‹ L'art et les artistes hollandais (volume 5)Chapitre 53 sur 63 · FREDERICK DE MOUCHERON · texte numérisé non relu

FREDERICK DE MOUCHERON

uiii)i:RicK de Moucheron n'est point un de ces artistes pour lesquels on puisse beaucoup se passionner. Plutôt décorateur que peintre, j'entends par son tempérament et le genre de son talent, il fut de ceux qui hâtèrent la décadence du paysage en Hollande. Incapable de dessiner la figure et les animaux, il eut recours tantôt à Helmbrecker pour illustrer ses tableaux et animer ses paysages, tantôt à Adriaen van den A'elde et à Lingelbach. C'est donc à tous égards un artiste de second plan.

Néanmoins, il dut à ses défauts mêmes une certaine notoriété qui lui tint lieu de réputation et fit rechercher ses ouvrages. Son long séjour à Paris, la fréquentation de nos maîtres pompeux et emphatiques, lui permirent d'adapter à sa facture un peu maigre un certain goût d'arrangement, que ses contemporains appelèrent du style, et qui lui valut un assez favorable accueil auprès des amateurs de son temps.

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Aujourd'hui encore, maigre sa froideur et le ton par- Ibis criard de sa peinture, il bénéficie de cette hcuix d'engouement. Malgré ses interprétations fantaisistes de ritalie qu'il ne vit janiais, malgré le peu de vérité qu'on trouve dans la plupart de ses paysages hollandais, et bien qu'on ne connaisse de lui qu'un nombre fort réduit de toiles agréables et heureuses, son nom est inscrit sur les catalogues des plus grands musées.

C'est pourquoi j'ai pensé devoir produire ici un document inédit qui, rectifiant le lieu et la date de naissance de Frederick de Moucheron, permettra aux auteurs de catalogues de donner désormais, à côté du nom de l'artiste, des indications plus exactes que celles produites jusqu'à ce jour.

Sur la foi de Houbraken^ on avait, en effet, dit et répété que Frederick de Moucheron était né à Embden, en i633. L'acte de mariage suivant prouve qu'il est né en i634 et qu'il a vu le jour à Amsterdam.

Voici la teneur de ce document :

3 jiil. i65g.

Compareerdcn als vooren Frerich de Mucheron [sic] PlVI a. schilder oiit 2S Jaer geassistt met Balthaiar de Mucheron s/ii vader woon'^^ inde Laurierdwarsstraet , en Marieck Juderville jmn Leyden ont 2 2 jaer, ouders doot geassist^ met Catrina Le felne haer mof- won : inde gasth uj's mole nstegh .

1. Voir Houbraken, Grooteschouburgh der nederlantsche Konstschilders en schilderessen, t. II, p. 327. « Na hem volgt de brave schilder Frederik de Moucheron geboren te Embden, in't jaar, i633... »

2. Sans doute une mauvaise orthographe de moei, qui signifie tante.

i |{KI)I-.I{IC.K l)\. MOUCULUU.N.

Ce qui signifie :

3 juillet I (')3t).

Ont comparu comme plus haut Fi<i:i<i(:ii di; Mcchiiron, d'Amsteidam, peintre, à-^e de vingt-cinq ans, assisté de Ralthasar de Mucheron, son père, demeurant au Lauricrdu'arsslraat, et AlARir-Kr; Jui)i:RV[i.i.t:,de Leyde,agécdc vingt-deux ans, sans ascendants, assistée de (Catherine Le Felne, sa tante, denieurant dans la i^aslliiiys uiolcn-

stce^.

Après quoi les deux fiancés ont signé :

€ jyiû^c^e^vcni

t-AAf

,^ ZÂ^^'^'^^^^

En admettant que ce « brave peintre », comme l'appelle Houbraken, soit mort en 1686, ainsi que le prétend l'auteur du Groote Schouburgh, on a désormais les deux dates nécessaires pour encadrer sa biographie. Le document que nous publions aujourd'hui nous révèle, en outre, la date de son mariage, le nom de son père, le nom de sa femme, le lieu de son habitation, et, ce qui est au moins aussi important que tout le reste, le nom de la ville oià il a vu le jour.

Ici prend fin notre travail. La double mission dont le ministère de l'instruction publique nous avait honoré n'est pas, on le voit, demeurée stérile. Le but que nous nous proposions en outre est atteint, indépendamment des éclaircissements qui résultent de nos découvertes et qui aident à la biographie de plus de trente artistes de mérite. Il nous paraît aujourd'hui démontré que les archives néerlandaises, bien loin d'avoir dit leur dernier mot, renferment encore la clef de nombre de problèmes attachants et curieux.

Maintenant que le chemin est frayé, nous laissons à d'autres plus jeunes et plus ardents le soin d'aller jusqu'au bout de la route. A chaque jour suffit sa tâche, et la nôtre est terminée.

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