‹ L'art étrusqueChapitre 24 sur 357 · Po ch \écropnleile Myrinaj^.lZ · texte numérisé non relu

Po ch \écropnleile Myrinaj^.lZ

5. Sur la nécropole d'Albe, voir les rapports de M. s. d Tiossi, AnnaU, 18C7, p. 36-40 ; 1871, p. 210

»HT ÉTKCSQrE.

et suiv. ; Giuriiule Arca<lwo, nouv. sér., vol. LVIII, p. 2li-30.

G. Annal!, 1884, p. 120.

7. Cicéron, de Leyihus, II, 24. llarfiuardt, /')ii-athbcn, 1, p. 303, 370.

Dans aucune nécropole on ne voit les tombes à puits disparaître tout d'un coup. Ni à Vulci, ni à Cliiusi, ni à Vétulonia, ni à Bisenzio, ni j\ Cornéto le passage de l'incinération à l'iiduiniation ne se fait par une révolution soudaine ; il s'opère lentement, par une transition insensible, dont les causes nous échappent, mais qui en tous cas est incompatilile avec l'idée d'un bouleversement ethnographique. Transportons-nous par exemple î\ Cornéto, où, grâce aux fouilles récentes, les choses sont plus nettes que partout ailleurs '. Voici d'abord les pozzi occupant toute la partie ancienne de la nécropole, celle qui est le plus voisine des murs de la ville. Un peu plus loin les ^>o^^/ deviennent plus riches, marquant ainsi les progrès d'une civilisation qui se développe. Tout à coup apparaît une fosse avec les restes d'un cadavre inhumé, mais aussitôt la série des jmczï recommence. En avançant encore, on tombe sur une seconde fosse, puis encore sur des ])ozzi, puis sur une troisième fosse, puis toujours sur desjKCzi. Enfin, tout comiite fait, il se trouve que dans cette nécro]>ole, qui présente plus de deux cents toiid»es A i)uits, on relève l'existence d'une dizaine de fosses A inhumation. Si ce sont liV les sépultures d'une population conquérante, on jieut s'étonner que cette population conquérante ait eu si i)eu de morts i\ ensevelir, et que dans un cimetière aussi étendu elle ne soit représentée que jiar dix sijuek-ttes, dont plusieurs s(|uelettes d'enfants. On pourrait dire, il est vrai, que ces dix tombes se trouvent li\ par hasard, ([u'elles sont d'une époque très postérieure, qu'elles sont égarées sur l'emplacement d'une ancienne nécro]iole abandonnée et oubliée, comme on voit par exemple des tombes mérovingiennes greffées sur un vieux cimetière romain. Mais l'examen du terrain suffit ii écarter cette objection. Oes fosses sont bien contemporaines des jiozzi. Elles sont tlisséminées au milieu d'en.x, de telle façon qu'il est visible qu'on leur a ménagé dans la nécropole une jtlace régulière, (pi'elles y ont été creusées à leur tour et non ])as ajirès coup. Elles sont juxtaposées aux autres, et ne leur sont jamais superposées; jamais elles n'empiètent sur elles, ce ipii serait infailliblement arrivé si elles

I. .{mnnli, IHHI, p. 1 13 et »uIt.; 188;i, p. » et «uiv. Ifviisit, 1881. p. SiiS et suiv.; 1SS2. p. lyi.

avaient été placées là à mie époque plus récente et par le fait d'une sorte d'usurpation inconsciente. Elles marquent donc le commencement d'une période où l'inhumation tend à se substituer à l'incinération. Peu à peu, en eftet, ce type de tombes se multiplie, tandis que les pozzi deviennent plus rares. Il vient un moment où l'inhumation prédomine. Les progrès de la nouvelle coutume se traduisent par des modifications dans la construction de la fosse. Celle-ci s'agrandit, prend les proportions d'un souterrain en couloir, et finit par se transformer en une ou plusieurs chambres sépulcrales. On a alors ce qu'on a]ipelle la tombe à caméra, que nous voyons usitée au sixième et au cinquième siècle avant notre ère, et que tout le monde s'accorde à reconnaître comme la tombe étrusque par excellence. Ainsi la coutume de l'inhumation n'a pas fait irruption un beau jour en Etrurie. Elle s'est insinuée lentement dans les mœurs. C'est un seul et même peuple qui, dans la suite des âges, a creusé les pozzi, les fosses et les chambres sépulcrales. Et ce qui achève de le prouver, c'est le respect que témoignaient aux pozzi les constructeurs des camere. Lorsque les Etrusques du sixième et du cinquième siècle creusaient leurs souterrains, il leur arrivait parfois, tandis qu'ils poussaient droit devant eux les travaux de leurs galeries, de rencontrer quelque puzzo dont ils ne soupçonnaient pas l'existence, puisque aucune marque extérieure n'en désignait l'emplacement. Loin de le détruire, ils s'arrangeaient de manière à le conserver en place '. Ils s'ingéniaient à réparer le dommage soit en bouchant l'ouverture du pozzo dont ils avaient par mégarde entamé le fond, soit en élevant un pilier destiné à prévenir un éboulement possible. Auraient-ils eu tant de scrupules si \^% pMzzi avaient été les restes d'une popidation vaincue par eux et réduite en escUvage? S'ils respectaient ainsi ces anciennes sépultures, c'est qu'ils les reconnaissaient pour les sépultures de leurs ancêtres et que les pozzi étaient étrusques.

