‹ L'art étrusqueChapitre 240 sur 357 · Pline, n. X., XXXV · texte numérisé non relu

Pline, n. X., XXXV

•2. Quintilien, I, 4, 96.

quarts au moins des chambres à peintures : il semble que ce soit le motif funéraire par excellence. La scène est partout traitée à peu près de la même façon : seulement le nombre des lits et celui des convives varient : dans plusieurs tombes il n'y a qu'un lit avec un couple; dans d'autres, il y en a deux; dans la tombe del tndinio ' on compte jusqu'à neuf lits portant en tout dix-huit personnes. Devant clia(|ue lit se dresse une table ronde à trois {lieds, chargée de viandes, de fruits, d'ceufs, de gâteaux, de vases divers. Les convives sont en général à demi couchés, comme le sont les figures qui surmontent les couvercles des sarcophages. Si l'on met à part la tombe del letto funehre" , où les hommes et les femmes sont séparés, ainsi que la tombe degli scudi^, où les femmes, au lieu d'être couchées, sont assises, suivant la mode grecque, au j)ied des lits, partout ailleurs les deux sexes sont confondus dans une familiarité qu'autorise la liberté du festin. Les attitudes sont des plus signiticatives. Les uns boivent, d'autres causent avec animation; d'autres chantent en faisant de grands gestes; d'autres jouent de la lyre, tandis que leurs voisins les encouragent et semblent vouloir battre des mains; d'autres enfin se livrent à un jeu inventé en Sicile, et qui iH>rté en Etrurie, comme en Grèce, semble y avoir été fort en honneur, au jeu du cottahos, qui consistait à passer le doigt dans une des anses de la coupe et j\ lancer violenmient vers un but ce qui y restait de vin '. Un convive tend une coupe à sa voisine et l'engage à la vider. Une femme présente i\ son voisin un fruit, un œuf, une couronne. Une autre fait de vaines coquetteries à un jeune honinie <]ui ne l'écoute pas, et de guerre lasso lui jette le bras autour du cou '. Un jeune homme enlace amoureusement sa compagne de lit qui se défend fai-

1. A Cervétri. Kr.-imcr, BuUelbio, 1834, p. »7- 101. Oennis, I, p. 21 T.

2. A Cornéto. Brizio, BulUlinn. Is73, p. 1('2. Dennis, t, p. 316.

3. A Cornéto. Dcnni.a, I, p. 337. Voir plus haut le cinérairC'gronpe de Chiu»! avec une femme assise au pied du Ut (p. 33'.), 6g. 233).

4. Ce jeu est fignri sur une fresque de la tombe (iurrci'jln (Monummli, I. pi. XXXIII) et sur un vase peint de fabrique Étrusque (Annali, lUftS, tav. d'a^rg. B). Le but est représenté par un pla-

teau monté sur une longue tige, analogue au fût d'un candélabre. Plusieurs ustensiles de ce genre ont été trouvés en Étrnric. Helbig, MitihtilynptH (Rome), I, p. 222-223, 234-242. Conestabilc. .Vo- •lumenti Ji Ptrug'ta, I. pi. XIV, 5. — Sur le jeu du cottabos, voir Rarct et Collignon, Crramique ffreripif, p. 161.

5. Cornéto, Grolla Qneiriotn. Gerhard, Annali, 1831. MoïKimenti, I, pi. XXXUI. p. 347. Dennis, I, p. 30'>.

LA PEINTURE

bleinent et lui tend une guirlande '. Un vieux galautin caresse une jeune femme qui, tout en souriant de ses grâces surannées, semble ne pas devoir se montrer trop cruelle ". Nous n'en finirions pas si nous voulions passer en revue tous les détails plus ou moins piquants imaginés par les peintres pour traduire, dans la mesure de leur réalisme naïf, l'ivresse, l'abandon, le désordre d'un brillant festin, d'un de ces

Fig. 263. — Scène Je banquet. Fresque de la tombe id triclinio, à Cornéto. ifonumenli, I, |j1. XXSII.

festins qui tenaient, au dire de l'historien grec Théopompe, tant de place dans la vie étrusque, où le luxe et la licence allaient si loin, où les femmes « très belles à voir » se montraient si « intrépides buveuses ^ »

1. Cométo, Grotta dei cacclalori. Brizio, Bulletiiio, 1873, p. 79-85, 97-98. Sittl, Aimali, 1885, p. 132-145. .Uonamend", Xn, pi. XUI-XIV». Dennis, I, p. 311.

2. Cométo, Grotta del vecchio. Helbig, Annali, 1870, p. 14,45, 49, 72. Jlonumertti, IX, pi. XIV.

ART ÉTKUSQUE.

3. Dlodore, T, 40. Athénée, IV, p. 153 ; XII, p. 517 : Ssravsïv Se aOti; oO nipi toî; àvSpiai Toï; éauTûv, à),>à izccf' ol; àv TÛ/tost twv Ttapov- Ttûv, xat wpOTtivousiv oî; âv pov),r,0(T)(jiv. Eîvai Se xaî OTSîv Set'/ài xa! Ta: S'j/Ei; uâvj y.aXi;. Les descriptions de Diodore et d'Athénée répondent exac-

Autour de ce raoude eu liesse et comme pour entretenir le joyeux tumulte de la fête, des musiciens jouent de la flûte ou de la lyre, chantent, dansent, mêlés ji des danseurs et des danseuses. Près des tables, des esclaves sont debout aux ordres des convives, tandis que d'autres vont et viennent, mélangent le vin et l'eau dans des cratères, versent dans les coupes les breuvages préparés, ou apportent de nouvelles couronnes. Enfin des auimaux familiers, chiens, chats, coqs, perdrix, canards, pigeons, errent sous les lits et ramassent les miettes de la table.

L'ameublement et les costumes sont ceux d'une tête. Partout des lits richement historiés, chargés de tapis éclatants, de couvertures brodées et multicolores. Partout des couronnes détotl'e ou de feuillage, sur les têtes des personnages, dans leurs mains, le long des murs, pendues à des clous. Partout des vêtements à fleurs, des tissus transparents, des étoff"es voyantes, avec larges broderies sur les bords. Partout une profusion extraordinaire de bijoux, colliers, pendants d'oreilles, bracelets, diadèmes. Il est évident qu'on s'est paré pour une circonstance solennelle, l^es danseurs, les danseuses, les nnisiciens sont aussi dans leurs plus beaux atours.

La plupart de ces festins paraissent se célébrer en plein air. Dans la grotte Querciola il y a des arbres figurés derrière le lit. Il y en a également dans la grotte délia piilcella '. Vne des fresques de la tombe (lel letto fanehre montre des convives sous une tente dressée sur quatre colonnes '. Dans la tombe ddl Orco ' le couple couché sur le lit semble être sous un al ai de feuillage. C'est probablement aussi sous un abri temporaire qu'est censé se tenir le banquet de la tombe flei vasi dipinti \ puisque d'une part il y a des arbres A chaque extrémité du lit et que d'autre part des couronnes, des colliers, une ciste sont suspendus derrière les personnages (fig. iOi*). Dans la tombe del triclinio, i\ Cervétri, on remarque derrière chaque lit un

tement aax tableaux que nous avons ici, notamment en ce qui concerne la magnificence des meubles, des i-to6Fc» et du service.

1. Comito. Brizio, BuUetino, 1878, p. 98-101. Dcnnis, I. p. .'>18•31^.

Page 1