‹ L'art et les artistes hollandaisChapitre 33 sur 37 · ÉTUDE SOMMAIRE DES DIFFÉRENTS DÉPÔTS VISITÉS · texte numérisé non relu

ÉTUDE SOMMAIRE DES DIFFÉRENTS DÉPÔTS VISITÉS

i° Middelbourg. — La ville de Middelbourg est peu célèbre dans les fastes de l’art. Jan de Mabuse y a vécu. Christiaen van Bieselingen, le peintre de portraits, y est mort et Adrien van de Venne y, a passé une partie de son existence. C’est à peu près tout ce qu’on sait de son passé artistique. Mais son histoire offre, à cause de ses relations directes et constantes avec la France, un intérêt spécial qui ne nous permet pas de la négliger.

Les Archives sont dans un excellent état. Inventoriées avec science et méthode, elles se présentent dans un classement régulier allant de l’année 1217 jusqu’à nos jours. Un catalogue, divisé en trois parties et comprenant la description succincte des pièces principales, a été publié par M. I. H. de Stopelaar, archiviste de la ville. L'État civil est également fort complet.

L’ART HOLLANDAIS

Middelbourg renferme en outre une académie provinciale des sciences, nommée het Zeeuwsch genootschap der Wetenschappen (dont j’ai l’honneur d’être membre) ; cette société savante possède des archives et une bibliothèque fort riches. Ses collections de médailles et de gravures sont particulièrement remarquables.

2° Bergen op Zoom. — Les archives mises en ordre, avec beaucoup de tact et de goût, par un archiviste improvisé (le portier de l’hôtel de ville) ne m’ont paru présenter aucun intérêt au point de vue de l’art et des artistes hollandais.

Les seuls documents méritant une étude sérieuse, qui intéressent la France, sont ceux relatifs au siège de 1747.

3° Breda. — Archives précieuses, mais dans un déplorable désordre. Il a existé à Breda, pendant le xve et xvic siècles plusieurs générations de sculpteurs éminents. Les tombeaux, qui ornent la grande église, et qui peuvent compter parmi les chefs-d’œuvre de la sculpture dans les Pays-Bas, en sont la preuve manifeste. Aujourd’hui, la trace de ces grands artistes est perdue, leur nom est oublié. Il doit exister des documents se rapportant à eux dans les archives de la ville, mais l’état de délaissement, dans lequel celles-ci sont reléguées, rend, pour le moment, toutes les recherches impossibles.

40 Bois-le-Duc. — Archives précieuses au point de vue exclusivement historique. Classées depuis 1399, elles sont en bon ordre, bien tenues, mais offrent peu d’intérêt relativement à l’art hollandais.

5° Rotterdam. — Archives de premier ordre, dépouillées avec un soin exceptionnel, classées avec une science irréprochable. Tous les documents relatifs à l’art et aux artistes hollandais ont été réunis en des dossiers spéciaux. Grâce à cette excellente méthode, l’archiviste M. Scheffer est en état de répondre à toutes les questions.

L’archiviste adjoint, M. Obreen, publie, avec le concours des archivistes des autres villes, un recueil destiné à mettre en lumière les documents relatifs aux beaux-arts.

Ce recueil nommé Archief voor Nederlandsclie Kunstgeschiedenis (archives pour l’histoire de l’art néerlandais) est à son i3e fascicule, et a déjà mis au jour quelques pièces d’un haut intérêt.

6° Delft. — Par suite du double incendie de 1 536 et de 1 6 1 S, les archives de Delft ont été fort éprouvées. En 1862 et en 1 870, M. J. Soutendam, alors archiviste, a publié deux recueils relatifs aux pièces antérieures à 1 5 3 6, qui avaient pu être conservées.

Le premier de ces recueils est intitulé : Mededeelingen uit het archief der stad Delft (communications tirées des archives de Delft) ; le second : Kearen en Ordonnantien der Stad Delft.

Postérieurement à cette date, on conserve aux archives tous les registres d’actes, octrois et résolutions du « Magistrat », registres qui, outre la Gildebrief de la corporation de Saint- Luc, renferment un nombre assez considérable de pièces relatives aux arts industriels.