Si l'examen d'une nécropole j)rise à part montre que les pozzi ne disparaissent pas tout d'un coup, l'examen comparé de plusieurs né-

1. Annull, 1884, p. IS'.I; 1885. p. 21. Xathie , 1881, p. oi;5 : 1882. p. 211-212. Bulletliio, 1882,

cropoles nioiitre d'un autre côté qu'ils ne disparaissent pas simultanément d'un liout à l'autre de l'Étrurie, ce qui cependant aurait dû arriver si un beau jour une race conquérante était venue s'installer au centre de l'Italie et introduire de nouvelles coutumes funéraires. En effet, le passage de l'incinération à l'inlnimation ne se fait pas en même temps à Vulci et à Tarqumi'i : la première de ces localités e*t en retard sur l'autre ', du moins pendant quelque temps. D'autre j'urt, les habitants de Chisium et de VeUdonnt en sont encore à brfder leurs morts, à enfermer les cendres dans des ossuaires et à les déposer dans des trous ou dans de grandes jarres {ziri)^ à une époque où ks habitants de Tarquimi, de Care et de Vuhi ont depuis longtemjts abandonné cet antique usage pour creuser dans le sol des chambres sépulcrales ". Dira-t-on que la conquête de l'Etrurie i)ar le peuple envahisseur n'est pas encore achevée et n'a pas encore été poussée jusqu'à VeUdnma et ;\ Clusium.' ^lais alors comment se fait-il qu'à ce moment Clusium et Vetulonia soient exactement au même point df civilisation que Tan/uinii) Ccreet l'«/c/;'' Leurs tombes à incinération contiennent en eft'et un mobilier funéraire analogue à celui de nombreuses tombes à inhumation (pie l'i'U rencontre dans les nécropoles ])lu3 voisines de la mer '. Evidemment ces diverses cités sont occupées à cette époque par des pojuilations de même race qui ont la même industrie, le même art et qui ne diflerent que par la manière de concevoir la sépulture. Si donc on prétend que Tarqiiinil, Care, VuIci,oh .se pratique l'inhumation, .sont entre les mains d'une race nouvelle qui s'est substituée par la conquête aux anciens habitants du jiays, il faut ailniettre que cette race a pris aussi possession de Cbisi'um et de !'« hihnùi, et alors on aboutit à cette étrange conclusion que la peuplade conquérante, cette fameuse peuplade (pi'on nous présente comme portant partout avec elle l'usage de l'inhumation, comme abolissant l'usage antique de la crémation, a subitement changé de coutume funéraire en arrivant à Cltisitmi et à Vitulonin , v{ s'est mise à brûler ses morts.

I. AtiHnti, I8t)4, page llri, note I ; n^H.'). |>ag«« ■■t.'..5.1.

3. Cctto <'i><K|iio ut celle des tombe! ditei groUt ifhi$ (IWri), ou litgtilitii Ontmii (Curr).

ou n eorridoio (l'nrjNinii). Voir plus loin au cliapitre V.

n. Biillfllm, 1888, p. I!>8, ISii. .Vo/i,-i>, 1887, p. 474, fiH, 620-iî-.'.

N'est-il pas plus simple de croire qu'il n'y a pas eu cliangement de race et qu'à Clusium, à Vetulonia, à Tarquinii, à Cœre, nous sommes en présence d'un seul et même peuple, les Etrusques, dont les diverses tribus éparses entre l'Apennin et la mer Tyrrhénienne, ont été plus ou moins constantes dans leurs moeurs funéraires, selon qu'elles étaient plus ou moins exposées aux influences étrangères que le conmierce méditerranéen répandait dans les parages de la Toscane méridionale? Le passage de l'incinération à l'inhumation s'est fait si naturellement qu'à part la forme spéciale du tombeau, rien ne paraît avoir changé en Etrurie. Comme on le verra plus loin, les fosses les plus anciennes contiennent un mobilier funéraire à peu près identique à celui des j9o^z^'les plus récents. Si la provenance de certains objets de bronze ou de terre cuite n'était pas dûment constatée par des procèsverbaux dignes de foi, on serait souvent embarrassé de dire auquel des deux genres de sépulture ils appartiennent '. Il n'y a donc entre les dernières tombes à crémation et les premières tombes à inhumation aucune solution de continuité. La chaîne de la civilisation n'est pas brisée, comme elle l'eût été infailliblement si l'Etrurie avait traversé, comme on le prétend, une grande crise ethnographique. Comme d'autre part les fosses les plus élémentaires, celles qu'on est en droit d'après leur contenu de rapprocher àea 2)ozzi, se relient étroitement aux types plus récents de la tombe en couloir (a corridoio) et que ceux-ci à leur tour donnent naissance au type de la tombe à caveau, laquelle est unanimement considérée connue la tombe étrusque l^ar excellence, on voit que de])uis les pozzi jusqu'aux chamlires sépulcrales du sixième et du cinquième siècle, la série des transitions est ininterrompue. On suit ainsi pas à pas une seule et unique civilisation qui mai'che lentement, sans soubresauts, sans secousses ; qui se laisse pénétrer de proche en proche par des influences exotiques ; qui se dépouille en même temps de sa barbarie originelle et qui finit après plusieurs siècles par avoir perdu sa physionomie primitive, sans qu'on puisse dire à quel moment précis ses traits se sont changés, pas plus

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