‹ L'art étrusqueChapitre 342 sur 357 · BulUllinn, 1876, p · texte numérisé non relu

BulUllinn, 1876, p

LA GLYPTIQUE ET LA NUMISMATIQUE. 599

la conquête romaine n'a été qu'une colonie carthaginoise. Malgré, ces présomptions et si spécieuse que puisse paraître l'hypothèse de l'origine carthaginoise, cette h3^pothèse me paraît devoir être écartée en ce qui concerne les scarabées de style hellénique. Si l'on compare en effet les scarabées de ce style trouvés en Sardaigne avec ceux de l'Etrurie, ou observe entre les uns et les autres de notables différences. D'une part, eu Sardaigne, les représentations mythologiques sont extrêmement rares, au lieu que presque tous les sujets sont des scènes de genre, des danseurs, des chasseurs, des bergers, des guerriers, des ai'chers , des cavaliers, des animaux ' ; d'autre part, en Etrurie, c'est la mythologie qui domine. L'exécution aussi est sensiblement différente, plus fine en Etrurie qu'en Sardaigne. Il est clair que les scarabées helléniques de ces deux régions, quoique conçus les uns et les autres sous l'influence d'un même art, l'art grec, sont issus de deux fabriques distinctes, et que si les uns, ceux de la Sardaigne, sont carthaginois, les autres, ceux de l'Étrurie, ne sauraient l'êti'e. Enfin l'argument décisif contre l'hypothèse d'une importation carthaginoise, c'est que les scarabées de style hellénique ne se montrent en Etrurie qu'à une époque où les Etrusques n'ont plus de rapjjorts avec les Carthaginois. Ils ne commencent à paraître que dans des tombes à caméra qui contiennent des vases attiques à figures rouges et qui correspondent par conséquent au milieu du cinquième siècle '.

Puisque ces scarabées se trouvent dans des sépultures pleines d'objets grecs, pourquoi ne seraient-ils pas de provenance hellénique? La Grèce a importé tant de choses en Etrurie, qu'elle a pu, qu'elle a dû même y importer des pierres gravées. Au cinquième siècle, la glyptique était un art florissant dans les pays grecs. Quand bien même on n'aurait aucune preuve positive, ou pourrait affirmer a priori que plus d'un scarabée découvert en Etrurie a la même origine que les beaux vases peints à côté desquels on le trouve. Plusieurs sont d'un style pur, d'une élégance, d'une finesse d'exécution remarquables, toutes choses auxquelles les Etrusques ne nous ont pas

1. Ebers, Annall, 1SS3, p. 91. | 2. BulUttino, 1877, p. 64. AnnaV,im,^. 20G.

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habitués et qui sont couiiue la marque d'une main grecque. Nous savons d'ailleurs que de bonne heure les marins helléniques ont colporté des ouvrages de glyptique. Les gemmes archaïques, dites gemmes des îles, se rencontrent un peu partout dans le bassin de la Méditerranée, preuve qu'on en faisait commerce'. Celles qu'on recueille en Etrurie pourraient donc très bien être d'origine grecque, avoir été fabriquées soit en Grèce même, soit par des Grecs établis en Sicile ou dans l'Italie méridionale. Elles présentent du reste de telles analogies de style et de facture avec celles qui se trouvent dans la Grèce propre ou dans l'Archipel qu'il me parait difficile de ne pas les considérer comme des importations '".

Nous avons d'ailleurs la preuve que les Grecs ont importé des pierres gravées eu Etrurie. On a trouvé h Orviéto ' et i\ Chiusi ' deux camées représentant une femme ailée, de style grec archaïque. D'autre part, la même nécropole d'Orviéto a fourni une sardoine do forme lenticulaire avec des figures de style gréco-oriental représentant une divinité entre deux bêtes féroces qu'elle dompte '. Les pierres gravées provenant d'Etrurie étant toutes des intailles en forme de sc<ïrabées, les deux cajnées et la sardoine lenticulaire sont certainement des objets apportés du dehors, des objets travaillés eu Grèce. Pourquoi ce qui est vrai de ces trois pierres ne le serait-il pas des autres? Si les Grecs ont ainsi vendu aux Etrusques des camées, pourquoi ne leur auraient-ils i)as également vendu des intailles? Dans l'état actuel de la science, on ne peut pas encore assurer que toutes les pierres gravées de beau style recueillies on Toscane soient d'origine grecque; mais, :\ défaut de certitude, cotto conclusion a pour elle toutes les probaliilités.

Nous enlevons dono aux Etrusques les intailles de style grec archaïque; nous leur onlovons aussi los intailles de beau style. Que ferons-nous de ces innombrables pierres, d'un travail plus que médiocre,

1 . On en a tronvi en Asie Mineure, A Smyme et jusque dans les ilcs Ionienne.'*. Kossbacb, Arelt. Ztii'inii, ItiH.'l, p. :ill,notc ï. Milcliliœfer, Anfanyt der Kuiitl III Critchtnlnuil, ]>. 11-48.

2. C'est l'opinion i\ lai|uclle |<aratt s'arrêter M. Rosfbacb, dont les études sur Ic^ intaillcs

grecques et étrusques nous ont été d'un pnïcicux secours [Annnli, IvSi, p. 'i'i'i).

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