LA FONDATION DES VILLES
Les forteresses élevées par les Étrusques en Toscane et dans le Latium au temps de leur toute-puissance n'ont rien qui rappelle les retranchements primitifs. Plus de remblais, de fossés, de palissades, mais de solides murailles d'un appareil plus ou moins régulier, dressées sur des hauteurs dont elles prolongent en quelque sorte l'escarpement ; au lieu de villes basses, des acropoles. Avant d'en étudier le j^lan et les dispositions défensives, il est nécessaire de montrer suivant quels principes elles étaient fondées. En Étrurie, la cérémonie de la fondation est un acte religieux de la plus haute importance et qui détermine tout le reste. Nous savons par les traditions anciennes que les Etrusques pratiquaient à cet égard des rites particuliers, rites que les peuplades du Latium leur ont empruntés', et qui étaient consignés dans des livres spéciaux ".
Remarquons tout d'abord qu'aux yeux des Etrusques l'emplacement d'une ville n'est pas une chose indifférente. Elle doit être forcément sur une hauteur. Pourquoi? Est-ce parce qu'ainsi placée elle sera plus forte, les meilleures défenses étant les obstacles naturels qu'opposent à l'assaillant le relief abrupt du terrain et la difficulté d'accès? Sans doute cette considération entre pour quelque chose dans la détermination du fondateur. Mais il ne s'agit pas seulement ici de convenances humaines et militaires. Celles-ci n'ont de valeur que si elles sont d'accord avec les convenances divines. L'antiquité, pas plus en Etrurie qu'en Grèce, n'a jamais conçu que la volonté des hom-
1. Varron, de Ling. lat., V, 33, 1 condebant in Latio etrusco ritu.
. 2. Festns, p. 285 (éd. 0. Miiller)
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lues put s'exercer indépendaiument de la volonté des dieux. Or, pour connaître la volonté de ses dieux, l'Etrusque n'a qu'une ressource, c'est d'observer les signes célestes en se postant sur un point appelé templum, point toujours situé sur une hauteur, puisque, suivant la définition de Festus,un templum est un lieu tel qu'on puisse l'apercevoir de tous les coins de l'horizon et d'où l'on puisse embrasser tout l'horizon'. Si donc ou ne peut fonder les villes qu'aux endroits où l'on a an préalable fait certaines observations augurales, si d'autre part ou ne peut faire ces observations que d'un templum, c'est-à-dire d'un point qui domine l'horizon, il s'ensuit que toutes les villes étrusques ne doivent s'élever que sur les hauteurs, et le fait est que toutes celles dont nous retrouvons les ruines sont situées de cette inani6re.
Pour voir suivant quelle méthode proccdent les Etrusques quand ils veulent fonder nue ville, considérons le détail des cérémonies accomplies par Romulus et Rémus quand ils songent i\ s'établir au bord du Tibre, pr^s de l'endroit où dans leur enfance ils ont été exposés et allaités par la louve. « Romulus, dit Plutarque", avait lait venir d'Étrurie des hommes habiles à connaître toutes les prescriptions indiquées par le rituel étrusque pour la fondation des cités. » Munis de ces instructions savantes, les deux frères commencent par choisir deux collines qui leur paraissent devoir être des emplacements convenables pour leur futur établissement. Rémus s'installe sur l'Aveutin, Romulus sur le Palatin, et chacun, au point où il se trouve, détermine un templum. Si de part et d'autre les auspices sont défavorables, cela signifiera que ni l'Aveutin ni le Palatin ne sont agréés par les dieux, et l'on ira chercher un autre tem2)lum. Si au contraire sur une des deux collines ils sont favorables, la préférence des dieux sera nettement marquée et l'on s'en tiendra au jioint qu'ils auront ainsi désigné. Or les auspices de Romulus sont meilleurs que ceux de Rémus : c'est donc sur le Palatin que devra s'élever la ville nouvelle''.
L'emplacement une fois choisi et agréé i)ar les dieux, il s'agit de l'entourer d'une enceinte qui soit la marque malériclle et connue le
1. Kiatu?, p. ;iH, éd. O. ilullcr :^x■o <y./i' cih nmni | î. rhitnrqm-, n<,miilu-, 1 1. piirlt ntpiri, tri ex jiio oniiiin par/ ei'Itri ]>olril. j 8. Titc-Livc, I, 7.
L'ARCHITECTUKE :\IILITAIRE ET LES TRAVAUX PUBLICS. 225
témoin immuable du tempJun dont le fondateur a déterminé les limites par une formule préliminaire. On sait en effet que le templmn suppose toujours une région bien circonscrite , un locus septus, soit au moyen de raies tracées sur le sol, soit au moyen de points de repère naturels désignés à l'avance. L'enceinte n'est d'abord qu'un sillon ; avant de construire les murailles, il faut dessiner la ligue le long de laquelle elles s'élèveront. Le fondateur , eu costume sacerdotal, la tête voilée, la toge relevée d'une certaine manière que les Romains désigneront plus tard sous le nom de c indus Gahinus ' , attelle à une charrue un taureau blanc et une vaclie blanche, le taureau à droite, la vache à gauche. Le soc de la charrue doit être en bronze, détail qui, soit dit en passant, prouve la haute antiquité de la cérémonie. Le labourage s'accomplit suivant certains rites et dans une direction donnée, de telle sorte que le taureau marche toujours en dehors de la ligne de la future