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LE CROQUIS

Tableau de Madou.

Les ripailles sont terminées; Il dort dans la paix & l'oubli D'un jufte couronné d'années, D'un ventre de faro rempli.

Sa bedaine eft comme une tonne, Où la bière aime à fermenter; Son nez spongieux, qui bourgeonne, Eft la bonde prêté à sauter.

Pendant qu'il ronfle à double croche, Un peintre, observateur narquois, A pris un crayon dans sa poche, Comme une flèche en un carquois;

Et déjà l'on s'apprête à rire ; Vieux buveurs & grosses dondons, Avec les dents de la satire, Aiguisent déjà leurs lardons ;

Puis, la Vierge se rengorgeant Dans une robe d'or changeant, Et portant un sceptre d'argent, Et d'un cercle d'or couronnée.

Nul bruit ; mais là-bas, dans un coin Des rideaux plissés avec soin, Où la chaleur du jour rayonne, Près du tricot fait à demi, Sur la fenêtre, un sien ami, D'un somme profond endormi :

Le chat, au soleil, qui ronronne.

Elle-même, la voyez-vous :

Sur son front si calme & si doux, Comme un flocon de neige pure, Quelque cheveu blanc, qui fut blond, S'échappe de son bonnet rond, Dont le tuyauté, raide & long, Serre étroitement sa figure.

Pourtant, à ne négliger rien, Quand on la considère bien, N'eft-ce pas qu'il semble, ô merveille ! Qu'à ce front, fané dans sa fleur, Une auréole de fraîcheur, Quelque chose vous dit au cœur :

Je ne suis pas encor si vieille ?

On l'entoure de doux respects:

La plénitude de la paix S'épanouit dans sa prunelle;

Et quand son regard, par-dessous Ses besicles, vient jusqu'à vous, Par un charme indicible & doux, On se sent attiré vers elle ;

Et, quand ce rayon d'un cœur pur

Efface, de son œil d'azur,

Des maux passés la trace amère,

Et que son regard refleurit,

Et que la vieille vous sourit,

En la voyant on s'attendrit ;

Malgré soi l'on songe à sa mère.

Dans ses traits, sa taille, sa voix, Celui qui l'a vue autrefois Ne peut plus rien retrouver d'elle; Mais faites-la causer, un jour :

Vous saurez que tout le faubourg, Qui voulait lui faire la cour, L'appelait Gertrude la belle.

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