Helbig, Annali, 1884, p
Étrusques en Italie, s'il avait fait partie de leur patrimoine industriel, ils devraient se présenter à nous, aussi loin que les découvertes archéologiques nous permettent de remonter, comme un peuple riche en bronze, l'habileté métallurgique ne pouvant exister que là où le métal ne fait pas défaut. Or telle n'est pas l'impression que laisse l'examen des plus anciens pozzi. Leur mobilier est en effet extrêmement pauvre en objets métalliques, et encore n'en comporte-t-il pas toujours. Tout se réduit à quelques petites fibules du type le plus simple, à quelques fils tordus en spirale, à quelques anneaux, à quelques rasoirs. Les grands récipients, les gourdes, les tasses, les casques, les ceinturons, les épées, les têtes de lance, les chaînettes, les pendeloques, les bracelets, les fibules de formes compliquées, les colliers, les pièces d'équil)ement, tout cela ne commence i\ se montrer que dans les pozzi de Cornéto qui sont le plus voisins des premières tombes à inhumation et très vraisemblablement contemporains, ou peu s'en faut, de celles-ci. C'est là un fait aujourd'hui bien établi et qui ressort nettement de tous les ])rocès-verbaux des fouilles'. Et même à ce moment le métal est chose rare en Etrurie : dans le nombre des pozzi récents dont je parle, il y en a fort peu qui contiennent beaucoup de bronzes, et ce sont toujours des sépultures remarquables par la disposition même du puits, par l'abondance et l'opulence du mobilier funéraire. Toutes les belles pièces proviennent de trois ou quatre tombes'. On ne peut ilonc pas dire que durant la période des pozzi les Etrusques soient des métallurgistes : le bronze n'est pas chez eux une matière commune. Tout le monde n'est pas en état d'avoir une fibule ou de i)orter un fil de métal dans les cheveux : quant aux ceinturons, aux casques, aux vases, les riches seuls peuvent se les procurer. De là vient que les moindres débris ont une valeur intrinsèque : au lieu de les jeter au rebut, comme on fait de nos jours pour les vieilles ferrailles, on les recueille avec soin, comme les orfèvres modernes recueillent les moindres parcelles d'or et d'argent. On les met en réserve dans de grandes jarres qu'on enterre pour les dérobera toutes les convoitises en atten-
1. Anoaii, 1884, p. lîO et tttir. | ?. Ghirarâioi, NtAcit, 18S2. p. 152-i:!>.'
LA PKEMIEEE CIVILISATION ETlîUSQUE.
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dant l'occasion de fondre et de revendre en lingots cette provision de morceaux hors d'usage'. Le bronze, à l'état brut, est comme un capital. Les premières populations étrusques en Italie sont ainsi, au point de vue métallurgique, dans une situation analogue à celle des Grecs de l'âge héroïque. Dans la Grèce primitive, comme le montrent les poèmes homériques, le métal est un luxe rare ; l'homme riclie est celui qui a beaucoup de bronze.- Dans les jeux où les plus illustres héros mesurent leur valeur, les prix les plus enviés sont un trépied, ou une coupe, ou un casque, ou une arme. On se les passe de génération en génération comme un précieux héritage, précieux moins par le souvenir qui s'y attache que par la difficulté qu'il y a à s'en procurer de pareils. Les uns passent pour avoir une auguste origine, et l'on dit qu'Héphaistos lui-même, le forgeron divin, les a façonnés; les autres ont été vendus jadis ou donnés par quelque étranger de passage, par quelqu'un de ces « hommes phéniciens » qui représentent aux yeux du Grec de l'âge héroïque la perfection de la main-d'œuvre humaine, et qui s'arrêtent de loin en loin sur les plages lielléniques pour déballer, au grand ébahissement des indigènes, les trésors d'une cargaison merveilleuse.
Fig, 63. — Seau eu broLze nvé, Mvnitmenfi, 51, pi. 59, 1. Hauteur, U'»,30.
1. Des jaiTes remplies d'objets cassés et de déchetiî de toutes sortes ont été trouTéessur plusieurs points de l'Italie. {BuUetino, 1880, p. 249; 1885, p.SOT.Vod'îie, 1885, p. 422). Laplusciu-ieuse découverte est celle de la jarre de Bologne, contenant plus de 14,000 pièces d'un poids total de I ,.500 kilog. (Zannoni, Scavi délia Certosa, p. lliî.) Ces dépôts sont
certainement postérieurs à l'époque dont nous nous occupons ici : on le voit au style des objets qu'ils renferment ; ils paraissent être, de plus, d'un temps où rindustrie métallurgique s'exerce en Étrurie. Mais il est probable qu'il y a là un usage très ancien, et qu'avant de savoir tirer parti eux-mêmes des rebuts métalliques, les Etrusques avaient déjà
L'ART ÉTHUSQUE.
Comme la plupart des objets métalliques dont se sert la Grèce homérique, les bronzes des plus anciens jiozzi étrusques doivent être de provenance étrangère ' . Du reste, on en rencontre de pareils ailleurs qu'eu Italie. C'est ainsi qu'en Grèce vous trouvez des fils en spirale pour la coiffure -, des têtes d'épingle en forme de roulette ', des broches à disque faites de fils enroulés en spirale ', des épées à lame plate et à deux tranchants % des ceinturons ", des ustensiles mobiles sur un train'. Presque tous les types de fibules que nous avons signalés sont dans la collection des bronzes d'Olpnpie *. De Chypre proviennent des fibules surmontées d'un canard ou d'un clieval ainsi (]u'un grand nombre de vases de forme identique à celle de la gourde biconvexe '. Il n'est pas vraisemblable que tout cela ait été importé d'Italie : l'hypothèse contraire est bien plus naturelle.
Dans un certain nombre de pozzi on a trouvé des objets dont la provenance exotique n'est pas douteuse, des épées et couteaux de fer avec poignées garnies d'ivoire'", des fils, des épingles, des spirales, des fibules d'or", des rondelles d'or à ornements repoussés'", des feuilles de bronze doré'^ des fils, des fibules, des anneaux, des bracelets d'argent ' \ des débris de lames d'argent décorées de filets et de boutons repoussés ' '", des pendeloques en verre émaillé"', des coquillages étrangers à la Méditerranée", enfin des amulettes et des scarabées analogues à ceux qui se trouvent en Egypte, en Phénicie et en Grèce'*. La présence de ces objets en Italie jirouve que des relations
l'habitude de les collcctionDer et d'en faire des cachettes.
1. Je ne parle pas ici des lirontes de strie villanovicQ découTerts dan.» l'Europe centrale. Ils |>arai«cnt appartenir 6 une (xjriodc |>lns récviite que celle de no» i>o:zi. (S. Reinach, /■'mille) ilr U'otteh tn Carmolt : Jlrriit A rrhrtjogiquf, 1888, 1 1. p, 2SS et snir.)