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C'est-ft-dire muni de voligcs et de tuiles

0>. Le passage est assez embarrassant. Je ne crois pas qu'on puisse faire di-pendrc tecii abfoluti de tertiario. Quand Vitruve veut dire le tiers d'une quantité exprimée, il n'emploie jamais I rtiarum, mais Itrtia pan temjili, hiiiri, columHtr. Tertiario doit ftre une expression technique employée absolument, sans détcrmiuation explicite, et répondant A une formule courante, comme nous disons au tien, au i/iiart. Vue pente au tiers e»t Ci'Ue que donne l'hypoténu^o d'un tri.inple rectangle ay.inl une hauteur égale au tiep) de la bnso.

L'ART ETRUSgUE.

Pour les trabes compacfiles, Vitruve ne nous dit pas dans quel seus elles se placent. 3Iais étant donné ce que nous savons des charpentes étrusques, lesquelles comportent presque toujours des pièces posées les unes sur les autres à angle droit, nous pouvons affirmer que leur direction n'est pas la même que celle des mutuli. Du reste, dans la cbarpeuterie la règle est plutôt de croiser les pièces que de les superposer dans le même sens. Il faut donc avant tout déterminer l'axe des mutuîi. Vitruve dit traJectunemididorum,CQ (\\i\'mi\\(\\iG (\vlg les pièces en question ont à traverser un espace vide et forment comme un pont entre deux parties de l'édifice; il dit d'autre part qu'elles portent à la fois sur les colonnes et sur les murs, supra trabes et suj)ra parietcs. Or il n'y a de colonnes que dans Xantica et il n'y a de murs que dans la jjostica. Donc les muhih' reMentVanh'ca ù \n posti'ca, ce qui revient à dire qu'ils sont placés dans le sens de la longueur. Cette interprétation estconfirmée par le mot projici'anfur, lequel indique une saillie en avant de la façade. Dès lors s'impose la disposition des trabes dans le sens de la largeur.

Je mettrais donc une paire de poutres jumelles sur les quatre colonnes du jnemier rang; une autre paire de iwutres semblaliles sur les quatre colonnes du second rang; une troisième paire posant sur l'extrémité des quatre murs des cellas ; une quatrième un peu plus en arrière, à peu près au milieu des quatre murs; une cinquième enfin sur la crête du mur de la postira, les cinq paires étant toutes parallèles et à égale distance les unes des autres. Le texte n'autorise la pose que des deux premières paires sur les colonnes. Si j'ajoute les autres, c'est par analogie avec ce qui se voit dans mainte chambre sépulcrale à plafond ajiparent. (Voir p. 195, fig. 153.) On conçoit du reste i|ue Vitruve n'ait pas eu besoin d'aller jusqu'au bout de sa description; parlant pour des hommes du métier, il pouvait se contenter d'indications sommaires '.

Plaçons maintenant les miititli. Vitruve ne nous en donne ]ias le nombre, mais comme ils portent sur les murs de refend, il est vraist.ni-

1. Quand le temple sTnit comme an Capitolc on & Faltrii un portiqnc UU-ral, il ot probable qne le« trabti se prolongeaient de chaque c6ti

du mur extérieur et qne l'cxtrémiti de ch.icunc d'elle» portait f^ur une colonne.

blable qu'il y en a autant que de murs, c'est-à-dire quatre. Ils s'avancent en saillie et dépassent l'aplomb des colonnes de la façade d'une quantité égale au quart de la hauteur des colonnes. Comme il se peut que le temple ait une façade secondaire derrière la^;os^;ccr, il est permis de croire que de ce côté aussi les têtes des miduli font saillie et dépassent, de la même quantité que sur la façade principale, l'aplomb du mur du fond. Au-dessus des mutuli s'élève , eu avant et en

Fig. 1S4. — Traci de la pente du siilUcnUmi

arrière du temple, le tympanum , nécessaire à l'établissement d'un pignon triangulaire. Son vrai rôle est de porter le cohimen, c'est-à-dire le faîtage, grande pièce de bois longitudinale qui forme l'arête du toit et doit être assez haute pour que la i3ente des rampants soit suffisante. Cette pente devant être au tiers, la hauteur est calculée de façon que, l'édifice étant couvert, la ligne perpendiculaire :'A B), menée de la crête du toit au niveau supérieur des mutuli, soit égale au tiers de la base du triangle rectangle (A B D) dont cette ligne est la hauteur, c'est-à-dire au sixième du balcon (C D) formé par les mutuli entre les deux chevrons d'angle (A B, A C). Le poids du faîtage et de toutes les pièces qu'il supporte étant considérable, le t>jmpanum ne saurait être une construction légère. Vitruve dit qu'on peut le faire en pierre ou en bois. Celui qui est représenté sur notre figure est conforme au modèle que donnent plusieurs chambres sépulcrales décorées de peintures et présentant un comble simulé : c'est une sorte de billot plein, évidé sur les côtés. Quand l'édifice n'avait pas de grandes dimensions, deux billots de ce genre pouvaient suffire, un à chaque extrémité. Mais quand il s'agissait de soutenir un faîtage de 30 ou 40 mètres, il est

