LE BIBELOT
Tableau d'Alfred Stevens.
La belle dame s'eft levée ; Sa toilette s'eft achevée :
Un riche habillé de matin, Qui mêle, élégant & commode, Le confortable avec la mode, La popeline & le satin.
C'eft l'heure où perle la rosée ; Le corps frais, Pâme reposée, L'on sort du bain pur de la nuit; C'eft l'heure où la femme complète Met du chez-soi dans sa toilette, Où le luxe eft riche sans bruit.
L'aftre ni la jeune matrone N'ont pas encor pris la couronne; Rien n'éveille l'ardeur du sang; Tout eft calme & pur, & la robe Doit être simple comme l'aube, Douce comme l'azur naissant.
Que faire, à cette heure perdue?
La belle dame elt descendue Dans son petit salon charmant.
Il a plu dans la matinée,
Et l'heure encor n'eft pas sonnée
De s'habiller pour son amant.
Quel eft ce joujou qu'elle prise?
Pour sa fille, eft-ce une surprise?
Non; elle n'a qu'un fils ; son fils Eft aux mains d'un Révérend Père ; Ainsi, l'on eft épouse & mère, Et tous les devoirs sont remplis.
Eft-ce un chef-d'œuvre polychrome, Comme en léguait la Grèce à Rome, Au nom de Minerve ou d'Eros, Où, sous la main d'un grand artifte, L'or, le rubis & l'améthyfte Rehaussaient l'éclat du paros?
Eft-ce un bijou de la science?
Non. Une femme, en conscience, Ne peut pas se creuser l'esprit ; Elle doit refter fraîche & rose, Elle glisse sur toute chose Comme à tout un enfant sourit.
Son attention, peu profonde, Se berce au cours léger du monde, Comme une feuille au bout d'un flot.
— Oui, ce hochet eft bien pour elle ; Hier, on l'eût nommé Bagatelle; Aujourd'hui, Ton dit : Bibelot.