LA FILLE DES CHAMPS
Tableau Je Brackeleer.
Quand la fille des champs, rougeaude épanouie, Sein ballant, large hanche & face réjouie, Comme un ange bouffi tout prêt à marier, Passe sous le lorgnon de quelque aventurier, L'esprit de nos g-audi>is lui lance une bordée; Mais moi, je la préfère à la beauté fardée, De son jupon de fer balayant le pavé : L'une a le ton grossier; l'autre l'a dépravé. Ce gros fard allumé par la bonne nature Vaut tout l'art d'un coiffeur, habile à la peinture. Ce torse eft peu sculpté : Vénus n'avouerait pas Cette gorge qui flotte & marque chaque pas; Mais la beauté qu'aimait la Grèce avouerait-elle Cette ouate sans vie, étoffant la dentehe, Et ce corset coupant la femme en deux morceaux, Et ce ballon gonflé dont on voit les cerceaux ? Je n'ai pas à chanter un dithyrambe agrefte Sur ces jambes, piliers appropriés au refte;
Préférez-vous de voir relever un jupon
Pour vous montrer un bout de brodequin fripon?
L'une a le simple éclat des pousses naturelles,
Et j'en connais qui sont plantureusement belles;
Ce n'eft pas la beauté que verra l'âge d'or;
C'eft au moins la nature, & c'eft la femme encor :
L'une eft tout bêtement la fraîche paysanne.
Mais l'autre : eft-ce une vierge? eft-ce une courtisane?
Qui sait? Du mauvais goût suivant le vain flambeau,
C'eft une parodie impudente du beau.
Le naturel vaut mieux que la fausse élégance :
L'un n'eft pas l'idéal, l'autre eft la décadence.