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CHAPITRE I

•L'ETRURIE ET LES ÉTRUSQUES

§ 1. PAYS HABITÉS VXR LES KTIÎUSQUES.

Les anciens appelaient Etrurie le pays compris entre la mer Tyrrhénienne, l'Apennin et le Tibre, la partie de l'Italie centrale qui correspond à peu près à la Toscane moderne. C'est une con,trée accidentée et pittoresque, découpée en mille vallées, arrosée d'abondantes rivières, riche d'une terre grasse, propre à nourrir une nombreuse population. La fièvre malheureusement y a fait en maint endroit la solitude. En dehors de quelques plaines privilégiées, comme celle de Florence par exemple, où l'on peut vivre sans danger en toute saison, les hauteurs seules sont habitables. Soit que des révolutions volcaniques aient modifié le relief du sol, soit que la constitution géologique du terrain se prête mal à l'infiltration des eaux, celles-ci ne trouvent souvent ni où s'épancher ni où se perdre et demeurent dans les bas- fonds, formant des marécages, dont les miasmes meurtriers ont à la longue dépeuplé les alentours. Les villages sont rares, misérables, et, pour la plupart, abandonnés pendant six mois de l'année. A mesure que l'on descend s'ers la mer, l'air est plus malsain et la solitude plus grande. Là s'étendent ce qii'on ajjpelle les Maremmes , magnifiques déserts de bois et de verdure, dont la fécondité s'épanouit ii l'aventure en une végétation folle et luxuriante. Ce serait un jardin, si la vie et la culture

LART ÉTRUSyUE.

V t-taient possibles, a Dans les Marennnes, disent les Italiens, on s'enricliit en un an et l'on meurt en six mois. »

Telle n'a pas toujours été la condition de ce pays. 11 est certain que dans l'antiquité on y pouvait vivre et qu'on y vivait. L'air n'y était i)as beaucoup plus mauvais que dans le reste de l'Italie, ha fertilité en était proverbiale '. Les Marenimes, en particulier, fournissaient ;\ Rome une partie de son blé ". Les centres de population étaient nombreux et prosjières. De distance en distance s'élevaient d'opulentes cités dont plusieurs ont eu un rôle dans l'histoire. C'étaient J'/sœ aux bouches de l'Arno ; Fnuttln' sur les liauteurs qui limitent au nord la plaine de Florence; Volaterrœ entre l'Ombrone et l'Arno; Jùtsellœ sur l'Ombrone; Vetuhmia entre l'Osa et l'Albegna; Vohi sur la Fiora ; Tarqrdnn sur la Marta ; Cœre sur la Vaccina ; Fi?» et FaJerii dans le voisinage du Tibre ; et en remontant vers le haut Tibre, Volsiuii sur l'emplacement actuellement occujié par Orviéto; enfin, dominant la riche plaine de la Chiaua, ChiKuim, Pcrusia, Cortona, Arretium. Il y avait encore bien d'autres villes, dont les noms sont restés plus obscurs, mais dont l'existence est attestée soit par les textes anciens, soit par des restes de nécrojioles.

Ces villes étaient habitées par un peuple industrieux, les Etrusques ou liasènas, dont l'activité a durant plusieurs siècles rayonné sur l'Italie ft même hors de l'Italie, qui a contribuéà répandre, par ses armes etson commerce, les premiers germes de la civilisation sur les contrées entore barbares de l'Occident ; qui a fait en grande partie l'éducation de Uome, mais <|ui a eu le double malheur de jiaraitre trop tôt pour lai.sser dans l'histoire autre chose que des souvenirs confus, et surtout de rencontrer «lans son v(»isinage un peuple plus jeune, les Romains, qui, après l'avoir accablé, l'a pour toujours éclipsé par l'éclat di- sa gloire.

L'Ktrurie parait avoir eu de l>onne heure une organisation politique, un système fé-dératif comprenant douze cités autonomes '. Les noms de ce.H douze cités ne nous sont pas connus avec certitude, les listes

1. Di<xlore, V, 810. Vnrron, •/« Ht ruHtea, I, 9. 1 '.'. Titc-Live, IV, 1.7. Tite-Urr, IX, 3C ; XXI I, .1. | n. Denji dH»I., VI, 7.-|. Tllc-Livc, I V, i3; V, 83.

L'ETKURIE ET LES ETRUSQUES

données par les anciens n'étant pas d'accord entre elles. En rapprochant ces listes, on trouve non pas douze, mais dix-sept villes au moins, ayant toutes à peu près les mêmes titres à figurer dans le catalogue des cités confédérées, et il n'y a ]H)int de raisons décisives pour exclure les unes au profit des autres '. Si dix-sept villes ont ainsi laissé un souvenir et comme un renom de capitales, c'est que vraisemblablement, dans le cours des âges, la puissance s'est déplacée de l'une à l'autre et que les douze chefs-lieux de la confédération n'ont pas toujours été les mêmes. Rien n'est plus instable que les circonscriptions politiques. Il arrive c^ue certaines circonstances économiques ou sociales changent avec le temps l'importance relative des centres de population et que la souveraineté passe de l'un à l'autre. Ce fait, souvent observé et dont l'histoire de France nous fournirait de nombreux exemples, a pu se produire chez les Etrusques. Acceptons donc la tradition, d'ailleurs bien établie, des douze districts confédérés, mais sans nous obstiner à vouloir déterminer ni quel était leur territoire ni quel était leur chef-lieu.

De tous ces districts le plus important paraît avoir été celui de Tavquinii. La ville qui en était la capitale passait, à tort ou à raison, pour une des plus anciennes, sinon pour la plus ancienne cité de l'Étrurie. Là était, suivant la tradition populaire, le berceau du gouvernement et de la religion. C'était à son fondateur, le héros éponyme Tarchon, qu'était attribué l'honneur d'avoir constitué la confédération. C'était sur son territoire qu'était jadis apparu, disait-on, sortant d'un sillon sous la figure d'un enfant, le génie Tagès, dont la sagesse surnaturelle avait révélé à l'Etrurie les principes de la discipline sacrée et la science des haruspices '. Tarqidnii semble avoir été une sorte de métropole à la fois politique et religieuse '. Tout ce passé demeure pour nous très obscur, comme il l'était d'ailleurs pour les anciens euxmêmes. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à une époque reculée, voisine de celle qui correspond à la fondation de Rome, les Étrusques formaient, entre le Tibre et l'Arno, un corps de nation organisé. Ainsi

1. 0. Millier (Deecke), Die Etrnsher, I. p. 327. I .-1. 0. lliiUer. I, p. i;7, i;8.

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