Dans les pages qui suivent, je n'entreprends pas, à
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Mais, en réalité, la lutte ne se portait plus sur le terrain judiciaire. Les artistes saisirent avec une sorte d'empressement le prétexte qui s'offrait, et répondirent à l'offensive des maitres en prenant l'initiative de la création d'un régime opposé à celui de la corporation. Les premiers à qui l'on doit attribuer le projet et un commencement d'exécution furent le sculpteur Jacques Sarrazin et les peintres Juste d'Egmont et Corneille l'aîné. Ce sont eux qui s'entertdirent avec M. de Charmois et préparèrent avec lui la requête, « tendante à supplier Sa Majesté de délivrer ceux qui exerçaient les arts et qui étaient continuellement occupés au service de Sa Majesté de l'oppression d'une Maîtrise incompatible avec la liberté de l'Académie, leur donnant ce titre, parce qu'en effet c'était le moyen de les distinguer d'avec le corps des maîtres ». Du reste l'idée flottait dans l'air, car plusieurs « se rencontrèrent dans la même pensée sans se l'être communiquée ». Au même moment, paraît-il, Le Brun faisait en particulier des projets du même genre et en causait avec le peintre Testelin ».
proprement parler, l'histoire de la fondation et des premiers temps de l'Académie. Ce serait l'objet d'un travail particulier, où l'on n'aurait qu'à suivre Vitet, en le complétant et en le rectifiant sur certains points, à l'aide de documents nouveaux. Je me borne à retrouver les principaux caractères de cette institution et son influence.
. 1. Ajoutons à ces différents noms ceux de Perrier, Bourdon, Charles et Henri Beaubrun, de la Hire, Hans, du Guernier. Van Opstal. L'auteur de la Relation déclare qu'il a omis quelques autres noms, soit par oubli, soit pour des raisons particulières (la défection des adhérents). Relation, p. 12;
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Lorsque M. de Charmois eut fixé le texte de la requête, il réunit les adhérents à l'hôtel Schomberg et, sur leur approbation, négocia avec quelques artistes qu'on désirait rallier : Guillain et Le Sueur, membres de la maîtrise, Charles Errard et Van Mol, qui n'en faisaient point partie *. Ici commença à paraître en première ligne Le Brun, dont la faveur auprès du chancelier Séguier devint très utile aux artistes. Présentée le 20 janvier * au Conseil d'État, où avaient pris séance le jeune roi, la reine mère, le prince de Condé, la requête reçut un excellent accueil et fut immédiatement répondue d'une ordonnance conforme, signée sur l'heure même par une exception très notable.
L'Académie de peinture et de sculpture était fondée. Les statuts en furent immédiatement dressés, et la Chancellerie — mais non le Parlement — les enregistra dès le 9 mars. On n'avait pas même ^attendu ce terme pour agir. En février déjà l'Académie se constituait ^, fixait sa hiérarchie et son
1. Oh comparera avec intérêt le récit très simple de la Re* lation avec le récit très arrangé des Mémoires, t. I, p. 24-26.
2. Vitet dit le 27 et non le 20. Cependant tous les textes imprimés portent le 20. La note manuscrite de M. Hulst dont il parle ne peut aller, à ce qu'il semble, contre ce fait et contre le témoignage de la Relation (p. 14).
3. A partir de ce moment, la source principale, avec la Relation, est le recueil suivant : Procès-verbaux de l* Académie royale de peinture et de sculpture, publiés par A. de Montai- OLON, 1875 et suiv. Le tome I embrasse l'histoire de l'Académie de 1648 à 1672. Les actes officiels relatifs à l'Académie de peinture et sculpture se trouvent pour la plupart dans Vitet. On peut aussi consulter Aucoc, l'Institut de France, lois et
administration. Elle avait à sa tète un chef ou directeur, titre nominal plutôt qu'effectif; ses membres se partageaient en simples académistes et en anciens, ces derniers, au nombre de douze, chargés de l'enseignement et de la direction générale. 11 n'y avait entre eux aucun rang de préséance, chacun pendant un mois à tour de rôle présidait aux exercices. Enfin la gestion matérielle et financière était confiée à un trésorier et à deux syndics. C'était là, remarquons-le, une organisation très libérale; elle ne devait pas tarder à se modifier.
