‹ L'art flamandChapitre 97 sur 106 · Livre aux spéculateurs, victimes dévorées · texte numérisé non relu

Livre aux spéculateurs, victimes dévorées

Le droit comme le bien, le beau comme le vrai,

Ah ! malédiction sur l'impur minerai !

Honte au fer oppresseur, pesant sur le vulgaire!

C'eft le même fléau dans la paix ou la guerre-,

Honte! ce fer encore eft l'arme des tyrans,

Le fer des cabanons, le fer des conquérants,

Le fer qui tue au sein d'une fausse abondance,

Le carcan du servage & de la décadence !

Malheur ! — Eh ! les Césars aussi, dans leur splendeur,

Par des travaux géants atteftaient leur grandeur;

Ils détournaient les mers, ils perçaient les montagnes ;

Mais aux peuples domptés ils ouvraient d'affreux bagnes.

Et Rome & l'univers, qui leur battaient des mains,

Mouraient sous ce fléau : la gloire des Romains.

Non ! l'or sans la pensée eft un vain météore;

Sans le droit, l'induftrie eft l'urne de Pandore;

Quand l'amour disparaît, la déchéance eft là,

Il faut se préparer à César, à Sylla;

Quand c'eft pour oppresser qu'ils entrent dans la lutte,

L'or, à toute vapeur précipite la chute,

Le travail eft mortel, le génie eft fatal,

Et la sainte nature eft le levier du mal !

Non ! devant l'induftrie &. ses bruyants preftiges,

Devant ce Dieu nouveau, couronné de prodiges,

Devant l'œuvre de Watt, l'œuvre de Stephenson,

Il faut porter plus haut la voix de la raison;

Devant ce nouveau maître, il faut que l'on proclame

Que la force du bras, sans la force de l'âme,

Eft chimère, & que rien de ce qui règne un jour

N'eft grand sans la juftice & fécond sans l'amour.

Page 1