Voir Scheltema, Discours, 2e édition, p
2. Aux archives royales. — Momboir-en-Weeskamers. — Amsterdam. Registre 33, fol. 28.
LE FILS DE REMBRANDT
Voici la teneur de ce précieux inventaire :
i° Une rente perpétuelle de 3,ooo florins1, placée en fonds publics sur la province de Hollande, au comptoir de Haerlem, et portant la date du 4 avril 1 655 ;
20 Une obligation de 3, 000 florins, à la charge de François Bylaert, en date du 29 mars 1669;
3° Une obligation de 4,000 florins, placée sur Cornelis van der Pluyn, conseiller à Leyde, et en date du rer février 1666 ;
40 Un cinquième dans la popriété d’un potager nommé Groenlioven , situé près du Wetering , en face l’Écluse 2.
5° Un cinquième dans la propriété d’une maison avec terrain sis dans la sGravestraetje ;
6° Un cinquième dans la propriété d’une hypothèque scabinale ( Scliepenkennisse ) de 4160 fl. prise sur Dirck Bergge, marchand d’oiseaux ;
70 Un cinquième dans la propriété de deux caisses en fer ;
8° Un cinquième dans la propriété d’un magasin avec quelques garnitures et dépendances (ces derniers mots sont illisibles);
90 Et encore un mobilier complet, des livres d’art, des peintures et un peu d’argent comptant «ainsi qu’il affère à l’inventaire ».
Cette petite Titie, on le voit, était dans son malheur encore assez fortunée. Après les terribles épreuves qu’a-
1. Les sommes indiquées ici sont le capital et non le revenu.
2. Le Wetering est situé sur les anciens boulevards extérieurs d’Amsterdam à l’extrémité du Wijselgracht.
L’ART HOLLANDAIS
vait traversées le patrimoine de Saskia, il se trouvait en partie reconstitué dans l’héritage qu’allait recueillir sa petite-fille. Cet héritage fut administré avec prudence par François van Bylaert, qui réalisa une à une les propriétés indivises, et les convertit en valeurs mobilières de premier choix.
En 1686, Titie possédait un avoir bien liquidé de 16,000 florins. Elle avait alors dix-sept ans et demi, et quoique bien jeune encore, c’était un bon parti. François Bylaert le pensa sans doute, et son fils partagea certainement cette manière de voir; car, le 3o août 1686, la petite fille de Rembrandt épousait le fils de son tuteur, François Bylaert le jeune, et celui-ci donnait quittance des 16,000 florins composant la dot de sa fiancée.
Cette fin inattendue, ce dénoûment de comédie, repose un peu de ces trois agonies successives auxquelles il nous a fallu assister en moins d’une année.
ses
Il est des noms qui, dans l’histoire de l’art, sont si étroitement liés, qu’il est presque impossible de citer l’un d’eux sans évoquer de suite les autres. Tels sont les noms de Rembrandt et de Pieter Lastman. On ne m’en voudra donc pas, après avoir parlé du peintre de génie qui fut le premier maître de son pays, de dire quelques mots du professeur de talent qui le forma.
On est très mal renseigné sur l’existence de Pieter Latsman, et surtout sur la partie de cette existence qui succède à son voyage en Italie. Il habita Amsterdam; le fait est avéré. — Mais combien de temps ? s’y maria-t-il? où mourut-il, et quand ? Voilà ce qu’on ignore et les
LA NOURRICE DE TITUS Fac-similé d’un dessin inédit de Rembrandt (musée Teyler.)
LE FILS D F. REMBRANDT
documents certains semblent se dérober à toutes les investigations.
M. Vosmaer ne pouvant enlever la difficulté de front, a essayé de créer des approches permettant d’en établir le siège. Il a recherché quels étaient ceux des parents de ce maître dont il était possible de saisir la trace, pour arriver par eux jusqu’au mystérieux professeur de Rembrandt. Il a retrouvé Nicolas son fils, graveur dont on connaît quelques planches; il a retrouvé également une Margriet Lasmans, femme d’Eugénius Fontein, qu’il croit être aussi sa parente. A ces deux noms je voudrais en ajouter un troisième, auquel personne ne paraît avoir pris garde, et qui était cependant celui d’un homme de mérite. Je veux parler de Cornelis Janz Eastman, savant cosmographe, à la fois écrivain et éditeur de ses œuvres, qui publia un certain nombre de traités sur la navigation.
Ses ouvrages furent appréciés en leur temps. A maintes reprises, il obtint pour eux des privilèges des États- Généraux. En dépouillant les Registres des actes, octrois, pensions etc. % j’en ai relevé un certain nombre qui avaient passé inaperçus sans doute, car jamais, que je sache, il n’en a été fait mention. En 1620, notamment, il lui fut octroyé de pouvoir pendant douze ans, publier seul et à l’exclusion de tous autres, son Trésor de l’art de la grande navigation (, Sc-hatkamer der grooten Zeevaerts Kunste). Cet octroi lui fut renouvelé en 1 63 1 pour cinq années nouvelles (3o août) et dix-sept jours plus tard, il en obtenait un nouveau pour un Traité des connaissances nécessaires aux navigateurs ( Kennise van Stierluyden ). Enfin, en janvier 1642, il obtenait un privilège de dix-
r. Register van dan Acten octroien pensioencn , etc., aux Archives royales.
L’ART HOLLANDAIS
neuf ans pour sa Description de l’art du navigateur ( Lastmans beschryvinge van de cunst der Stierluyden) .
Ce Cornelis Lastman habitait Amsterdam. Il est donc plus que probable qu’on trouvera quelque jour un rapport étroit entre lui et le maître d’un des plus grands génies dont s’honore la Hollande.