Xolhie, 1882, p. 5i'.. | 4. Abekcn, MiUtllIalirH. p
L'AECHITECTUr.E MILITAIRE ET LES TRAVAUX PUBLICS. 249
Il eucorbellement dont elle est surmontée'. Encore n'est-il pas certain que la construction en soit étrusque, quoique l'antiquité de l'appareil et le nom de Tusculum permettent de le supposer. Tout cela est bien peu de chose.
A défaut d'autres restes, les ruines d'un petit sanctuaire à Orviéto méritent d'être décrites ici, parce qu'elles ont conservé les traces d'une canalisation et paraissent avoir contenu jadis une fontaine. J'emprunte les détails qui suivent au rapport officiel de M. Gamurrini '.
A l'endroit appelé Ca7im'cella,la pente du massif calcaire au sommet duquel est comme juchée la ville d'Orviéto, l'ancienne Vnlsi'nn, est coupée de distance en distance par de petites terrasses, étagées les unes au-dessus des autres et remplies de sépultures. L'une de ces terrasses ne contenait pas de tombes. Elle se distingue des autres parce qu'elle est protégée contre les éboulements des terrasses supérieures par un mur en gros quartiers de tuf liien équarris et régulièrement assemblés. Au pied de ce mur se voient deux vasques carrées de dimensions inégales , une très petite et une grande, celle-ci communiquant avec une rigole qui traverse la terrasse dans sa largeur. Audessus de la plus grande vasque le mur est échaucré, et plus haut on a retrouvé enfouis dans le sol quelques restes d'un conduit. Evidemment nous sommes ici en présence d'une ancienne fontaine. Une des nombreuses sources qui arrosent encore aujourd'hui le voisinage avait été captée et dirigée par une canalisation souterraine jusqu'à la hauteur du mur de soutènement, où elle débouchait par l'échancrure dont j'ai parlé pour couler dans la vasque, laquelle à son tour, lorsqu'elle était remplie, se dégorgeait dans la rigole. Des ex-voto, des statues mutilées, des monnaies , plusieurs bases d'autels indiquent que la fontaine avait un caractère sacré. On n'a rien trouvé qui permit d'en reconstituer l'aspect général et la décoration. La canaHsation seule subsiste et l'on peut se rendre compte de la manière dont les Etrusques exécutaient ces sortes de travaux lorsqu'ils ne foraient pas la roche vive. Point de tuyaux de poterie ou de plomb comme à l'époque
1. Abeken, MUtelUalien, p. 196. | 2. Xotizie, 1885, p. 33 et suiv.
.\RT ÉTBCSQCE. 32
•25f L'ART ETIUSQUE.
romaine, mais de petits aqueducs formés d'une série de dalles de tuf assemblées à angles droits et laissant entre elles un chenal dont les fissures sont bouchées par une pâte d'argile faisant l'office de mastic. Un de ces petits aqueducs, conservé sur une longueur de plus de 5 mètres, a O^jTO de large sur 0'",33 de haut. Tous ces débris sont eu fort mauvais état, les constructions voisines ayant été bouleversées et incendiées (les marques du feu sont encore visibles) lors de la prise de Vulsinii en 264 avant J.-C. Mais les restes des travaux hydrauliques entrepris par les Etrusques sont si rares que les moindres ruines ont leur valeur'.
§ 6. — POXTS ET CHAU.SSÉES.
Les plus anciens ponts construits par les ingénieurs étrusques l'ont été sans doute en bois. Outre que le bois était fort abondant en Italie, leur séjour dans les marécages du Pô, la nécessité de construire sur pilotis comme à lîaveune ou à Adria, l'usage des endiguements, tout cela les avait de bonne heure familiarisés avec toutes les combinaisons de charpenterie que comportent les travaux dans l'eau. Ajoutez (jue ])Our faire un pont de pierre il faut savoir composer des voûtes : or lart de la voûte appareillée ne parait guère avoir été connu en Etrurie avant le sixième siècle. Le premier pont jeté sur le Tii)re, à l'époque de Nunia, le pons Suhlictus, que l'on peut considérer comme l'œuvre d'ingénieurs étrus(|ues, était tout en bois. S'il faut en croire les traditions antiques ", le j^9on.s Suhh'rius, était remarquable par l'art avec lequel on avait ajusté les pièces de bois sans faire usage de crampons ni de chevilles de fer. Est-ce î\ dire qu'il n'y avait pas de crampons du tout, ou bien que le seul métal employé pour 1 ajustage
1. Il y avait en Toscane i>luî'iear» xtntions thcrmalei célibreB dan" l'antiquité, les w/nrr njmllinaret, fi Vicarcllo |'r«j du Lie de Bracciano (Desjardin», ,1 nnall. I S."»;', p. 84-CO) ; le» aqiia cartiana pré» de Citrt (Strabon, V, p. 220); les o</n(t Pai- •rrli (Lenoir. Amiali, 1S32, p. 277; Dennia, I, p. l.'>7);le» O'/uif cnllila ail IV/ii/oiiim (Plioc. //.