Fig. 1-S5. — Face longitudinale d'une urne cinéraire en forme de temple (voir ie plan, fig. 181).

LAKT ÉTRUSQUE.

probable qu'il y avait de distance en distance, à rai)lomb de chacune des poutres jumelles, soit un billot, soit un support de bois vertical ou poinçon.

Le reste de la charpente se reconstitue aisément : on a les canff/erii ou chevrons (C, C), qui s'appuient d'une part sur le faîtage et d'autre part sur les viutuN, et qui dépassent sans doute l'aplomb des murs latéraux d'une quantité égale à la saillie des muhili sur la façade ; puis vienoent les fempla (P, P) ou pannes, qui croisent les chevrons ù angle droit et qui débordent en avant et en arrière du temple jusqu'à l'aplomb des têtes des mutuli; enfin des planches (V, V) clouées sur les pannes portent les tuiles plates et trapézoïdales ' , couvertes à leur jonction par des tuiles semi -cylindriques.

Voilà comment nous croyons pouvoir nous figurer le système du comble toscan. Comme on le voit, le fronton n'est pas comme chez les Grecs à l'aplomb des colonnes de la façade : c'est une sorte de balcon couvert qui repose en encorbellement sur les bouts des mutuli. Cette position en porte à faux peut paraître singulière, mais M. Choisy a montré que, si elle est en contradiction avec les usages actuels de l'architecture, elle est parfaitement conforme aux habitudes de la construction antique ". La plupart des façades sculptées dans le roc qu'on voit en Lycie et sur divers points de l'Asie Mineure et qui présentent des imitations de charpentes ont ainsi des frontons ])roéniinents. Nous savons d'ailleurs que de pareils frontons existaient en Etrurie par l'exemple d'une urne cinéraire reproduisant l'aspect d'un édifice (fig. 1851 L'image est plus ou moins conventionnelle, mais la saillie du comble est franchement accusée. Cette disposition explique pourqTioi les Etrusques no mettaient ])as, comme les Grecs, dans les tympans de leurs temples des statues massives et se contentaient de statues creuses en terre cuite ou do l>as-roliofe

Fig. 186. — Façade de l'urne préci'denle.

1. On CD n rctrourè &Civit&Cai>tell.-in.->. .VofùiV, I^sT, p. 98. Ponr l'ngcnccmtnt de« toiture», voir Bomnann, l'rlier rinr rtriirlitcht Aiehencitlt ilrt

yiorrniiurr Muteum», dans Ica Hislor. u, philo). .\u/nïi:f Enitl Çuiiiui... tinnilmtl,\\. \(û et euiv. 2. Art iit tàlir chez It.' Ilimaln$. p. 116.

L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE

appliqués : sur ce balcou de bois il fallait en effet une décoration légère. Pour ce qui est de la saillie des chevrons sur les côtés, nous l'avons supposée égale à celle des mutuli sur la façade, quoique rien dans Vitruve ne nous y autorisât : mais il n'est pas vraisemblable que la charpente n'ait été protégée contre la pluie que sur les deux façades. Et puis nous trouvons l'indication d'auvents latéraux très avancés sur l'urne déjà citée (fig. 18G\ ainsi que sur un bas-relief de Berlin qui représente un édifice à fronton (tig. 187). Le sculpteur a reproduit avec une

Fig. 18'. — Esposiiîou funéraire et lamentations. Bas-relief d'un cippe de Cbiusi au musée de Berlin. Micali, Monumenti inedid, pi. XXII, 1.

exactitude scrupuleuse plusieurs des détails de la construction, et s'est appliqué à bien marquer la saillie des chevrons, comme si cette saillie était la caractéristique même du monument qu'il avait sous les veux et dont il voulait éveiller l'idée. Ainsi coiffé de sa charpente qui déborde de tous les côtés, notre temple répond bien à l'idée que nous donne Vitruve des sanctuaires toscans, bas, larges et comme écrasés sous leur couronnement '.

