CHAPITRE X
LA U C H ITE CTU U E P 11 1 V É E.
L'architecture ])nvée est par sa nature beaucoup plus variable que l'architecture militaire ou que l'arcliitecture religieuse. Lorsqu'un peuple bâtit des remparts, c'est pour répondre à certaines exigences d'art militaire, qui ne varient guère tant qu'une révolution industrielle ne vient pas créer de nouveaux moyens de destruction. Aussi voit-on le même ty[>e de fortifications subsister pendant des siècles : il v a vingt ans, nous appliquions encore les règles formulées par \'auban au tem])S de Louis XIV. Quant aux édifices religieux, ils sont conçus suivant certaines traditions qui passent pour avoir une origine divine et qui, comme telles, sont imprescriptibles et immuables.
Il n'en est pas de même pour l'architecture privée. L'homme qui se construit une demeure n'a d'autre souci que de se créer un abri et n'a d'autre règle que la commodité. Habite-t-il un jtays scc ou pluvieux, froid ou chaud; est-il riche ou pauvre; vit-il en groupes nombreux ou en familles isolées ?I1 établit sa maison d'une autre manière et selon d'autres vues. Si le paysan grec d'aujourdlmi a une maison ijui ressemble à celle des héros d'Homère, c'est qu'il vit sous le même ciel que le paysan d Homère et que son existence a conservé (|uelque chose di' la simplicité homérique. Si en France au contraire la maison rustique n'est plus ce (pi'était celle du serf au Moyen-Age, c'est qu';\ défaut du climat, les conditions sociales ont été modifiées. Pour bien comprendre l'architecture privée d'un peuple, il faut donc envisager les diverses vicissitudes (pie la vie de ce peuple a traversées.
Or, si nous considérons les Ktrusques. nous constatons tpi'iis ont changé plusieurs fois de cliiii;it. Avant leur iiimiigration en Italie, ils
ont séjourné avec les Italiotes dans les régions des Alpes, c'est-à-dire dans un pays froid. De là ils ont passé dans le bassin du Pô et se sont établis au milieu d'une contrée de forêts et de marécages. Puis de proche en proche ils ont gagné le centre de la Péninsule, le jardin de la Toscane et les chaudes plaines de l'Ombrie et de la Campanie. Il est impossible qu'au milieu de toutes ces étapes ils aient toujours conservé le même type d'habitation.
Ajoutez qu'au temps de leur migration ils sont dans un état voisin de la barbarie et qu'ils se logent sans doute comme des barliares. Mais peu à peu, par le fait de leur rencontre ou de leur mélange avec des peuples plus avancés, ils se civilisent. Leurs tribus se constituent en corps politique régulier. L'agriculture, l'industrie se développent, et avec elles la richesse et la puissance. Au sixième siècle, à l'époque des Tarquins, ils forment au centre de l'Italie une grande nation, avec laquelle les Grecs ont à compter et dont l'alliance est recherchée par les Carthaginois. Ils imposent autour d'eux leurs mœurs , leurs arts, leur luxe. De pareilles transformations dans l'état social entraînent nécessairement des besoins de bien-être, qui se traduisent dans les usages de l'architecture privée.
Les Romains ont toujours conservé le souvenir d'un temps où leurs ancêtres habitaient sous des huttes. Toutes les fois qu'ils se transportaient en imagination au berceau de leur race, ils se représentaient de misérables bergers vivant dans de pauvres cabanes faites de roseaux et de paille '. Comme témoignages de cet humble passé, dont ils étaient d'autant plus fiers qu'ils s'étaient élevés plus haut, ils conservaient sur le Capitole et le Palatin des huttes de chaume , auxquelles on attribuait à tort ou à raison les noms de casa BomuU et de tugurium Faustidi'. Nous savons aujourd'hui par les urnes-cabanes découvertes à Albe que les traditions romaines sur la forme de la maison italique à l'origine n'étaient pas dénuées de fondement ^ .
Ce type d'habitation élémentaire a été aussi celui des Étrusques
1. Ovide, Fastes, III, 183 : Qaa/uerit nostri si quœris reyia nati, — aspice de canna viminib domum.