Denys d'Halic, III, 47. I
pires ennemis, ont pris le parti de se transporter ailleurs '. L'hypothèse ne serait pas en désaccord avec les traditions romaines qui attribuent à Tarquin l'Ancien l'introduction de l'hellénisme à Rome : « ce ne fut pas, dit Cicéron à ce propos, un faible ruisseau, mais un fleuve immense, qui nous apporta les sciences et les arts de la Grèce ". »
Si précaire qu'ait pu être la condition faite aux Grecs de l'Etrurie par la coalition étrusco-carthaginoise , les progrès de l'hellénisme ne furent que momentanément arrêtés. De toutes parts, dans les colonies grecques , la guerre contre les Carthaginois fut soutenue avec énergie. Plusieurs batailles furent livrées et il est probable qu'il y eut plus d'une rencontre dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir. Il est probable aussi qu'on se fit une guerre de course, guerre journalière et sans trêve, dans les rades, dans les ports, au large, partout où les hasards de la navigation mettaient en présence les marchands ennemis. Dans cette lutte, les Grecs devaient l'emporter. Hardis et entreprenants comme ils l'étaient, nés en quelque sorte pour être pirates, passionnés pour cette vie d'aventures et de surprises, sûrs d'ailleurs d'avoir toujours à proximité sur les côtes de la Sicile et de l'Italie méridionale des ports de refuge, où ils trouvaient à la fois des vivres, des équipages et, chose plus précieuse encore, des renseignements sur les mouvements de leurs rivaux, ils ne pouvaient manquer d'avoir à la longue l'avantage. En même temps l'émigration, dont le courant ne s'arrêtait pas, apportait sans cesse à leurs colonies un nouvel appoint de forces jeunes. La population grecque augmentait avec rapidité. Malgré leurs dissensions intestines, les cités prospéraient ; quelquesunes d'entre elles, comme Sybaris, par exemple, étaient assez riches et assez puissantes pour devenir elles-mêmes des métropoles et fonder ;\ leur tour des colonies. Un jour vint où, en dépit de tous leurs efforts, les Carthaginois furent débordés. Après la grande victoire navale rem-
1. La prcmiùro chose que font les Ilomauis ausaitdt après l'expulsion des Tarqnins, c'est de conclure on traiti avec Cartilage (Polybc, III, 22) : le traita est de bOO avant J.-C. Cela semblerait indiquer qu'il y avait chez les Tarquins un parti pris d'éloigner de Rome l'influence cnrtbnginoisc,
parti \'i\b qui s'expliquerait très bien si les Tarquins étaient, suivant notre hypothèse, des biinnis de Tarqiiinii. Remarquez d'autre ]>art que Tarquin le Superbe, chascù de Rome, se réfugie et meurt fiCumcs, dans une ville grecque (Tite-Live, II, 21). 2. Cicéron, de /ff/jxWiVn, II, 10.
L'ART ETlîUSQUE AU SUD DE L'APENNIN. 121
portée en 474 devant Cumes par Hiéron de Syracuse sur les escadres des Carthaginois et des Etrusques', les Grecs demeurèrent les maîtres du commerce dans la mer Tyrrhénienue, et l'activité de Carthage se porta surtout vers l'Espagne et les contrées situées au delà du détroit de Gibraltar -.
Abandonnés à eux-mêmes, les Etrus(iues n'étaient pas en état de tenir tête aux Grecs. La Toscane se rouvrit donc aux marchands helléniques et la séduction toute-puissante de la civilisation qu'ils apportaient, plus riche , plus variée, surtout plus communicative que celle des Carthaginois, acheva la conquête commencée au siècle précédent et malheureusement interrompue. Ce fut une conquête pacifique, qui ne coûta à l'Etrurie ni une armée ni un territoire, où les Grecs, instruits par l'expérience, mirent tout ce qu'ils avaient de souplesse et de douceur, cherchant seulement à s'insinuer dans le pays, à y créer des marchés, à y transporter leurs industries et leurs arts, mais se gardant bien de fonder des colonies et de s'imposer en maîtres. A la fin du sixième siècle cette conquête est en bonne voie ; au cinquième siècle elle s'achève.
Les colonies grecques étaient si nombreuses en Sicile et dans l'Italie méridionale, elles relevaient de tant de métropoles différentes, qu'une foule d'influences diverses ont dû se croiser en Toscane, et de fait, comme le montrera la suite de cet ouvrage, tous les styles de l'art hellénique se rencontrent en Etrurie. On peut indiquer cependant quels sont, parmi les peuples de la Grèce, ceux qui ont le plus contribué à helléniser les Etrusques.
Xous citerons tout d'abord les Clialcidieus, les premiers d'entre les Grecs qui paraissent avoir organisé l'émigration en Occident''. Au huitième et au se])tième siècles, ils s'établissaient sur plusieurs points de l'Italie méridionale et de la Sicile; ils fondaient Cumes, Rhégium, Naxos, villes qui à leur tour colonisaient Dicaearchia, Néapolis, Catana, Léon-
1. Sur les dépouilles des Tyrrhéniens. Hiéron les ilesséniens qui vont coloniser Rhégiirai (Stra-
consacra à Olympie un casque de bronze qui a été vetTOnvé (Corpiis iiiscr. grœc, n. li!).
■2. Perrotet Chipiez, Eist. Je l'ail, III, p. 47, 48.