C’est à l’aide de ces documents inédits, et des livres de l'Etat civil, qu’il m’a été permis de consulter sans relâche, que j’ai pu reconstituer l'Histoire de la faïence de Delft.

L'Etat civil, qui est très complet, commence en 1 5y 5 pour les livres de mariage, en 093 pour ceux d’enterrement et en 1 6 1 3 pour les registres dé baptême.

1 70 La Haye. — Compte trois dépôts importants: r° les Ar-

chives du royaume; 20 la Bibliothèque royale; 3° les Archives de la ville.

Les Archives du royaume, gouvernées par un personnel d’élite, présentent une cohésion et une organisationtrès remarquables. Les questions des beaux-arts toutefois ne paraissent avoir jamais préoccupé d’une façon spéciale les membres, très érudits du reste, qui composent le personnel de ce grand établissement public.

A l’exception de M. Leupe, qui accidentellement a fait

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d’heureuses découvertes, et qui s’est livré à certaines recherches pour le compte d’auteurs différents, on peut dire que les questions artistiques ont été continuellement tenues à l’écart. Cet état de choses n’est malheureusement pas près de se modifier. Le haut personnel de la Bibliothèque royale et celui des Archives du royaume paraissent se recruter avec difficulté, et ce dernier surtout est bien éprouvé par le départ de plusieurs de ses membres les plus compétents, et par des vides cruels, qu’il semble bien difficile sinon impossible de pouvoir combler.

Aux Archives du royaume, il nous faut citer deux sortes de documents, qui ont un intérêt particulier pour l’histoire de l'art, ce sont : A. Les registres des pensions, octrois, etc., des États généraux ( Repister van den acten pensioenen octroyen, etc.J et le Répertoire des placards, octrois et ordonnances de la cour de Hollande ( Repertoriumvan de placcaten octroyen ende ordonnantienvan den Hove van Holland), qui, renfermant un certain nombre de privilèges. et octrois accordés à des peintres, graveurs, architectes, etc., jettent certaines lueurs sur le développement des beaux-arts dans les Pays-Bas. Et ce sont: B. les archives des anciennes Chambres des Orphelins (Monhoirs en Weeskamers) qui, transportées àla Haye, formentun département spécial des Archives du royaume. Ce département renferme, au point de vue de la biographie des artistes, des trésors véritables. Malheureusement il s’en faut de beaucoup que les documents, en nombre infini, qui le composent soient classés et que l’exploration en soit facile. On s’occupe du reste de les mettre en ordre.

J’ai dépouillé une série d’environ cent cinquante registres de mille pages chacun, plus sept ou huit mille dossiers (inventaires, règlements de successions, etc.), contenant chacun un nombre considérable de pièces.

Cet ensemble embrasse les villes d’Amsterdam, la Haye, Delft, Haarlem , etc. Les autres villes sont encore inexplorées.

APPENDICES

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La Bibliothèque royale ne possède , en fait de manuscrits relatifs à Part et aux artistes hollandais que le Registre de Maîtrise (Mestersboek) de la Gilde de Saint-Luc à Delft.

Quant aux Archives de la ville de la Haye, on y peut trouver, outre les livres de l’Etat civil, un certain nombre de pièces relatives à l’ancienne Gilde des artistes (Saint-Luc) et les livres de compte de la ville qui renferment quelques notes précieuses.

Un duplicata de ces derniers registres existe aux Archives du royaume.

8° Leyde. — Les archives de Leyde ont une importance exceptionnelle, à cause de la brillante école de peinture qui a illustré cette ville. Elles sont du reste placées sous la direction d’un archiviste modèle, très passionné pour toutes les recherches qui peuvent éclaircir la biographie des artistes de sa ville, ou jeter quelque lumière sur leurs travaux.

Les livres de YEtat civil sont très complets et en excellent ordre. On possède en outre, trois registres relatifs à la Gilde de Saint-Luc, qui contiennent, sur les artistes de Leyde, des documents importants.

9° Haarlem. — L’école de Haarlem ayant été l’une des plus fécondes de l’Europe, l’importance de ses archives n’a pas besoin d’être mise en évidence. Toutefois ces dépôts ayant été explorés avec un soin tout spécial par MM. Van der Willigen oncle et neveu, j’ai cru devoir en négliger l’étude.

