‹ L'art flamandChapitre 36 sur 106 · pËV · texte numérisé non relu

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Ce charmant impôt de barrière Fut perçu par un autre, un jour ; Il gronda, mais elle en fut fière :

Tendre reproche, aveu d'amour.

Quand le cordonnier, sur sa porte, Mesurait son pied bien arqué, Pour relever sa marche accorte D'un escarpin, d'argent plaqué;

De ses jambes rondes, bien prises, Détournant l'œil du beau vainqueur, Elle lui jetait des cerises, Visant au nez, touchant au cœur.

La noce fut nombreuse & belle-, Quand on se mit à discourir, Il tenait sa pipe auprès d'elle, Souriant de la voir rougir.

Maintenant, quand vient le dimanche.

Pendant le prêche, il tient l'enfant ; Mais le lendemain, en revanche, Elle la lui conduit au champ;

La digne fille de sa mère!

Quand il la tient d'un air vainqueur.

Voilà qu'elle pince son père, Visant au nez, touchant au cœur.

Quand vient l'hiver, la glace porte -, Les pieds fermes dans le patin, La course agile les emporte D'une île à l'autre, en un matin.

Pendant que les enfants lutinent, Que les amants rêvent au ciel, Ces gens s'aiment comme ils patinent, Avec un aplomb naturel.

— Dans notre siècle de lumières, Friand de changements subits, On croit réformer les manières Quand on a changé les habits;

Adieu la faille & le corsage !

Les oiseaux, si ce temps-là court, Vont laisser leur divers plumage Pour porter la mode du jour.

Mettre en paletot l'Italie, Quelle gloire ! & quel beau succès Si l'Andalous, un jour, se plie Au carcan d'un tailleur français!

Ici, sans rougir, on étale La soie au ramage changeant, La souquenille orientale Et les filigranes d'argent,

Les plaques d'or sous la cornette, Les longs gilets, les jupons courts, La vefte ôtée à la ginguette, Et la culotte de velours.

Temple à l'abri de la lézarde, En dépit des folles rumeurs, Notre sœur la Zélande garde Ses beaux habits, ses vieilles mœurs.

.Ici, nul n'est pressé d'exclure, Au gré d'un progrès décevant, Les patins sur la glace dure, Les baisers sur le pont mouvant-,

Mais, sous l'éclatante jaquette, Mais, sous le velours plantureux, Quels naïfs regards de coquette!

Quelle finesse d'amoureux !

C'eft ainsi qu'on se sent jolie Pour celui que l'on trouve beau ; Ainsi qu'on s'aime à la folie Depuis le bal jusqu'au tombeau.

Voyez ce bufte sans cuirasse, Voyez ce jupon sans ressorts, Comme l'âme montre sa grâce !

Comme on sent les grâces du corps !

Et partout, que de bonhomie Et que de confiance a lui !

Comme on s'abandonne à la vie !

Comme le cœur eft sûr de lui !

Oiseaux flamands, gardez vos plumes, Belles danseuses, gais fumeurs ; Car vos pittoresques coltumes Sont le vrai cadre de vos mœurs.

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