Les auvents proéminents paraissent d'ailleurs avoir été dans le goût de l'architecture étrusque, témoin certaine urne de Chiusi en forme de maison". Chose curieuse, ce goût subsiste encore aujourd'hui dans la

1. Vitruve, III, 3, ô : .■■Edium species simt liari/- | 2. Voir plus loin, au chapitre de l'architecture ceplialœ, humiles, latœ. I privée, p. 290, fig. 198.

280 LA HT ETRUS^>L'E.

Toscane. Parcourez les rues de Florence , de Pistoia, de ïSieune, d" Arezzo, de Pise, de Pérouse, vous serez frappé de voir que les toits n'y sont pas faits comme dans le reste de l'Italie '. Les auvents sont larges et forment une sorte de galerie couverte. Dans les rues étroites, les avanttoits des maisons opposées se rejoignent presque. Si vous demandez d'où vient cette disposition, on vous donne une foule de raisons tirées du climat et de la nécessité où l'on se trouve d'arrêter les rayons d'un soleil trop ardent, et si vous faites remarquer qu'à Rome, à Naples et ailleurs, où le soleil est aussi bridant, ces ifWi sortes d'abri n'existent pas, on finit par vous

MJr répondre par cet argument décisif : « Ou a

^^ toujours fait ainsi. » Il y a là une habitude

,.,-^.jî» '>>..* *y^i^^ locale qui se perpétue d'âge en âge, sans J* îTi ri f i J afv (ju'on sache trop pourquoi, et qui peut-être •MS^^^.^j^'vMl^^i^^Sr remonte à l'antiquité étrusque. Rien n'est si tenace que les traditions des métiers. Si les maçons de Rome construisent encore aujourd'hui comme il y a dix-huit siècles, on conçoit que les charpentiers aient pu, eux aussi, conserver certaines habitudes d'autrefois, d'autant plus qu'il n'y a point de cor-

Fig. 188. — Foce latérale d'an earco- . , . ^i\i\i

phaifc de Bomano (voir plus haut, pOratlOU OU 1 OU SOlt pluS huclc H la tecliui- V. 197, fig. 161). 1 , ..

(jue du passe ■.

Le temple toscan de Vitruve n'est pas le seul type que les Etrusques aient connu. De même que les plans pouvaient varier, do même le système des combles n'était pas uniforme. Il est lu'oliable que les sanctuaires flanqués de portiques latéraux avaient un aspect un peu différent de celui que nous avons reconstitué. Abeken ' jiense avec raison que dans ce cas le sfilli'enh'um en saillie n'avait aucune raison d'être, les portiques latéraux mettant à couvert les côtôs (\c\n jxisfica. Et de fait les représentations ([ui nous restent de la façade du temjilo Capitolin sur les nii'dailles et les lias-reliefs ne laissent pas soupçonner

1. Diet. de l'Acail. rf« fleoiij--.lrt«, t. IJI (Clic- 1 2. Choisy, .Irt île fci/i'r chr: /« JtomaÏHi.Y. 1 17. rron), pi. LU. I 3. Afilleliinlit», p. 219.

L'ARCHITECTLRE RELIGIEUSE.

l'existence d'auvents proéminents. Le comble a plutôt des ressemblances avec celui du temple grec. Il est vrai que nous avons sous les yeux non pas le comble tel qu'il était à l'origine, mais le comble tel qu'il existait au temps de l'empire, quand le temple plusieurs fois détruit avait été déjà plusieurs fois rebâti et portait, comme les autres temples de Rome à cette époque, un entablement de pierre au lieu d'un entablement de bois.

En tous cas, les façades des tombes de Norchia et de Sovaua présen-

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rig. Is9. — Plaque décorative eu terre cuite trouvteà Cervjtri. Campr.na, Ojere in phistica, pi. XIII. Hauteur, 0",0S.

tent des frontons dont les angles dépassent à peine l'alignement des colonnes latérales. Il en est de même de la plupart des urnes et des sarcophages en forme d'édicules (fig. 188} : c'est à peine si sur plusieurs centaines d'urnes de ce genre vous rencontrerez deux ou trois combles en saillie. Que faut-il conclure de ces remarques? Avons-nous eu tort de nous attacher au texte de Vitruve? Non. Il me semble qu'il n'y a là qu'une question de date. Si, comme la chose est probable, le temple qui a servi de modèle à Vitruve est celui de Cérès construit en -191 avant J.-C, nous avons là le comble tel qu'on le concevait au début du cinquième siècle avant notre ère, à une époque où l'architecture étrusque, tout en

