Livre aux spéculateurs, victimes dévorées
Le droit comme le bien, le beau comme le vrai,
Ah ! malédiction sur l'impur minerai !
Honte au fer oppresseur, pesant sur le vulgaire!
C'eft le même fléau dans la paix ou la guerre-,
Honte! ce fer encore eft l'arme des tyrans,
Le fer des cabanons, le fer des conquérants,
Le fer qui tue au sein d'une fausse abondance,
Le carcan du servage & de la décadence !
Malheur ! — Eh ! les Césars aussi, dans leur splendeur,
Par des travaux géants atteftaient leur grandeur;
Ils détournaient les mers, ils perçaient les montagnes ;
Mais aux peuples domptés ils ouvraient d'affreux bagnes.
Et Rome & l'univers, qui leur battaient des mains,
Mouraient sous ce fléau : la gloire des Romains.
Non ! l'or sans la pensée eft un vain météore;
Sans le droit, l'induftrie eft l'urne de Pandore;
Quand l'amour disparaît, la déchéance eft là,
Il faut se préparer à César, à Sylla;
Quand c'eft pour oppresser qu'ils entrent dans la lutte,
L'or, à toute vapeur précipite la chute,
Le travail eft mortel, le génie eft fatal,
Et la sainte nature eft le levier du mal !
Non ! devant l'induftrie &. ses bruyants preftiges,
Devant ce Dieu nouveau, couronné de prodiges,
Devant l'œuvre de Watt, l'œuvre de Stephenson,
Il faut porter plus haut la voix de la raison;
Devant ce nouveau maître, il faut que l'on proclame
Que la force du bras, sans la force de l'âme,
Eft chimère, & que rien de ce qui règne un jour
N'eft grand sans la juftice & fécond sans l'amour.