‹ L'art flamandChapitre 35 sur 106 · LUGETE, VENERES · texte numérisé non relu

LUGETE, VENERES

La crinoline meurt! la crinoline eft morte ! La mode l'apporta, le caprice l'emporte. Paraître, c'était vaincre : elle avait, à bas prix, Détrôné les paniers & les culs-de-Paris ; Ses étages d'acier, véritables prodiges, Faisaient, à volonté, des Vénus callipyges, Pour que l'égalité, du corsage au talon Etendît son niveau, sous forme de ballon, Mais belle jambe tient ses droits de la nature : On passait une porte, on montait en voiture ; Un flâneur, du genou, coudoyait les cerceaux ; Un mari, — les maris seront toujours des sots, — En s'en approchant trop faisait bondir la cage; Grâce aux mille accidents qu'on rencontre au passage, La beauté triomphait & se devinait bien ! La vierge en sa candeur ne se doutait de rien ; Nos épouses non plus n'ont pas de ces pensées ! Mais jamais on ne vit jambes si bien chaussées, Ni bas si blancs, si fins; ni pantalon charmant, Faisant mieux d'un mollet ressortir l'agrément;

Ni dentelles voilant si bien la jarretière.

Car c'efl: un art inné, même chez la rosière,

D'agacer le regard par un myftère ami :

Ce qu'on aime à montrer, on le cache à demi ;

Et toujours, quoi qu'en die un rimeur incommode,

La pudeur se rangea du côté de la mode.

Pleurez donc, ô beautés ; mais sans rougir vos yeux ! Amours, prenez le deuil, mais un deuil gracieux ! Et toi, reine du goût, despote inhaïssable, Qui peux être inconftante, étant inépuisable, Tu brises tes hochets pour en changer toujours, Et tu trouveras bien, Mode, sœur des amours, D'autres moyens, malgré l'hexamètre & l'ïambe, De draper une robe & de montrer la jambe.

EN ZELANDE

Tableaux de Dillens.

La glace porte, c'eft dimanche-, Un bras à la taille enlacé, De l'autre le poing sur la hanche, Le couple à patins s'eft lancé.

Sur le givre à la blanche écume, Traçant un sillon ferme & droit, Ils vont à deux; c'eft la coutume « Pour avoir chaud quand il fait froid. »

Enfants, ils jouaient sur les plages, Et faisaient, sur le sable à sec, Des arlequins de coquillages Et des couronnes de varech.

Plus tard, dans le pré, le dimanche, Que de ruisseaux à traverser !

Elle payait, sur chaque planche, « Le droit de passage », un baiser.

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