LE STYLE ÉTRUSCO-GREC
Xous venons de voir dans les fresques deï vasi dipinti le commencement d'une évolution du style toscan dans le sens de l'hellénisme. Cette évolution en se continuant aboutit à un style mixte, que j'appellerai étrusco-grec, style caractérisé par la combinaison de plus en plus intime des éléments grecs et des éléments étrusques et par la prédominance définitive des formes purement grecques. C'est à ce style qu'appartient le plus grand nombre des peintures jusqu'ici découvertes. Nous ne les citerons pas toutes : les principales sont celles des tombes del citaredo, del tridinio, délia Querciola, del corso délie h'ghe, délia scrofa nera , à Cornéto, et des tombes Casuccim k Chiusi, délie due highe à Orviéto. Le classement relatif de ces peintures a soulevé de nomVireuses discussions que nous ne reprendrons pas ici.
L'ART ÉTniSQUE.
La question est si délicate, les arguments décisifs font tellement défaut, il faut laisst-r une si large place aux impressions personnelles, qu'il nous a paru inutile de renouveler ici un débat qui a mis aux prises les deux savants les plus compétents en matière d'art étrusque, MM. Brunn et Helbig, et dans lequel il serait difficile d'apporter plus d'expérience, de finesse, d'ingéniosité. Quel que soit du reste le classement que l'on adopte, il y a certains points acquis sur lesquels tout
Fig. 288. — Joncnr de cithare tt ilanfeosts. Tombe d-l ciiattdo k ConiHo. MonunKnH, VI-VII, pi. LXXIX.
le monde est d'accord ; pour ce qui concerne le style, les conclusions générales demeurent à peu près les mêmes.
Ces fresques sont certainement postérieures à celles qui ont été classées sous la rubrique de style toscan. Non que l'archaïsme ait tout entier disparu : il se trahit encore par la naïveté persistante de certains détails, notamment dans les peintures de la tombe del a'taredo, qui au jugement des critiques les plus autorisés doit se jilacer en tête de cette troisième période : on y retrouve l'usage archaïque de distinguer le sexe des personnages par la nuance des chairs, blanches pour les femmes, rouges pour les hommes. La plujiart des têtes sont dessinées de profil, même quand le reste du corps se montre de face ou de trois quarts; et par une gaucherie inverse sur tous ces
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profils l'œil est figuré de face. Il reste encore une certaine raideur dans les mouvements de (quelques personnages, dans les plis de quelques vêtements, dans les gestes des mains, qui avec leurs longs doigts effilés ont parfois l'air d'être en bois. Mais petit à petit cette raideur s'assouplit, ces inexpériences s'atténuent : les peintures plus récentes que celles de la tombe del citaredo, les peintures, par exenil^le, del corso délie higlie, délia Quercîola , del friclmi'o, à Cornéto, ou celles de la tombe Casuccini à Chiusi, n'en conservent plus guère que de faibles traces et presque toujours dans des figures accessoires, dans des figures de musiciens ou de danseurs, dont le type souvent répété a fini sans doute par devenir traditionnel.
Abstraction faite de ces archaïsmes, qui s'expliquent soit par les habitudes particulières de tel ou tel atelier, soit par l'habileté plus ou moins grande de tel ou tel ouvrier, les fresques étrusco-grecques marquent un progrès notable dans le développement de la peinture en Etrurie. Ces progrès portent à la fois sur le dessin et sur l'emploi des couleurs.
Le dessin est plus coi-rect et tracé d'une main plus sûre; les proportions sont généralement convenables et les détails anatomiques. au trait indiqués avec un sens juste des reliefs du corps humain. La composition est moins sommaire, les personnages ne sont plus tous placés sur le même plan. Ou observe déjà des essais de raccourci. Les mouvements sont plus naturels et plus variés, en particulier ceux des danseurs et des lutteurs, que le peintre cherche à grouper avec plus de liberté. Les visages ont plus d'expression. Les vêtements ne tombent plus en plis lourds et comme rigides : ils ont de l'aisance; ils se prêtent à toutes les postures, ils suivent les ondulations du corps ; ils flottent au vent si le personnage s'agite : telle danseuse a la tunique gonflée de telle sorte qu'il est évident qu'elle exécute sur ellemême une pirouette (fig. 288).
La coloration est d'autre part moins pauvre et moins lourde. Dans la tombe del citaredo, et dans toutes celles qui se rattachent à la même période, apparaissent deux couleurs nouvelles, le vermillon et le vert. Quant aux anciennes couleurs, elles sont maniées avec plus
LART ETRUSyl'E.
de dextérité, fondues en nuances plus délicates, rapprochées de manière à produire des contrastes plus harmonieux. Tandis que sur les fresques de la période précédente, les vêtements sont d'un ton uniforme avec une bordure simulant une broderie, les fresques étruscogrecques présentent un riche ensemble de costumes, à nuances plus ou moins atténuées, semées de fleurs ou de points. 11 y a des parties claires et des parties sombres. Les cheveux ne sont plus représentés comme une masse monochrome : là où ils sont touffus, la teinte est plus sombre que là où ils sont clairsemés ou flottants. La carnation
Fig. 299-290. — Tùtc du joaeor de cithare et d'une des dansen^es de la tomltc dtt ei/(trt<.i<< à Coni^to. AtuMli, 1863. tov. d'agg. M.
jadis blanche des figures de femmes est relevée d'un peu do rouge sur les joues et les lèvres. L'asjiect général de la fresque a quelque chose de plus vif, de jihis brillant et eu niCine temps de plus
C'est ici le lieu de se demander ddii viennent ces progrès dans le dessin et la enloratinn et quelle intliience artistique ils accusent. Cette influence, on n"a ])as à la chercher bien loin. Nous l'avons vu poindre à la fin de la période du style toscan; c'est l'iiiHuence de l'hellénisme. Sans être encore tout à lait dominante dans la tombe «/i7 citaredo, elle se montre déjà clairement. Plusieurs tètes, notamment celles des femmes, rapjiellent de très près le type grec, tel qu'on le voit sur les vases attiques à figures rouges : elles se ressemblent toutes,
LES STYLES DE LA PEINTURE
ce qui montre bien que l'artiste a peint un visage idéal et n'a pas essayé de faire, comme les peintres de la période précédente, des tètes étrusques. Les traits du joueur de cithare sont bien ceux d'un prolil hellénique (fig. 289). « Si au premier aspect, dit M. Helbig', la saillie du sourcil en dehors de la ligne du front semble n'être pas conforme à la pureté de l'idéal grec, on aurait tort cependant de considérer ce détail comme un trait particulier au type de TEtrurie : il s'exphque tout simplement par une raison physique. Les sourcils en avant peuvent en premier heu exprimer l'attention, comme par exemple sur les bustes d'Hippocrate, principalement sur celui de la villa Albani, où le médecin est représenté examinant les symptômes dune maladie et faisant son diagnostic ■ ; comme aussi sur la statue du mi;sée Chiara-