ART ETRUSQCK.

l'ai;t etrusu'UE.

empruntant à 1 arcliitectiue grecque quelques-unes de ses formes, ne s'était pas encore dégagée des procédés de charpente, dont la technique était pour elle comme une tradition nationale. Au contraire, les frontons de Xorchia et les urnes funéraires sont d'une époque voisine du troisième siècle, c'est-à-dire d'une époque où l'art étrusque tend ji dépouiller ce qui lui reste de particulier pour se modeler plus ou moins adroitement sur l'art grec. A ce moment l'Étrurie est presque complètement hellénisée. C'est la Grèce qui fournit les sujets et les formes. C'est la Grèce que l'on copie sur les bas-reliefs, dans les peintures, dans les arts industriels. L'architecture n'échappe ])as à la prise de cet hellénisme qui est partout et elle achève de sacriher à cet hellénisme tout-juiissant l'originalité de ses échafaudages surplomliants.

Pour avoir une idée comjilèto du temple étrusque il faut liahillor en quelque sorte la massive ossature de la charpente. Vitnivedit que des a'\s,aiitepaffV)e)ifa,étAK'nt cloués à l'extrémité des muftihWe manière t\ en cacher les têtes saillantes. Il est permis lif. i;.'. - riuque dcscoraUre on terre dc pcuscr que d'autres [ilanches étaient

cuite. Mil- « Grégorien dn Vatican. , , ,

clouées contre le tympanitm , tormant amsi comme un fond triangulaire contre lequel on ajipliquait la décoration du fronton. La base des statues reposait sans doute sur une sorte de balcon en planclies porté par les têtes saillantes des thm/m/î. Des moulures de bois ou de terre cuite dissimulaient partout la nudité sèche et anguleuse des solives ; des plaques de terre cuite sculptées et peintes formaient des frises d'ornements végétaux ou de figures décoratives (fig. 189, 190). Des masques étaient appliqués î\ l'extrémité du columen et quelquefois aux angles latéraux du fronton ifig. 18S . Tout le long du toit s'élevaient des antéfixes, modelées quelipiefois avec beaucoup d'art, qui faisaient corps avec la dernière tuile creuse lig. 191 ; voiraussi, p. 107, fig. 15-4).8ur la crête du toit, au sommet du frontun, se dressait une statue ou bien un groupe, tomme le t|uadrige tic

L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE

Jupiter qui ornait le temple Capitolin, et de chaque côté, presque à l'extrémité des rampants, étaient disjTOsées des statues enacrotère,des lions par exemple, ou des sphinx, ou des chevaux, ou des aigles (fig. 187, 188). Ajoutez à cela les peintures qui décoraient les murs des cellas, peintures dont les anciens nous parlent quelquefois et qui paraissent avoir été de grandes compositions mythologiques '.Tout cela brillait des plus vives couleurs, sous le beau soleil du Midi, tandis qu'une multitude d'appliques métalliques eu bronze doré jetaient aux yeux l'éclat de leur scintillement.

De toute cette magnificence on ne pouvait se faire jusqu'ici qu'une idée assez vague, parce qu'on n'avait que de rares débris. Désormais, grâce aux découvertes récentes faites à Cività Castellana {Ftderii) , sur l'emplacement de deux temples, ou pourra embrasser d'un coup d'œil l'ensemble d'un sanctuaire étrusque '. Les fragments céramiques recueillis dans les ruines sont si abondants et si bien conservés avec leur coloration primitive, qu'on a pu entreprendre une restauration à peu près complète des temples en question. Cette restauration, qui se fait à Rome, est, nous dit-on, en bonne voie. Mais le gouvernement italien la tient encore secrète jusqu'au jour où tout sera prêt pour une exposition publique qui doit être comme un coup de théâtre archéologique.

ig. l:'l. — AiU'nxe peinte de Cervôtri, au Lourre.

\. Pline, H. N., XXXV, 154 : Plastœ laudatissiini/uere Vainophîlus et Gorgasus idem pictoreSj fj'ti Cereris œdem Romce ad circum maximum utroqiie génère artis suœ excoltierant. Quintilien (I, 4, 16) parle de temples très anciens . constrnits évidemment dans le style étrusque , qui portaient

écrits sur leurs parois les noms d\ilexantei; de Cassantra, d^Hecoha, de Pulixena , ce qui indique des peintures à sujets mythologiques.

2. Notizie, 1887, p. 94 et suiT. ; p. LT? et suir. Les notices publiées sont très succinctes; on a tenu à ne pas déflorer la découverte.

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