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LA PUISSANCE HUMAINE

Tableau de Wiertz.

L'Homme eft grand. Pour son front, où la pensée habite,

La terre eft sans secret, la mer eft sans limite;

Il règne: son esprit, aux calculs assurés,

Marque la place aux cieux, des aftres ignorés,

Voit la terre tourner, creuse ses carapaces,

Sous les couches du temps ressuscite les races,

Rend leurs mammouths perdus aux âges de l'effroi,

Sous les vieux sédiments retrouve l'homme roi,

Et, de notre berceau reculant toujours l'aube,

Donne un passé sans borne aux annales du globe.

Puis, tournant sur soi-même un regard tout-puissant,

Analysant l'idée aussi bien que le sang,

Il creuse la science, interroge la vie,

Allume les soleils de la philosophie,

Montre, aux clartés du droit &. de l'égalité,

Leurs lois à la patrie, à la société ;

Pousse au loin, du progrès, la conquête empressée,

Et s'empare, à grand vol, du ciel de la pensée.

Il règne, & l'induftrie, avec des bruits d'enfer,

Ce nouveau Briarée aux mille bras de fer,

Dompte les éléments, rapproche les deux mondes,

Double la force au bras des nations fécondes, .

Prête des doigts de fée & des muscles d'airain

Aux tissus délicats, à l'effort surhumain -,

Perce les monts géants de rafles pausilippes,

Ne laisse à la nature aucun sphinx sans cedipes,

Peint avec le soleil, grave avec les éclairs,

Fait voler l'alphabet dans les airs, sous les mers,

Et, pour mieux comparer ses grandeurs amassées,

Élève des palais, modernes Colisées;

Si bien que, dans l'usine, au soc, au gouvernail,

La nature domptée affranchit le travail,

Et que Lui, dans l'ardeur sublime, il marche, il fonde,

Et prend possession de soi-même tk du monde !

Ah ! devant ces grandeurs peuplant l'immensité,

Devant l'universelle & mâle activité,

A voir l'œuvre d'un jour, déjà puissante & belle,

Premier défrichement d'une glèbe éternelle;

Devant ces résultats, problèmes résolus,

Premiers pas d'un géant qu'on n'arrêtera plus;

Quel immense avenir ce siècle nous présage:

Il n'eft point de splendeur que ne rêve le sage,

Et partout le poète écrit en mots de feu :

L'Homme eft grand ! Qu'il soit libre, & l'homme sera Dieu !

Marche donc, ô mon siècle, aux routes de l'idée; Marche & tiens dans ta main la terre possédée; Empare-toi des cieux, subjugue-toi la mer, Et mets au globe entier des ceintures de fer ! Ah! puisses-tu bientôt forger tant de machines, De tenders, de raihvays, de navires, d'usines,

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Que le métal s'épuise en ces usages saints,

Et qu'il n'en relie plus aux guerres d'assassins!

Et puisses-tu si haut élever les sciences,

Si haut dans la clarté placer les consciences,

Que les oiseaux de nuit n'osent plus, vain affront,

Approcher du soleil qui rayonne à ton front!

Marche, & nous chanterons ta virile bannière!

Mais n'endors pas ton âme au joug de la matière ;

Qu'eft la richesse aux mains si la lèpre eft au cœur?

Marche, mais en apôtre &. non en exploiteur !

Vois le peuple fléchir sous des fardeaux sans nombre;

Ne vois pas tes trésors, vois sa plaie &. son ombre-,

N'éblouis pas tes yeux aux Palais de Criftal,

Vois l'ignorance esclave & le besoin brutal.

La grandeur sous le joug, le progrès par le glaive,

La raison ne peut plus longtemps croire à ce rêve !

Mais rinduftrie, au cœur mettant un jufte orgueil,

Croit-elle sa puissance une mer sans écueil?

Non, sa force eft féconde, heureuse, bienfaitrice ;

Mais c'eft la force encore & non pas la juftice;

Et le travail béni, pacifique pouvoir,

N'eft rien, sans un égal partage du devoir.

Si le fer de la paix, aux mains d'un nouveau maître,

Ne devient pas pour tous le levier du bien-être.

Si, pour le riche sourd, pour l'aveugle succès,

L'or refte un initrument de licence & d'excès ;

Si la fierté sublime, ô travail, qui t'emporte,

Ne fait aux vieux abus qu'ouvrir une autre porte,

Et que subftituer, ne changeant que le nom,

Le bétail d'atelier à la chair à canon;

Si l'induftrie, ouvrant de nouvelles Caprées,

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