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La mode a toujours joué un rôle important en matière d'art. Chaque époque eut son goût et chaque époque a cru, de bonne foi, que son goût était le seul bon. L'évolution se fit par l'effort de chaque génération, avant tout soucieuse de renouveler les formules et de se différencier de la génération précédente. Mais tous les artistes qui vécurent simultanément ont donné à leurs œuvres quelque chose qui les fait se ressembler entre elles, un certain « air de famille )>.
Les élèves n'ont pas cru pouvoir faire mieux que de tâcher d'imiter servilement leurs maîtres, l'idée de marquer tout de suite une personnalité distincte et originale en se différenciant de tout ce qui leur était antérieur ne les a pas traversés.
Ce n'est qu'en arrivant à la maîtrise complète qu'ils ont, à leur insu, affirmé une individualité. Van Dyck a d'abord copié la manière de Rubens comme le plus parfait des modèles. Lentement, graduellement, il s'est dégagé de cette influence parce que son tempérament et son expérience l'y ont amené mais cela se fit instinctivement, sans un effort de volonté consciente.
La mode de 1927 m'influence évidemment au moment où je fais dans ces notices, à chacun des groupes successifs, la part que mes contemporains les mieux informés me paraissent justement leur attribuer.
J'omets un grand nombre de noms de peintres qui me semblent d'intérêt secondaire. Bien des procès seront revisés.
Il y a cinquante ans on n'aurait pas attaché grande importance aux maîtres primitifs qui ont succédé aux Van Eyck. L'enthousiasme de leurs contemporains pour les <( maniéristes » et les <( romanisants » qui ont précédé l'avènement de Rubans nous confond.
Les tableaux de Frans Floris dit l'Incomparable, ceux de Michel Coxcie, de Martin Devos, si faciles à étudier au Musée d'Anvers, nous paraissent les produits hybrides et fades d'une des plus négligeables périodes de notre histoire de l'art.
Probablement nous serons taxés d'injustice quelque jour, peut-être prochain.
Quand Fromentin écrivait ses « Maîtres d'auref ois » il n'avait d'admiration que pour Eubens et ses contemporains du XVII* siècle. Il parle à peine des Van Eyck et de leurs émules.
Eubens lui-même, si avisé cependant, collectionneur d'antiques, ne pensait pas à recueillir les chefs-d'œuvre de ses prédécesseurs flamands ou italiens du XV* siècle. Il ne s'enthousiasmait que pour les Italiens de la seconde Renaissance.
N'avons-nous pas connu l'époque où Monsieur Ingres et ses élèves étaient traités de pompiers et tournés en ridicule alors qu'aujourd'hui les jeunes ne jurent plus que par Dominique Ingres et prétendent se rattacher directement à ses enseignements et à sa tradition.
Comment pensera-t-on dans vingt-cinq ans? Qu'aimerat-on? Il serait infiniment curieux de tracer une sorte de graphique donnant la courbe des enthousiasmes artistiques
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après chaque quart de siècle. Tels ces traces établis chaque jour par une infirmière selon les poussées de la fièvre de son malade ils refléteraient, par une sorte de dessin en forme de contour de chaîne de montagnes, les dédains et les engouements dont l'élite des connaisseurs a toujours donné le ton à la foule des suiveurs. Que de hauts et de bas!
La comparaison de ces successifs documents serait infiniment piquante. Je pense que seuls les derniers — chronologiquement — attribueraient plus de. mérite aux œuvres du passé qu'à celles du présent. Jusqu'au moment où la vogue de <( l'ancien » s'est tant répandue, chaque génération a cru de bonne foi qu'elle avait dépassé le niveau de celle qui l'avait précédée, qu'elle avait fait faire à l'art, toujours basé sur la tradition et l'expérience des prédécesseurs, encore un pas en avant ! Et elle a rejeté les œuvres démodées du passé. Aujourdhui on se rend compte que l'exemple des maîtres du passé est écrasant et inimitable. Aussi prétend-on faire table rase de toute tradition. On aJBFirme que la peinture depuis ses origines jusqu'à nos jours a fait fausse route et que d'aujourd'hui seulement date la compréhension de ses véritables fins.
C'est en vertu de ces affirmations que certains déclarent qu'il est temps de brûler les Musées pleins de tous les échantillons des façons mauvaises de peindre qui eurent la vogue dans le passé.
Que le bon Dieu leur pardonne.