.V., II, 227 ; les (i'/ii<r Tiiuri (Rutiliiis Xnmatiana.«, I, 210; Pline, III, ."i2); les /■>»/« d'uini (Horace, Kpllrr; I, XV, ;>). MaU le» rniiic» qu'on retrouTC |>arfoi!< sur l'emplacement de ces station" tbcrm.ale9 paraissent tire do l'i^poquo loniaine. 2. Plutar<iue, .V..m«, 3. riinc. XXXVI. 1"i>.
était le bronze, alors plus usuel eu Italie que le fer? Les textes sont trop vagues pour fournir sur ce point une solution satisfaisante, mais la simplicité ordinaire des charpentes étrusques donnerait à penser qu'il s'agit d'un échafaudage composé sans tenons métalliques avec des pièces croisées et emboîtées les unes dans les autres '.
Parmi les ponts qui subsistent encore en Etrurie plusieurs sont taillés en plein dans le roc vif. Tel est le Ponte Sodo, sur le Forraello, au pied du plateau escarpé où Veii était assise. C'est un immense bloc de rocher sur lequel passait une route et sous lequel les eaux du Formelle s'engouffrent, à travers un tunnel long de 80 mètres, haut de 10 et large de 5. Ce tunnel est-il naturel ou artificiel? Dennis, qui a étudié le terrain avec attention, pense que la part des ingénieurs étrusques s'est bornée à tirer parti d'une baie naturelle que les eaux du torrent s'étaient frayée d'elles-mêmes à travers le rocher et à en régulariser l'ouverture par des ravalements dont la trace est encore très reconnaissable malgré les érosions produites par le courant et le développement d'une végétation parasite ". Il a de plus remarqué l'existence de deux puits verticaux aboutissant au plafond du tunnel , puits tout à fait semblables à ceux qui donnent accès à certaines tombes souterraines et connne eux garnis de petites encoignures pour appuyer les pieds et les mains. C'est par là que les ouvriers descendaient sous la voûte pour en tailler les contours. Nous avons vu de même que pour le forage du tunnel de décharge du lac Albain, des puits verticaux avaient été percés de distance en distance : il semble qu'il y ait eu là une technique familière aux ingénieurs de l'Etrurie. A l'une des extrémités du tunnel, en aval, le plafond a été découpé en forme de pignon, mais seulement sur une longueur de quelques mètres. Ce n'est que l'amorce d'un travail de régularisation qui n'a pas été continué.
Deux autres ponts analogues, taillés aussi dans le roc vif, mais d'une main-d'œuvre moins soignée et de dimensions moins considérables, se
1. Selon Pline, qui sur ce point n'est pas d'accord avec Plntarque, cette disposition ne daterait que de la reconstruction du pont après le siège de Rome par Porsenna , les Romains ayant
eu beaucoup de peine à couper le pont défendu par Horatius Codés et s'étant préoccupés d'eu faire un autre plus facilement démontable. i. Dennis, I, p. 14.
LART ETRUSi.UE.
voient sur le Timone à Vulci ' et aux environs de Sorano '. Au même type se rattachent les deux ponts appuyés par des tours que j'ai signalés plus haut en décrivant le fossé artificiel par lequel on avait assuré la défense du plateau de !Musarna. Il est probable que de pareils ponts étaient nombreux. Il y avait là une application ingénieuse de cette technique chère aux Etrusques qui consistait à façonner sur place les roches avec le ciseau.
Un peuple qui a laissé des voûtes comme celles de légout de Grariscœ et de la Cloaca Maxima était eu état de construire des arches de pont eu maçonnerie. Sur ce point il ne saurait y avoir aucune doute. 3Ialheureusement la plupart de ces ponts ont disparu ou bien ont été transformés de telle sorte, par des réparations ou des reconstructions postérieures, qu'ils sont devenus à peu près méconnaissables. Près de Yen, sur le Formello, on voit les restes d'une pile de pont en bel appareil de tuf qui rappelle celui des murs de Servius TuUius k Rome et dont l'origine étrusque est très vraisemblable ''.Un peu plus loin im pont appelé Ponte Formello, dont l'arche date évidemment du Moyen Age, repose sur des piles en nenfro de construction très ancienne, peut-être étrusque '. Des restes de piles ont encore été relevés près de Fallori, sur le Fosso de tre camini', et sur la Fiora, près de Vulci ''.
Les ruines les mieux conservées sont celles de deux ponts situés près de Biéda '. L'un est à wc.q seule arche. L'autre est à trois arches, dont deux subsistent encore. L'arche du milieu a 10 mètres d'ouverture et dessine un demi-cercle parfait : l'autre arthe est jilus petite (3 mètres d'ouverture) et présente un arc surélevé. L'ajijiaroil est d'une régularité parfaite, composé de gros quartiers de tuf rectangulaires assemblés sans ciment, suivant les principes de la maçonnerie étrusque, et ra|)pelle celui de la Chaia Maxima. Le tablier du jiont a disparu.
Les ponts jetés par les Etrusques sur les nombreux cours d'eau dont le pays était coupé montrent que ce peuple pratique s'était préoccupé