Les commencements furent difficiles et humbles et pourtant on y voit déjà se manifester les tendances de l'Académie, ses principes, ses prétentions. Ainsi, par une requête en date de février, elle demandait qu'il « fût fait défense aux maistres soi disant peintres et sculpteurs de prendre à l'avenir cette qualité tant qu'ils tiendront boutique, ains seulement celle d'estoffeurs ou doreurs ; . . . d'entreprendre aucuns tableaux de figures et d'histoires, ni portraits ou paysages, ains seulement de peindre ou faire de relief des moresques, grotesques, arabesques *... ».
Dans le sein même de l'Académie, il se produisait bien quelques tiraillements. Certains de ses premiers membres s'étaient retirés. Contre d'autres on com-
règlements, 1889, gr. in-8 (incomplet); P. Clément, Lettres^ Mémoires^ Instructions de Colbert, t. V, p. 441 et suiv.
1. Bibl. nat,^ collect, Moreau, 1390, f* 78, v*. La reine mère d'ailleurs avait voulu, dans la séance du 20 janvier, faire prononcer la suppression de la maîtrise. On reconnaît à ce coup PAnne d'Autriche de la Journée des Barricades.
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mençait à agir par des mesures disciplinaires. On eut tout d'abord à les employer contre le fameux Bellot, Tune des victimes de l'hostilité des maîtres en 1645. On l'avait nommé syndic de l'Académie, pour lui donner une place à côté du corps, sans se porter garant de son talent et sans le mettre à l'épreuve. En septembre 1648, on décide que s'il ne continue pas son service, « messieurs les anciens et tous de ladite Académie le déclarent déchu et démis des privilèges de ladite Académie jusqu'à ce qu'il ait fait un tableau capable de le faire recevoir académiste ». Bellot sans doute ne s'exécuta ni d'une façon ni de l'autre et, en décembre 1648, il fut déclaré déchu « et ses lettres de nulle valeur ». Cet épisode se rattache évidemment au désir de l'Académie de « s'épurer ». M. de la Vrillière avait déjà fait remarquer, « en recevant la première liste », qu'elle contenait quelques noms qui « ne lui semblaient pas assez académiques ». On poussa donc dehors ceux qui du premier coup ne sentirent pas leur indignité *. Malgré cela, l'Académie s'augmentait peu à peu ^.
1. Lévéque, le second des brevetés poursuivis en 1645, n'eut pas plus de chance à TAcadémie et n'avait évidemment pas plus de talent. £n mars 1653, on lui enjoignait « d'apporter sous huit jours le tableau de réception ». Sur le vu de cette œuvre, les anciens refusèrent de le nommer membre et lui offrirent comme extrême ressource... de se faire recevoir parmi les maîtres de la corporation ! C'était bien la peine d'avoir joué en face d'eux le rôle de héros. Pourtant l'Académie finit par lui faire grâce. Procès-verbaux, I, p. 70, 72.
2. On ne peut arriver à fixer exactement le nombre des académiciens au début. Les listes ne sont pas complètes. Ainsi Louis et Antoine Le Nain, qui ne figurent nulle part
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En novembre 1648, elle comptait au moins 30 membres. Elle n'en avait pas plus de ressources et pendant quatre ans et plus, elle vécut, ou peu s'en faut, de dettes. On avait fixé le droit d'entrée à 2 pistoles (20 livres) *, plus tard on s'imposa volontairement d'une pistole par an *, Mais il est curieux de constater avec quelle peine, de 1649 à 1652, on obtenait des artistes le paiement d'une contribution pourtant minime. Tous étaient toujours en retard, Errard devait en octobre 1649 plus de 24 livres, Mathieu Le Nain 39 livres, c'est-à-dire « toutes les contribua tions, excepté celle de 30 sols » *. Qu'on voie là une petite preuve, à côté des grandes, de la détresse générale pendant la Fronde, cela est fort acceptable. Et en efifet, on peut saisir dans une foule de menus détails le contre-coup des événements politiques. En 1649, le 6 janvier, la Cour quittait Paris et la guerre civile commençait. Aussi en février, le procès- verbal déclare qu'on n'est pas en nombre ; en mars et en avril, aucune trace de séances. Le reliquat de mai se solde par 7 livres 5 sous tournois.
La situation ne semblait pas moins précaire par d'autres côtés. Tant que le Parlement n'aurait pas enregistré les Lettres patentes d'établissement — et
sur les procès-verbaux, firent partie du corps entre février et mai 1648, date de leur mort. La Relation le dit positivement et leurs billets d'enterrement leur donnent le titre d'Académiciens. Relation, p. 16, note 1; Fidière, État civil des peintres et sculpteurs de l'Académie royale, p. 1 et 2.
1. 40 francs environ en monnaie d'aujourd'hui (valeur intrinsèque).