Les découvertes de M. A. van der Willigen ont été publiées sous forme de volume ayant pour titre : les Artistes de Haarlem (Haarlem, la Haye 1870).

io° Amsterdam. — A Amsterdam, c’est M. Scheltema qui gouverne le département des archives. Les publications de ce savant sur les artistes de sa ville ont suffisamment fait con* naître son nom pour que je n’aie pas besoin d’insister sur sa valeur comme archiviste.

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L’immense quantité de documents que renferme ce dépôt fait espérer de nouvelles et très importantes découvertes.

L'Etat civil, qui forme un département indépendant, est placé sous la direction de M. Bunk. La municipalité d’Amsterdam a bien voulu m’en permettre la communication. Comme rédaction, ces registres sont assurément les plus complets qu’on puisse rencontrer. Ils n’ont jamais été entièrement dépouillés. Cette opération, du reste, réclamerait à elle seule plusieurs années.

ii° Utrecht. — M. Muller, nouvellement installé comme archiviste, s’est appliqué à réunir dans son dépôt tous les matériaux intéressant l’histoire de sa ville. Étant donnée l’ancienne importance de l’Évêché (plus tard archevêché) d’Utrecht, qui fut pendant six siècles le siège primatial des Pays-Bas, la récolte promet d’être abondante non seulement au point de vue de l’histoire, mais encore au point de vue de l’art. Toutefois, c’est principalement par les archives de la province et par celles de l’église Saint-Martin, qu’on peut espérer de jeter un jour intéressant sur l’histoire artistique des Pays-Bas avant la Réformation.

Le dépôt que dirige M. Muller a fait récemment d’importantes acquisitions : notamment un livre de recettes de la Gilde de Saint-Luc, que j’ai dépouillé avec soin et qui renferme d’intéressantes mentions. Dans les livres de comptes de la ville, il a été fait également des trouvailles précieuses. Enfin des recherches sur les commencements des frères Both m’ont permis de constater, qu’à partir du premier quart du xvnesiècle, les registres de l'Etat civil sont bien complets ; de plus, ils ont récemment été dépouillés et répertoriés avec un grand soin.

Il existe à Utrecht deux sociétés savantes, qui ont bien voulu m’associer à leurs travaux, en me conférant le titre de membre honoraire. C’est la Societas artium et doctrinarum et YHistorisch Genootscliap. Cette dernière société publie chaque année un certain nombre de volumes renfermant des

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documents inédits (mémoires, lettres, etc.), mais qui intéressent presque exclusivement l’histoire des Provinces-Unies.

1 20 Arnhem. — Les archives de la province de Gueldre, ainsi que celles de la ville d’ Arnhem, constituent deux dépôts importants. Ces dépôts sont séparés, ils ont été l’un et l’autre mis en excellent ordre et catalogùésavec soin par M. Nijhoff, ancien archiviste de la province. Au point de vue où nous nous plaçons, ils n’offrent qu’un intérêt limité. L’absence d’artistes démérité est un fait très notable dans cette partie delà Néerlande. Cependant quelques monuments remarquables, appartenant au xvic siècle et ornant l’église Saint-Eusèbe (à Arnhem) sembleraient indiquer la présence dans le pays, à l’époque de la Renaissance, d’un certain nombre de sculpteurs éminents.

Au xvme siècle, Arnhem a possédé une fabrique de faïences d’un mérite indiscutable. Cette fabrication, qui avait bénévolement été attribuée à Amsterdam, avait pour marque un coq. J’ai été assez heureux pour retrouver dans les archives d’ Arnhem des documents qui restituent à cette ville ce brillant fleuron artistique, et nous révèlent les principales phases traversées par cette fabrication.

i3° Roermond. — Les archives de cette ville très complètes, autant qu’il m’a semblé, mais non encore mises en ordre, ne présentent, au dire de ‘l’archiviste, qu’un intérêt purement historique.

