était enflée de la longueur d’un doigt. Néanmoins, ce qui est encore plus digne d’admi-

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ration, c’est qu’elle se trouvait assez alerte, assez vive, assez gaie pour qu’aucune occupation, ni marche, ni station, ni promenade, ni ascension, ne lui fût interdite et ne la fatiguât. Et peu de temps avant sa mort, ainsi que son mari nous le raconta, elle gravit la tour de Clèves sans fatigue apparente.

Cette courageuse porteballe ( marsdraegster •) n’en était pas moins recherchée et elle continua de voir ses amis jusqu’au jour oü le fardeau qui causait ses ennuis l’eut clouée au lit. Entre temps, son ventre, en effet, qui, malgré tous les remèdes prescrits, n’avait obtenu aucun soulagement et augmentait de volume, avait fini par lui causer de telles douleurs, que dans les derniers temps elle pouvait encore s’asseoir, mais qu’elle en était réduite à se traîner...

La malade ayant rendu le dernier soupir, son corps fut, sur sa propre demande, remis entre nos mains, afin que nous déterminions s’il était possible la cause de la maladie. Le cadavre était, ainsi qu’il est représenté sur la planche cidessous, déposé sur une table; nous commençâmes l’incision

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