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L'art français au Salon de 1857

Au commencement du siècle,* la plupart des peintres qui ont le plus contribué par leurs œuvres au développement et à la gloire de l'école française actuelle étaient déjà nés. Quelques-uns, tels que Gros, Prudhon, Géricault, Sigalon, tous les initiateurs, tous ceux qui ont protesté le plus énergiquement par leurs tendances contre la tyrannie de l'école de David, sont morts avec le temps. D'autres, plus fortunés, ont trouvé à l'Expo-

sition de 1855 la consécration et le couronnement de toute une vie de lutte et de travaux. Ingres, Delacroix, Decamps, Delaroche, Ary Scheffer, etc., sont aujourd'hui parvenus au plus haut point de leur célébrité. Pour eux comme pour Cornélius, Owerbeck, Schnorr, Veit, Kaulbach, en Allemagne; Landseer, Mulready, Leslie, etc., en Angleterre, la postérité a déjà commencé. Entre l'Exposition universelle de 1855 et le Salon de 1857, il y a toute la distance qui sépare une génération morte d'une génération nouvelle. Dans les arts comme dans les lettres, la période qui s'est écoulée entre 1820 et 1855 a été féconde et glorieuse. A l'époque où César triomphant couvrait le continent de nos armées victorieuses, David, tout-puissant alors, aujourd'hui méprisé, étendait la même domination sur l'Europe

asservie. David mort, l'anarchie surgit dans le camp, la réaction commence. Des groupes désunis, se forment peu à peu les écoles rivales qui ont combattu sous nos yeux jusqu'aujourd'hui, et que nul chef, depuis lors, n'a eu la force de rassembler sous le même drapeau. Tandis qu'en France l'école dite romantique faisait chaque jour de nouveaux progrès, les écoles allemande et anglaise s'affranchissaient à leur tour d'une servitude devenue odieuse, et marchaient chacune dans leur voie, animées de tendances diverses. Toutefois, en laissant échapper le sceptre, la France sut garder le premier rang.

C'est ce rang qu'il s'agit de conserver, aujourd'hui que les œuvres des maîtres de la première moitié du siècle ont fait leur temps, et que l'école romantique n'appartient déjà plus qu'à l'histoire. C'est aujour-

cThui surtout que la critique doit se donner pour mission de distinguer dans cette foule de talents nouveaux qui surgissent de toutes parts ceux qui demain seront les chefs et donneront le mot d'ordre à tous les autres. Encourager les uns en les désignant à l'attention du public, montrera ceux qui hésitent la voie qu'ils doivent suivre, avertir ceux qu'entraîne l'appât de triomphes trop faciles, telle est la tâche que , selon la mesure de nos forces, nous devons nous efforcer de remplir.

Chargé de rendre compte dans une feuille spécialement consacrée à l'art de cette grande et solennelle exhibition de 1855 , dont la trace est encore vivante après deux ans, nous avions négligé à dessein de nous appesantir sur les œuvres même remarquables des artistes entièrement nouveaux. 11 nous semblait

que nous devions la considérer bien plus comme un coup d'œil rétrospectif jeté sur le passé que comme le commencement d'une ère nouvelle. Au contraire, c'est l'avenir seul que nous allons interroger désormais, et cet avenir est dès aujourd'hui plein de promesses. Le recensement une fois fait, la liste des initiateurs est close; tous ou presque tous nous ont dit leur dernier mot. Nous savons ce que nous étions hier, sachons ce que nous serons demain.

LA PEINTURE D'HISTOIRE

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