140 Maastricht. — Lès archives de la province et de la ville sont placées sous la direction de M. Franquinet, bien connu de tous les archéologues belges et néerlandais, pour ses nombreuses publications historiques relatives à la province de Limbourg et à l’ancien évêché de Liège.

Au point de vue de l’art et des artistes néerlandais, ces archives n’offrent qu’un médiocre intérêt, à cause de l’espèce de marasme dans lequel ont végété les artistes maastrichois à partir du xvne siècle. Antérieurement à cette époque, il sem-

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ble établi, par des présomptions qui chaque jour prennent plus de consistance, qu’une école féconde de peintres et de sculpteurs a existé à Maastricht. C’est de cette école (dont l’existence est encore problématique) que seraient sortis les van Eyck, originaires de la vallée de la Meuse, et certains autres peintres primitifs, qui auraient aidé à la formation des écoles gothiques de l’Allemagne, et notamment de celle de Cologne.

Ce fait, je le répète, encore à l’état de présomption, a des apparences séduisantes qui ouvrent une voie nouvelle aux recherches des archéologues maastrichois. Le certain, c’est que, du ixe au xiiic siècle, une série de sculpteurs de grand mérite ont vécu à Maastricht, et les archives de ses deux vénérables basiliques, Saint-Servais et Notre-Dame, pourraient fournir sur ce chapitre de précieux éclaircissements.

i5°Zutphen. — Archives assez complètes, en excellent ordre, méthodiquement classées par M. Nijhoff, archiviste de la Gueldre, mais inexplorées au point de vue de l’art et des artistes.

Il est peu probable toutefois qu’elles renferment des documents importants relativement à l’objet de nos études. Cependant il a dù exister, à Zutphen, au xve et au xvie siècles, d’importantes fabriques de vitraux, et à l’époque gothique, la ville a dû compter dans ses murs un certain nombre de peintres habiles. Mais leur trace est perdue.

i6° Deventer. — Les archives sont très soigneusement classées, et un inventaire en a été dressé et publié sous le nom de Deventer-Archief. Ce fort volume ne contient qu’un seul numéro qui soit relatif aux beaux-arts, c’est le n° i6o3, intitulé: Schilderij van G. Ter Borg et qui est une description sommaire d’une œuvre de Gérard Ter Burg, tableau considérable à tous les égards, qui orne le Stadhuis de Deventer.

17° Leeuwarden. — Les archives de Leeuwarden rangées et cataloguées avec une affection toute spéciale par M. Eeckhoff,

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ne paraissent contenir aucun document d’une importance majeure au point de vue de l’art.

180 Groningue. — Les archives de la ville, ainsi que celles des Ommelandes, ont été mises en ordre et cataloguées avec soin et méthode par M. H. -O. Feith. Elles vont de i25o à la fin du siècle dernier Leur examen sommaire ne laisse deviner la présence d’aucun document important concernant l’art et les artistes hollandais.

PIETER MONTFOORT

Tous les écrivains qui ont parlé de Mierevelt ont mentionné Pieter Montfoort, comme son élève préféré, mais aucun d’eux n’a pu rien ajouter à ce qu’avaient dit ses deux premiers biographes, Carel van Mander dans son S cliilderboek, et Bleyswijck dans sa Beschryvinge der Stadt Deljt.

Voici comment s’exprime ce dernier. « Parmi les peintres qui, en 1 604, à l’époque de Van Mander, fréquentaient l’atelier de Mierevelt, on place non seulement le célèbre Paulus Moreelsz d’Utrecht, mais aussi deux jeunes gens de Delft sur lesquels Van Mander dit ce qui suit. « Il existe à Delft un jeune homme remarquable Pieter Gerritsz Montfoort, né à Delft, appartenant à une bonne famille, et qui exerce l’art par vocation. Il a vingt-cinq ans, il est disciple de Michiel Mierevelt, chez lequel il travaille depuis six mois. Il s’applique à étudier les beautés du dessin et de la peinture, et dessine également sur du papier bleu. » — « On dit pareillement, ajoute Bleyswijck reprenant alors la parole pour son compte, que Mierevelt l’aimait fort et lui témoignait beaucoup d’affection, lui laissant, dans ses études, plus de liberté qu’à ses autres disciples, en considération de ce fait, qu’il ne pratiquait l’art que par goût et par amour delà gloire, et que dès lors il avait droit à des égards spéciaux. »

C’est là tout ce qu’on sait de lui. Si, en 1604, il était âgé de vingt-cinq ans, il avait donc vu le jour aux environs de i5/9.

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Il était né à Delft, le fait est certain; mais n’existait-il pas quelque lien de parenté entre lui et Anthonie van Montfoort, plus connu sous le nom de Blocklant, et qui avait été le maître de Mierevelt ?

On sait que Blocklant avait habité Delft, que de là il était allé s’établir à Utrecht. Entre ces deux villes, Utrecht et Delft, il y avait eu toujours échange de relations et d’élèves. Paulus Moorelsz venant demander ses leçons à Mierevelt, en est la preuve. Aussi M. Kramm, le dernier biographe qui se soit occupé de Pieter Montfoort, essaye-t-il de rattacher l’élève de Mierevelt au maître de celui-ci; mais, comme il n’y réussit guère, « tout cela, dit-il, est insuffisant pour qu’un historien puisse, d’après son appréciation personnelle, établir la valeur d’un artiste ». (Voir Levais en Werken der Hollandsche en Vlaamsche Kunstschilders, Amsterdam, 1860, — page 1146.)

Sans avoir la prétention d’élucider complètement la biographie de Pieter Montfoort, je crois devoir consigner ici quelques renseignements inconnus jusqu’à ce jour, et, que j’ai découverts dans les archives royales néerlandaises.

Ces renseignements proviennent de la Chambre des Orphelins de Delft.

Il résulte de trois actes dont les minutes sont consignées dans le 2e registre de cette chambre, aux pages 1 5 , et 25q :

i° Que Pieter Montfoort était fils de Gerrit Pietersz Montfoort et de Élisabeth Quiryna van der Hooch ;

20 Qu’il avait une sœur nommé Sophia, laquelle épousa (en 1618 sans doute) Egbert Heindrycks van Hal, deLeyde;

3° Et, comme conséquence de l’inscription de ces deux jeunes gens sur les livres de la Chambre des Orphelins, on peut déduire qu’ils perdirent leurs parents avant d’être arrivés à leur majorité.

Les pièces citées établissent en outre :

(A) A la, date du 10 juillet 1618, que Pieter Montfoort

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toucha d’un nommé Renier Verburg, brasseur, une somme de 1,000 florins avec les intérêts en cours, laquelle somme était garantie par hypothèque;

(B) A la date du 4 décembre 1618, que Pieter et sa sœur possédaient, sur le Binnemvatersloot , une maison nommée les Corbeaux Noirs (de Zwarten Raven);

(C) A la date du 24 juillet 1620, que Pieter toucha une nouvelle somme de 1,000 florins.

Ici s’arrêtent les confidences des livres de la Chambre des Orphelins. Elles plantent quelques jalons qui permettent de connaître un peu mieux cette figure indécise, dont l’image a été effacée par le temps. Peut-être aideront-ils à retrouver d’autres documents, grâce auxquels on pourra reconstituer la personnalité de cet artiste presque inconnu, et qui ne nous apparaît, quant à présent, que comme un satellite gravitant autour d’un astre de seconde grandeur.

JOHANNES LINGELBACH

Le « Labyrinthe » qui était situé en face de la demeure de Rembrandt, était tenu par Philippe Lingelbach, frère du peintre, et quand, en 1672, ce Philippe Lingelbach vint à mourir, ce fut son frère Johannes qui fut nommé tuteur de ses enfants. — Il existe, dans les archives des Chambres d’Orphelins, diverses pièces relatives à cette tutelle. L’une d’elles a une importance particulière, car elle fixe la date de la mort du peintre Johannes Lingelbach, date qui jusqu’à présent avait été ignorée des biographes. Les autres présentent un intérêt anecdotique; c’est ce qui m’engage à les résumer ici. Je les donne par ordre chronologique.

i° Extrait du livre de Tutelle. ( Wooghdyeboeck E, page 24.)

« Le 3i août 1672, les maîtres de la Chambre des Orphelins ont établi et institué comme tuteur des enfants des deux lits (voor-en-naekinderen) de Philippe Lingelbach, hôte du Labyrinthe, situé sur le Roosegraft (sic) et comme administrateur de leurs biens, Johannes Lingelbach, leur oncle, avec mission de prendre et sauvegarder leurs intérêts, conformément au droit et à l’équité, de répondre pour eux, de régler et administrer leurs biens, suivant leur utilité et profit. Cette tutelle et administration, le dit Johannes Lingelbach, comparaissant devant la Chambre des Orphelins, l’a acceptée et promise, s’obligeant à produire quittance quand elle sera arrivée à son terme, etc... »

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Comme suite à cette prise de possession de la tutelle de ses neveux et nièces, le registre 33 de la Chambre des Orphelins d’Amsterdam nous donne, à la page 265, l’inventaire sommaire des biens laissés par le défunt.

Nous y voyons figurer :

« La moitié de la maison, propriété et jardin, nommés le Labyrinthe et sis sur le Roosegraft ;

« La moitié de la maison contiguë au Labyrinthe (côté sud);

« La moitié des bancs, tables, charpentes, existant dans le dit Labyrinthe et dans la cour des jeux;

« Deux tiers dans le matériel garnissant le Labyrinthe, la maison de jeu et le grenier, et, spécialement dans le Labyrinthe, les statues de satyres, les clôtures, etc. Dans la maison de jeux, divers instruments mettant en mouvement des « représentations, » etc., dans le grenier, diverses statues, des roues et autres instruments concernant la maison de jeux;

<1 Enfin un tiers dans une maison et propriété sise au côté sud du Roosegraft, la cinquième en partant du Labyrinthe... »

Indépendamment des articles mentionnés plus haut, Johannes Lingelbach reconnaît avoir, en sa qualité de tuteur, recueilli dans la maison mortuaire un mobilier, des effets et meubles, linge de corps, vêtements de drap et de toile, qui, suivant taxation et avec l’argent comptant, forment un ensemble de 1,916 florins 2 sols 8 deniers, sur lesquels il a payé différentes sommes, montant de quelques petites dettes, et sur lesquels sont encore imputables : le tiers d’une reconnaissance scabinaire de 2,400 florins, au profit de Pieter Ernest van Bassen; un tiers dans 141 fl. 19 s. montant d’une livraison de vin de Mecklembourg; un tiers dans 4 à 5oo florins, formant le solde du payement de la maison du Roosegraft, et finalement deux tiers dans cinquante florins pour vin livré à la maison mortuaire. »

Enfin, une mention supplémentaire du Wooghyeboek E, page 24, nous apprend que:

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« Le 24 novembre 1674, les seigneurs maîtres de la Chambre des Orphelins, au lieu et place de Johannes Lingelbach décédé % ont subrogé, comme tuteur des susdits enfants et administrateur de leurs biens, David Lingelbach chirurgien. » Ce dernier document a une importance considérable puisqu’il nous apprend que l’intéressant et habile artiste qui avait nom Johannes Lingelbach n’est pas mort en 1680, comme je l’écrivais moi-même en 1872 ( Merveilles de Fart hollandais) et comme le prétend le Catalogne du musée d’Amsterdam de cette même année, ni en 1687, date acceptée par les auteurs de tous les catalogues, et empruntée sans doute aux Levens en Werken de M. Kramm,qui, généralement mieux renseigné, commet cette fois une grosse erreur. «A la biographie publiée par Immerzeel, dit en effet M. Kramm en parlant de Lingelbach, je puis encore ajouter ceci, c’est que, suivant Descamps, notre peintre est mort en 1687. » Or Descamps, à la page 377 du tome II de sa Vie des peintres flamands et hollandais écrit : « On ne sçait pas le temps de la mort de Lingelbac. » Aujourd’hui, grâce à l’acte que nous venons de citer, le doute a cessé. Nous connaissons la date exacte de cette mort.

1. L’acte dit : « In plaets van Johannes Lingelbach deser Vereld overleeden synde tôt Vooghd over de voors-kinderen..., etc.» — Mot à mot : « à la place de Johannes Lingelbach, enlevé de ce monde... »

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